Polémique.
Révoltés par la non attribution des prix d’Encouragement de
l’Etat, des intellectuels égyptiens ont fondé le Comité de
conscience culturelle. Sans ménager leurs critiques contre
la corruption des institutions culturelles.
Tempête autour du Prix de la nouvelle
La décision de former un Comité populaire de protestation a
été prise la semaine dernière lors d’un colloque littéraire
à Warchet
al-Zatoun (un atelier littéraire regroupant de
nombreux intellectuels égyptiens), en réaction à la non
attribution de 17 prix d’Encouragement de l’Etat et
notamment le Prix de la nouvelle. Les prix d’Etat sont
souvent marqués par une controverse et un mécontentement de
la part de certains candidats estimant être injustement
lésés, mais cette année, la non attribution de plusieurs
prix a été « la goutte qui a fait déborder le vase », selon
les membres du comité.
La session de cette année, dont la distribution des prix a
eu lieu à la fin du mois de juin, a été assez calme,
troublée cependant par la colère de jeunes nouvellistes, qui
s’étaient estimés humiliés par l’argument avancé par le jury
pour occulter le prix dans le domaine de la nouvelle : « Les
nouvelles sont au-dessous du niveau des prix d’Etat ». Les
écrivains ont déclaré ne pouvoir accepter un tel argument
puisqu’il ne repose, d’après eux, sur aucune explication
logique ou un standard selon lequel les œuvres doivent être
jugées. « Je veux bien ne pas obtenir le prix et que
quelqu’un d’autre l’ait, mais que le prix soit annulé car
nous n’en sommes pas à la hauteur, c’est vraiment une
insulte », s’indigne Safaa
Al-Naggar, nouvelliste candidate
au prix.
« Le Comité de conscience culturelle créé par les
intellectuels engagés n’est qu’un comité préparatoire pour
une grande conférence qui aura lieu vers le mois de
septembre, et qui aura pour but principal la déploration de
toute forme de corruption affectant les institutions
culturelles gouvernementales dont l’acteur principal est
bien entendu le ministère de la Culture »,
explique le poète et critique
Chaabane Youssef. « Nous avons
longtemps essayé de nous faire entendre par le ministère, en
vain. Il est temps maintenant de passer à l’action ».
Analyse et critique
Le réel regret du comité paraît dans sa certitude que le
jury n’a pas fait l’effort de lire les œuvres. « C’est là où
figure le vrai problème, nos institutions culturelles sont
affectées par la corruption, la paresse et sont en
hibernation depuis bientôt 20 ans », dit
Chaabane Youssef, ajoutant que «
le nom du comité vient de ce manque de conscience dans
lequel nous vivons ».
Le comité, que les membres qualifient de « populaire » en
parallèle au comité gouvernemental, officiel, ne s’arrêtera
pas uniquement à la conférence, mais consacrera ses efforts
à l’analyse et à la critique des œuvres candidates au prix
d’Etat et d’œuvres plus récentes publiées tout au long de
l’année afin de créer un parallélisme entre les différents
jurys assignés par le ministère et les intellectuels
concernés.
« Nous comptons élargir l’activité du comité qui décernera
des prix à son tour aux meilleures œuvres, tel le prix de
Magdi
Al-Gabri créé par sa femme l’auteure
Safaa
Abdel-Moneim », déclare Safaa
Al-Naggar. « Puisqu’en tant
qu’intellectuels égyptiens nous sommes considérés au-dessous
du niveau par un jury principalement constitué d’auteurs qui
ne font plus partie de notre génération, nous devons trouver
un moyen d’évaluer nos travaux. Certes j’avoue que les
membres du jury tels Youssef
Al-Charouni et Aboul-Maati
Aboul-Naga
sont des pères historiques de la nouvelle et de la
littérature en général, mais ont-ils des rôles efficaces
dans le produit culturel d’aujourd’hui ? »,
s’exclame-t-elle.
Une polémique dans laquelle le ministère et les membres du
jury s’abstiennent d’entrer. Le président du jury pour la
nouvelle, le professeur Hamdi
Al-Sakkout, avait avancé un
argument liant la décision du jury au bas niveau de
l’éducation en Egypte. Un argument considéré par le comité
populaire comme « vain » notamment parce que la loi donne le
droit au jury, s’il juge les œuvres candidates comme
au-dessous du niveau, de proposer d’autres œuvres non
candidates. « Mais pourquoi feraient-ils cela, s’ils ont
d’autres choses à faire et sont plus attirés par les caméras
et les chaînes satellites ? », exprime ironiquement
Chaabane Youssef.
Entre un comité qui remet en cause toutes les règles
longtemps appliquées par les institutions culturelles et des
institutions qui ne donnent aucune explication à leurs
décisions, peut-on s’attendre à voir ce comité constituer un
substitut aux prix d’Etat ?.
Dina
Abdel-Hakim