Photos.
Amr Fekri mêle poèmes ésotériques et scènes de tous les
jours, à travers des photographies très plastiques et
visuellement poignantes.
Energie en vrac
Le
tout gravite autour d’un centre. A la manière des derviches
tourneurs, on tourne intensément pour regarder au-delà,
plonger dans la suave inconscience d’une lumière
spirituelle. Amr Fekri détecte cette lumière, en effet.
Cette énergie interne que dégagent les êtres ou les lieux.
D’ailleurs, les gens en interaction, la foule dans les lieux
de culte, monastères, mausolées, … dégagent une force
tranquille dont l’artiste soufi est épris. Ses personnages
photographiés sur le vif sont présentés à travers une mise
en scène kaléidoscopique et mouvementée, produisant une
infinie combinaison d’images aux multiples couleurs. Des
femmes en noir comme celles attendant un mari en prison, une
cohorte de visages maussades, que l’on peut retrouver dans
une manifestation, ne sont pas sans refléter l’esprit de l’Egypte.
Un esprit qui est là, qui pèse imperceptiblement et qui
embrasse les couleurs de l’arc-en-ciel ainsi qu’une
technologie de pointe hautement maîtrisée par Fekri.
Ayant plongé depuis 1999 dans le monde du soufisme, le jeune
artiste pluridisciplinaire, comédien et réalisateur de
courts métrages, poursuit un travail de plasticien et de
photographe. Cela fait deux ans qu’il sonde les profondeurs
des citations et des pensées d’Al-Nefari, ce maître soufi
d’origine iraqienne, lequel a vécu et est mort en Egypte il
y a longtemps de cela. « Les paroles de ce dernier se
conforment d’abord aux lois de la logique, ensuite rompent
avec ce raisonnement cohérent pour épouser un esprit plus
intuitif. J’agis de même au niveau de la composition. Il
faut savoir briser les schémas habituels pour aller plus
loin dans sa manière de voir », explique l’artiste.
Al-Nefari voyageait souvent à pied, faisant le tour des
villages, à la recherche d’une vérité qui
ne peut s’atteindre que par la
compréhension des contraires. Le vide est tout-puissant
parce qu’il peut tout contenir. Et la foule ? Elle a ses
mécanismes qui font que l’homme n’est plus pareil, lorsqu’il
est seul ou accompagné. Fekri voit la vie comme une unité,
et son être en fait simplement partie, d’où cette tendance à
présenter un univers en fragments, avec toujours un centre
ou un noyau dur. Il marie l’image aux paroles, « c’est
l’essence même de l’art chez les pharaons », dit-il
réagissant visuellement au texte. Des motifs islamiques ou
géométriques expriment parfois alors une citation d’Al-Hallaj
: « Les papillons s’envolent autour de la lampe jusqu’au
matin. Ils vont aux formes pour s’enquérir de leur état … ».
Les formes, la lumière, les couleurs, le mouvement sont tous
les moyens d’une méditation sur le divin.
Dalia
Chams