Al-Ahram Hebdo, Dossier | La flambée s’annonce
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 Semaine du 8 au 14 août, numéro 674

 

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Dossier

Energie . Les indices sont nombreux : une hausse des prix de l’essence, du gasoil et du gaz naturel est probable cette année. Elle allégerait le fardeau budgétaire de l’Etat, mais alimenterait l’inflation. Dossier.

La flambée s’annonce

C’est dans l’air. Sans que le gouvernement ne l’ait publiquement annoncé, ou partiellement, tout le monde le sait. Une hausse éventuelle de l’essence et du gasoil (entre autres) est prochaine, mais personne n’en connaît la date exacte. Tout le monde en revanche en connaît les impacts, puisqu’une hausse précédente des carburants, en juillet 2006, avait fait flamber les prix de tous les biens et services, notamment dans les zones urbaines. Le taux d’inflation annuel avait ainsi sauté d’un mois à l’autre pendant 9 mois, pour atteindre, en avril dernier, un taux record de 12,8 %. Et ce, avant de fléchir graduellement à 8,9 % en juin 2007. Le taux d’inflation des produits alimentaires et du transport avait franchi, dans le même temps, le seuil des 20 %.

La hausse des prix de l’énergie a toujours entraîné, chez les Egyptiens, mécontentement et parfois même émeutes. C’est pourquoi le gouvernement préfère cacher l’heure fatidique. Même si on le sait d’expérience, le gouvernement préfère que l’augmentation ait lieu en plein été, lorsque les gens sont en vacances. Cette année en revanche, le gouvernement semble vouloir la remettre à la fin du mois de Ramadan, à la mi-octobre. « Pourquoi cacher de telles mesures ? », s’insurge Abdallah Chéhata, économiste au Centre égyptien d’études économiques, qui avertit de l’impact négatif du manque de transparence sur les consommateurs et les investisseurs (voir entretien).

En fait, pour comprendre ce qui va se passer, il faut lire entre les lignes. Le budget de l’Etat, entamé depuis le début du mois de juillet, a alloué à l’énergie une somme inférieure au budget précédent. Il s’agit d’une baisse de 10 %, pour atteindre 36 milliards de L.E., un chiffre qui reste énorme. Pire, il s’est avéré, d’après une étude menée par la Banque Mondiale (BM), qu’elle bénéficie majoritairement aux plus aisés. Ainsi, le gouvernement de Nazif s’est-il attaché à remédier à cette injustice, comme le montre le site web du Parti National Démocrate (PND).

Cependant, l’ambiguïté enveloppe toujours les produits sujets à la hausse, ainsi que le montant de cette hausse. Ouvrant la scène aux rumeurs et aux anticipations. Pire, le peu de détails dévoilés démontrent de la persistance d’une forte inclinaison vers les intérêts des plus puissants au détriment des plus démunis.

Une source qui a requis l’anonymat avait déclaré à l’Hebdo que l’Autorité publique du pétrole possède un plan pour retirer, sur trois ans, les subventions sur les produits pétroliers destinés à la consommation, sans pourtant dévoiler les détails du plan. Il s’agit notamment de l’essence et du gasoil, éléments indispensables pour le transport. Quant à l’énergie destinée à l’industrie, le gouvernement avait annoncé qu’il a élaboré un plan pour doubler les prix actuels d’ici cinq ans, sans toujours dévoiler les détails de ce plan (voir principal page 15).

Or, la BM avertit que si la subvention à l’énergie est coupée de moitié, un Egyptien sur trois deviendrait pauvre, contre un sur cinq actuellement.

La BM note, par ailleurs, que la subvention à l’essence et au gasoil incite les gens et le secteur industriel à en consommer davantage. Il en résulte un gaspillage énorme, soit par l’achat de voitures plus gourmandes en essence, soit par l’installation d’industries hautement consommatrices en énergie.

D’une part, la subvention à l’essence est, selon le gouvernement, une subvention qui bénéficie seulement aux riches, puisque 10 % seulement des familles égyptiennes possèdent une voiture. Cette subvention a coûté, à elle seule, 3,6 milliards de L.E. en 2006/07, malgré une hausse des prix. Il est donc fort probable que son prix augmente davantage en 2007/08, notamment les prix de l’essence 90 et 92.

La subvention au gaz naturel destiné aux particuliers, tout comme l’essence, a aussi profité aux plus riches. « Et donc, son abolition n’entamerait aucun effet sur les plus démunis », constate une étude récente non publiée de la BM.

La problématique du gasoil

Le gasoil, lourdement subventionné, est utilisé notamment dans les transports en commun et dans le transport des biens et produits à l’intérieur du pays. Il profite donc aux personnes dans le besoin et pose un problème au gouvernement puisqu’il coûte à ce dernier une quinzaine de milliards de L.E. Il est donc impossible de maintenir son prix en l’état. « Le gouvernement opte seulement pour que le prix de consommation couvre le coût de production », explique Abdallah Chéhata. Si la Banque mondiale plaide pour une hausse légère et graduelle de son prix, tout en utilisant une partie des économies réalisées pour compenser les plus pauvres, sous forme d’aides mensuelles, le gouvernement a opté pour un autre choix. Tout d’abord, en 2006, le prix du gasoil a augmenté de 25 %, passant de 0,6 L.E. à 0,75 L.E. Il en serait de même, semble-t-il en 2007, selon le budget, qui révèle une seconde hausse des prix de 20 %. « Il vaudrait mieux suivre le modèle de détermination des prix de l’électricité », préconise Chérine Al-Chawarbi, économiste à la BM. Le gouvernement avait, en fait, adopté dès 2004 une hausse annuelle des prix de 5 %. De même, les tranches qui en consomment plus, payent leur électricité plus cher.

La subvention au kérosène, quant à elle, est une subvention type, selon la BM. Elle ne représente presque pas de fardeau pour le gouvernement et profite notamment aux tranches les plus pauvres. Un Egyptien sur 5 l’utilise pour cuisiner et pour le chauffage. Il est fort conseillé par l’institution internationale de maintenir cette subvention. Toutefois, le gouvernement ne partage pas cet avis. Ainsi, a-t-il déjà réduit de moitié sa subvention, en 2006, pour atteindre 500 millions de L.E. Et compte le faire aboutir à 359 millions de L.E. cette année. Quant au Gaz Naturel Liquéfié (GNL), il absorbe quelque 8,5 milliards de L.E. par an en subventions. Le gouvernement assume, en fait, la différence entre le coût de production du cylindre qui est de 30 L.E. et le prix de la vente aux consommateurs de 2,5 L.E. seulement. La BM avertit, cependant, que l’annulation de cette subvention pourrait porter atteinte aux pauvres. Chérine Al-Chawarbi préfère que le gouvernement étende le réseau de gaz naturel aux quartiers démunis des régions urbaines avant d’annuler les subventions sur le GNL. « Sinon, l’annulation devrait être accompagnée d’une politique de compensation », renchérit-elle.

Quoi qu’il en soit, aux yeux du gouvernement, la baisse des subventions sur l’énergie représente une réduction du déficit budgétaire. Aux yeux des consommateurs, cependant, elle est considérée comme un coup dur porté à leurs petits budgets.

Salma Hussein
Marwa Hussein

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