Télévision.
Le comédien Yéhia Al-Fakharani joue Hamada Ezzo dans le
feuilleton ramadanesque Yetrabba fi Ezzo. Un personnage qui
sort des sentiers battus. Entretien.
« Je cherche à choquer »
Al-Ahram
hebdo : Cette année, vous êtes au rendez-vous avec un
personnage atypique et paradoxal dans le feuilleton télévisé
Yetrabba fi Ezzo. Pourquoi ce choix ?
Yéhia Al-Fakharani : C’est un homme qui en dépit de ses 60
ans n’a aucun sens de la responsabilité. Il a été gâté par
sa mère et se comporte en libertin, d’où beaucoup
d’aventures et de problèmes aussi. A travers ce contenu
léger et comique, j’essaie comme d’habitude de jeter la
lumière sur l’actualité égyptienne. Les œuvres qu’on aime
sont celles qui parviennent à nous surprendre. Yetrabba fi
Ezzo en fait partie. Après le personnage du Dr Moustapha
Al-Hilali que j’ai présenté l’année dernière, je voulais
rompre avec le prototype de l’homme attaché à ses valeurs et
idéaux.
— Même si le public n’a pas l’habitude de vous voir dans
un tel rôle ?
— C’est ce qui m’a séduit, tout comme l’histoire qui se
développe avec des retournements inattendus ! Cela dit, je
cherche à choquer. J’aime ce genre de personnage, de toute
façon il y a de tout dans la vie. Hamada Ezzo a nécessité
des exercices d’interprétation assez particuliers pour
pouvoir exprimer spontanément ses différentes évolutions
émotionnelles. C’est un homme sympathique qu’on aime, mais
qu’on déteste aussi parfois.
— Y a-t-il une part de Hamada en vous ?
— Nous avons tous une part de Hamada. Loin d’être idéal, il
a détruit des familles entières par ses gaffes. Par contre,
il est très doué et suscite la sympathie d’autrui.
L’empathie s’empare de nous lorsqu’on arrive à comprendre
les gens, et vous avez de l’empathie pour Ezzo parce que
vous arrivez à le comprendre un petit peu.
— La majorité de vos œuvres ont un contenu politique.
Qu’en est-il de ce feuilleton ?
— Beaucoup d’artistes préfèrent rester à l’écart du
politique dans leurs œuvres, ce n’est pas mon cas. J’en
reste très proche ! Dans Yetrabba fi Ezzo, on peut trouver
un fil conducteur politique qui lie certains événements ou
même qui laisse deviner certaines opinions politiques. Il
est vrai que ce nouveau feuilleton n’est pas du genre où
l’on retrouve clairement de longs discours politiques, comme
l’année dernière dans Seqqet Al-Hilali. Toutefois, il
condamne l’absence du sens de la responsabilité, le laxisme,
il s’attaque aussi au dossier du nucléaire dans le monde et
notamment au Moyen-Orient. C’est un appel à méditer sur nos
problèmes.
— Plus généralement, que pensez-vous de l’état actuel des
drames télévisés égyptiens ?
— Il faut dire que jusqu’à l’année dernière, le drame
télévisé avait un vrai problème de qualité. Cela est dû, à
mon avis, à la cupidité qui domine chez la plupart des
producteurs et des artistes. Ce, sans compter la pauvreté
des scénarios. Le taux de publicités que peuvent décrocher
les feuilletons intéressait beaucoup plus que leur niveau
artistique. Cette année, il y a un progrès remarquable, même
si cela provient de la concurrence entre les drames égyptien
et syrien, je trouve que c’est au profit du téléspectateur
arabe.
Propos recueillis par Yasser Moheb