Al-Ahram Hebdo, Opinion |Abdallah Al-Achaal, Les quatre vérités de l’initiative Bush
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Opinion

Les quatre vérités de l’initiative Bush

Abdallah Al-Achaal
Politologue

Le président américain George W. Bush a proposé la tenue d’une conférence internationale sur la paix en automne 2007. Il a déterminé un nombre de sujets qui pourraient s’inscrire dans le calendrier de cette conférence : les colonies, les réfugiés et l’Etat palestinien. Certains pays et certaines plumes arabes se sont empressés d’accueillir favorablement cette proposition. Pour ces derniers, une telle conférence est une occasion de remettre sur le devant de la scène la cause palestinienne, après que les luttes intestines ont pris le dessus. Les parties arabes qui soutiennent cette proposition disent qu’il est temps que Washington propose une initiative cohérente. Elles estiment également que le fait de lier l’initiative à un encouragement du président Bush à une normalisation arabe avec Israël, au-delà des autres clauses, est une relance en quelque sorte de cette initiative arabe. Effectivement, le secrétaire général de la Ligue arabe a mis l’accent sur ce point, surtout que la ligue œuvre, à travers les ministres des Affaires étrangères égyptien et jordanien, à chercher une formule adéquate avec Israël pour concrétiser l’initiative. Ceux qui se prononcent en faveur de cette initiative ajoutent un autre argument pertinent selon lequel il n’est pas sage de s’opposer à toute initiative émanant d’Israël ou des Etats-Unis. Selon eux, à la lumière d’un climat et d’une tendance générale ouverte, il est nécessaire d’examiner toutes les options et d’en tirer profit pour ne pas donner l’occasion à Israël de mener unilatéralement le jeu et d’avoir le monopole sur la scène internationale. Pour évaluer l’initiative Bush, 4 vérités :

La première est qu’Israël, qui a de tout temps refusé de donner un caractère international à la cause palestinienne, accepte pour la première fois l’idée de la conférence internationale. Ce qui signifierait l’une des deux choses : qu’Israël comprend bien que cette conférence est un soutien apporté à son plan visant à isoler le Hamas et à appuyer Abou-Mazen et par conséquent à approfondir toute coalition avec lui dans ce cadre. Ou bien que la conférence impose aux pays arabes ce qu’ils ont refusé au sommet d’Algérie, à savoir dissocier le rapport existant entre la cause palestinienne et les relations arabo-israéliennes. Ou, en d’autres termes, mettre fin à ce qui est appelé le conflit arabo-israélien pour le remplacer par celui de « la légitimité et de l’illégitimité » en Palestine selon une conception purement américano-israélienne. Malgré l’importance majeure de cette conférence, il est toujours aussi probable qu’Israël refuse à un moment donné l’initiative ou qu’il perde tout enthousiasme pour l’idée même. Bien que la conférence ne soit aucunement liée à la cause palestinienne et n’ait pas pour objectif de lui trouver un règlement ni sur son front interne ni sur le volet se rapportant à Israël.

La deuxième est que l’actuelle Administration américaine, depuis la naissance des Etats-Unis, est celle qui a fait prévaloir le plus l’intérêt israélien. D’ailleurs, cette réalité a été enregistrée dans la célèbre étude de Harvard publiée en mars 2006. Cette information est incontestable et ne fait pas l’objet de controverses. En réalité, Washington ne fait aucune déclaration concernant la région sans revenir sur Israël et faire preuve d’un appui inconditionné à son égard.

La troisième est que Washington désire véritablement faire un apport, d’autant plus qu’il n’a pas fait de proposition concrète en faveur d’Israël tout au long des deux mandats de Bush. Il voudrait couronner le travail de cette Administration par une décision palpable qui dessinerait les contours d’une nouvelle carte non seulement pour les politiques et les prises de position, mais aussi pour les forces et les conjonctures. Cette troisième réalité est en rapport avec celle qui la précède, qui était l’un des motifs ayant encouragé Washington à refuser l’initiative russe en 2005 de tenir une conférence internationale selon un agenda réalisant quelques rêves de la paix perdue dans la région.

La quatrième : Bush, qui a réitéré à maintes reprises son approbation de la vision de la coexistence de deux Etats dans la région et qui a décrété une résolution du Conseil de sécurité dans ce sens, n’a pas tenu ses promesses. Il a instrumentalisé cette vision au profit d’Israël, pour couvrir son soutien aveugle à Israël et pour l’aider à exterminer les Palestiniens. C’est pourquoi ses discours sur l’Etat palestinien étaient une manière de démoraliser davantage un peuple réalisant parfaitement bien qu’il se dirige vers l’abîme et dont la survie n’est guère garantie, encore plus dans le cadre d’un Etat qui lui est propre. Tout le monde est conscient que la vision des deux Etats est intervenue à un moment où Washington avertissait le monde arabe en l’incitant à approuver le plan de Sharon visant à exterminer le peuple palestinien. Ce, à un moment où Bush s’apprêtait à réaliser le gigantesque projet de l’hégémonie d’Israël par l’invasion et l’anéantissement de l’Iraq, considéré comme une force arabe menaçante.

Je ne crois pas que ces 4 réalités qui servent d’arrière-fond à l’initiative américaine soient unanimement acceptées sans faire aucunement l’objet de controverses. Surtout à l’ombre d’une division palestinienne politique et régionale aiguë entre Gaza et Ramallah et d’une tendance arabe opposée au Hamas qui s’exprime de diverses manières. Entre autres par le soutien apporté à « la légitimité d’Abou-Mazen » et à l’extermination du Hamas. Qu’attendons-nous donc d’une conférence à laquelle appelle Bush, si ce n’est que donner un caractère international à la séparation entre le Fatah et le Hamas, surtout avec les pressions continues d’Israël exercées sur Abou-Mazen d’aller dans ce sens. Abou-Mazen se trouve donc devant deux choix uniques : soit opter pour le dialogue avec ses pires ennemis, soit avec ses nouveaux alliés qui lui apportent le soutien.

A mon sens, il ne faut pas refuser l’initiative et il faut se pencher plus sur l’étude de son agenda tout en étant parfaitement conscient de la réalité qui la sous-tend. Selon laquelle, Washington ne changera pas d’avis sur le Hamas. Ceci nous amène à dire que tous ceux qui appellent à l’élimination du Hamas et à soutenir le Fatah et Abou-Mazen, trouveront leur salut dans cette initiative qui liquide effectivement la cause palestinienne. Alors que ceux qui se prononcent pour le dialogue palestinien et pour la voix palestinienne unique, celle-ci ne leur apportera pas grand-chose. Sauf si, le cas échéant, une surprise imprévisible a lieu et Washington décide de devenir le parrain de la paix et de la justice et abandonne sa vocation de sécuriser toutes les ambitions régionales d’Israël.

Enfin, ceux qui appuient l’initiative et montrent leur optimisme à son égard doivent réaliser que cette solution est le début d’un chaos qui satisferait les ambitions malsaines de tous ceux qui s’alignent sur les Etats-Unis .

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