Documentaire
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Le mystère Jacques Vergès s’offre à la curiosité
du public avec L’Avocat de la terreur de Barbet Schroede.
Les controverses sont multiples sur ce film sorti dans les
salles françaises cette semaine.
Retour vers le passé
Portant
sur la carrière et la biographie hautement polémique de
l’avocat Jacques Vergès, le documentaire éponyme investit
certains écrans arabes et occidentaux.
Après une introduction au royaume des malades mentaux Khmers
rouges et de son fameux Pol Pot, on retourne dans un monde
un peu plus historique. Celui de la guerre 1939-1945, où
s’engage fin 1942, à 17 ans à peine, Jacques Vergès. Ce
dernier croit défendre son idée de la France, symbolisée par
Montesquieu. Mais dès la fin de la seconde guerre mondiale,
les massacres perpétrés par les colons en Algérie contre les
indigènes fêtant la libération lui font changer son fusil
d’épaule. Cette situation macabre le renvoie sans tarder à
sa condition de colonisé d’origine vietnamo-réunionnaise. A
partir de ce cap, Jacques Vergès commence à admirer toutes
les résistances à toutes les formes d’oppression, défendant,
selon lui, la logique « Œil pour œil, dent pour dent ». Car
pour lui, le caractère légitime des causes autorise tout :
les attentats sont des réponses naturelles aux massacres et
tortures des Etats. A force de flirter avec ce monde
violent, il se met également en danger. Il s’impose dès lors
dans la posture d’avocat résistant. Et ses clients
deviennent alors le miroir de ses désirs de révolte
inassouvis mais légalisés de par le choix de sa profession.
D’ailleurs, à partir de 1965, la militante algérienne
Djamilah Bouhired devient sa cliente, sa compagne et sa
femme.
Pendant 135 minutes, le film qui s’avère être structuré
comme une enquête, devient une histoire critique du
terrorisme international sur près de quarante ans à front
renversé. Toutefois, les polémiques ne tarissent pas
vis-à-vis de cette œuvre. Surtout après une déclaration de
Jacques Vergès, suite à la projection du film dans la
section Un Certain regard de la dernière édition du Festival
du film de Cannes, affichant son mécontentement de l’œuvre.
Mais pourquoi ce grand avocat n’aimerait-il pas un tel film,
qui lui donne autant d’importance ?
Nombreux
peuvent
être les motifs.
D’après le montage du film, on peut, en fait, sentir parfois
que Vergès faisait du tort à travers ses témoignages à ceux
qu’il a toujours défendus, et que le célèbre avocat s’est
toujours débrouillé pour gagner à tout prix : certains liens
innés paraissent soulignés discrètement par le réalisateur
du documentaire, entre Vergès et la lutte pour
l’indépendance qualifiée par l’Occident de terrorisme
international. Donc, face à la caméra de Barbet Schroeder,
l’image de Vergès portait une double texture : celle du
délibérateur des opprimés comme le voient les Arabes et du
souteneur du terrorisme, comme l’a surnommé une certaine
presse à la suite de sa projection au Festival de Cannes.
De même, le film a mis l’accent sur certains côtés
mystérieux du caractère et de la biographie de Vergès, telle
la mystérieuse clandestinité de 1972–1978, cette période
durant laquelle « L’Avocat de la terreur » a été isolé, sans
laisser à personne l’occasion d’en savoir les détails.
Par ailleurs, certains commentaires et répliques de Jacques
Vergès dans le film lui ont attiré certaines critiques,
telles que : « Aurais-je défendu Hitler ? Bien sûr, je
défendrais même George Bush s’il le fallait », affirme-t-il
clairement dans l’une des scènes les plus importantes du
film. Un avis, digne pourtant de soulever de différentes
controverses.
Pour conclure, Barbet Schroeder nous livre à nouveau un
documentaire qui ne prend pas le spectateur pour dupe et qui
flirte avec la folie humaine, déjà décrite dans la
biographie d’Amin Dada, objet d’un documentaire des années
1970, que ressuscite un film sorti récemment, Le Dernier roi
d’Ecosse. Avec L’Avocat de la terreur, il ajoute un point
d’orgue à son cinéma engagé, « un cinéma qui, selon lui,
glorifie les personnages et mémorise les ombres et les
éclats de nos jours ».
Yasser
Moheb