Energie .
Les indices sont nombreux : une hausse des prix de
l’essence, du gasoil et du gaz naturel est probable cette
année. Elle allégerait le fardeau budgétaire de l’Etat, mais
alimenterait l’inflation. Dossier.
La flambée s’annonce
C’est
dans l’air. Sans que le gouvernement ne l’ait publiquement
annoncé, ou partiellement, tout le monde le sait. Une hausse
éventuelle de l’essence et du gasoil (entre autres) est
prochaine, mais personne n’en connaît la date exacte. Tout
le monde en revanche en connaît les impacts, puisqu’une
hausse précédente des carburants, en juillet 2006, avait
fait flamber les prix de tous les biens et services,
notamment dans les zones urbaines. Le taux d’inflation
annuel avait ainsi sauté d’un mois à l’autre pendant 9 mois,
pour atteindre, en avril dernier, un taux record de 12,8 %.
Et ce, avant de fléchir graduellement à 8,9 % en juin 2007.
Le taux d’inflation des produits alimentaires et du
transport avait franchi, dans le même temps, le seuil des 20
%.
La hausse des prix de l’énergie a toujours entraîné, chez
les Egyptiens, mécontentement et parfois même émeutes. C’est
pourquoi le gouvernement préfère cacher l’heure fatidique.
Même si on le sait d’expérience, le gouvernement préfère que
l’augmentation ait lieu en plein été, lorsque les gens sont
en vacances. Cette année en revanche, le gouvernement semble
vouloir la remettre à la fin du mois de Ramadan, à la
mi-octobre. « Pourquoi cacher de telles mesures ? »,
s’insurge Abdallah Chéhata, économiste au Centre égyptien
d’études économiques, qui avertit de l’impact négatif du
manque de transparence sur les consommateurs et les
investisseurs (voir entretien).
En
fait, pour comprendre ce qui va se passer, il faut lire
entre les lignes. Le budget de l’Etat, entamé depuis le
début du mois de juillet, a alloué à l’énergie une somme
inférieure au budget précédent. Il s’agit d’une baisse de 10
%, pour atteindre 36 milliards de L.E., un chiffre qui reste
énorme. Pire, il s’est avéré, d’après une étude menée par la
Banque Mondiale (BM), qu’elle bénéficie majoritairement aux
plus aisés. Ainsi, le gouvernement de Nazif s’est-il attaché
à remédier à cette injustice, comme le montre le site web du
Parti National Démocrate (PND).
Cependant, l’ambiguïté enveloppe toujours les produits
sujets à la hausse, ainsi que le montant de cette hausse.
Ouvrant la scène aux rumeurs et aux anticipations. Pire, le
peu de détails dévoilés démontrent de la persistance d’une
forte inclinaison vers les intérêts des plus puissants au
détriment des plus démunis.
Une source qui a requis l’anonymat avait déclaré à l’Hebdo
que l’Autorité publique du pétrole possède un plan pour
retirer, sur trois ans, les subventions sur les produits
pétroliers destinés à la consommation, sans pourtant
dévoiler les détails du plan. Il s’agit notamment de
l’essence et du gasoil, éléments indispensables pour le
transport. Quant à l’énergie destinée à l’industrie, le
gouvernement avait annoncé qu’il a élaboré un plan pour
doubler les prix actuels d’ici cinq ans, sans toujours
dévoiler les détails de ce plan (voir principal page 15).
Or, la BM avertit que si la subvention à l’énergie est
coupée de moitié, un Egyptien sur trois deviendrait pauvre,
contre un sur cinq actuellement.
La BM note, par ailleurs, que la subvention à l’essence et
au gasoil incite les gens et le secteur industriel à en
consommer davantage. Il en résulte un gaspillage énorme,
soit par l’achat de voitures plus gourmandes en essence,
soit par l’installation d’industries hautement
consommatrices en énergie.
D’une part, la subvention à l’essence est, selon le
gouvernement, une subvention qui bénéficie seulement aux
riches, puisque 10 % seulement des familles égyptiennes
possèdent une voiture. Cette subvention a coûté, à elle
seule, 3,6 milliards de L.E. en 2006/07, malgré une hausse
des prix. Il est donc fort probable que son prix augmente
davantage en 2007/08, notamment les prix de l’essence 90 et
92.
La subvention au gaz naturel destiné aux particuliers, tout
comme l’essence, a aussi profité aux plus riches. « Et donc,
son abolition n’entamerait aucun effet sur les plus démunis
», constate une étude récente non publiée de la BM.
La problématique du gasoil
Le
gasoil, lourdement subventionné, est utilisé notamment dans
les transports en commun et dans le transport des biens et
produits à l’intérieur du pays. Il profite donc aux
personnes dans le besoin et pose un problème au gouvernement
puisqu’il coûte à ce dernier une quinzaine de milliards de
L.E. Il est donc impossible de maintenir son prix en l’état.
« Le gouvernement opte seulement pour que le prix de
consommation couvre le coût de production », explique
Abdallah Chéhata. Si la Banque mondiale plaide pour une
hausse légère et graduelle de son prix, tout en utilisant
une partie des économies réalisées pour compenser les plus
pauvres, sous forme d’aides mensuelles, le gouvernement a
opté pour un autre choix. Tout d’abord, en 2006, le prix du
gasoil a augmenté de 25 %, passant de 0,6 L.E. à 0,75 L.E.
Il en serait de même, semble-t-il en 2007, selon le budget,
qui révèle une seconde hausse des prix de 20 %. « Il
vaudrait mieux suivre le modèle de détermination des prix de
l’électricité », préconise Chérine Al-Chawarbi, économiste à
la BM. Le gouvernement avait, en fait, adopté dès 2004 une
hausse annuelle des prix de 5 %. De même, les tranches qui
en consomment plus, payent leur électricité plus cher.
La subvention au kérosène, quant à elle, est une subvention
type, selon la BM. Elle ne représente presque pas de fardeau
pour le gouvernement et profite notamment aux tranches les
plus pauvres. Un Egyptien sur 5 l’utilise pour cuisiner et
pour le chauffage. Il est fort conseillé par l’institution
internationale de maintenir cette subvention. Toutefois, le
gouvernement ne partage pas cet avis. Ainsi, a-t-il déjà
réduit de moitié sa subvention, en 2006, pour atteindre 500
millions de L.E. Et compte le faire aboutir à 359 millions
de L.E. cette année. Quant au Gaz Naturel Liquéfié (GNL), il
absorbe quelque 8,5 milliards de L.E. par an en subventions.
Le gouvernement assume, en fait, la différence entre le coût
de production du cylindre qui est de 30 L.E. et le prix de
la vente aux consommateurs de 2,5 L.E. seulement. La BM
avertit, cependant, que l’annulation de cette subvention
pourrait porter atteinte aux pauvres. Chérine Al-Chawarbi
préfère que le gouvernement étende le réseau de gaz naturel
aux quartiers démunis des régions urbaines avant d’annuler
les subventions sur le GNL. « Sinon, l’annulation devrait
être accompagnée d’une politique de compensation »,
renchérit-elle.
Quoi qu’il en soit, aux yeux du gouvernement, la baisse des
subventions sur l’énergie représente une réduction du
déficit budgétaire. Aux yeux des consommateurs, cependant,
elle est considérée comme un coup dur porté à leurs petits
budgets.
Salma
Hussein
Marwa
Hussein