Cinéma .
Dans le nouveau film de Amr Arafa, Al-Chabah (le
fantôme), le jeune comédien Ahmad Ezz parie une fois de plus
sur l’action, à l’origine de sa célébrité. Mais le récit
pèche par trop de redondances.
Déficiences d’un fantôme
Après
avoir remporté l’adhésion du public avec les deux films
d’action Mallaki Iskendériya (privé, Alexandrie) et
Al-Rahina (le captif), où il faisait la vedette, le jeune
comédien Ahmad Ezz a décidé de continuer sur la même voie,
enchaînant sur un troisième film : Al-Chabah (le fantôme).
Il a tenté de faire de son mieux dans cette œuvre mais le
résultat reste à discuter.
Le film relate l’histoire d’un jeune homme inculpé dans un
crime et qui cherche à prouver son innocence face à des
adversaires très puissants. Une histoire qui relève d’un
carcan classique, trop usité dans d’anciens films classiques
joués par Farid Chawqi et Mahmoud Al-Méligui, et d’autres
plus modernes, tels Al-Machbouh (le suspect) de Adel Imam et
Wahed min al-nass (un homme ordinaire) de Karim Abdel-Aziz.
La quête de l’innocence, entreprise par le protagoniste,
investit l’intégralité des séquences, sans toutefois combler
nos attentes. Dur pour un producteur de s’imposer dans le
fauteuil du scénariste et d’acquérir une certaine légitimité
en la matière sans être passé par la case chorégraphe.
Pourtant, c’est ce à quoi est parvenu Waël Abdallah, sans
être convaincant. Résultat : le film stagne constamment au
niveau du récit et accumule des combats souvent gratuits.
Visant, selon son auteur, à « discuter profondément le
problème de la corruption et le conflit de pouvoir entre les
riches et les pauvres de la société », Le Fantôme est
malheureusement passé à côté de son sujet. Le spectacle
clinquant prime finalement sur le fond. Il est certain que
le cinéaste privilégie les décors naturels où se passe
l’action. Mais la formule ne sauve pas la trame qui s’étire
en long et en large sous la férule de protagonistes qui ne
cessent de se croiser, de se défier et de se combattre.
Par ailleurs, le procédé du flash-back, utilisé à profusion
pour approfondir sociologiquement les caractères, nuit à la
progression du récit. Cette complexité spatio-temporelle
rend parfois toute l’intrigue incongrue.
Autre grosse erreur : en tentant d’apporter un peu plus que
du combat, le scénario nous gratifie d’un personnage féminin
qui joue la séduction auprès des deux héros. Ce brin de
romantisme encastré dans le développement événementiel pour
freiner un peu le rythme haletant des combats et poursuites,
ne réussit à faire décoller le récit de la redondance. De
quoi laisser un goût d’inachevé.
Leçon de morale invraisemblable
Toutefois, la fin relève un peu la sauce avec un Happy End
et une leçon de morale assez plate et invraisemblable. Le
héros pauvre, sans pouvoir et seul face à toute une bande de
vilains, réussit à les vaincre et les détruire tous ! Un
début prometteur, mais une fin qui fiche tout par terre et
qui atteint des sommets de mièvrerie. D’autant plus qu’elle
ne colle pas avec le reste. Les réactions des personnages à
la fin du film sont illogiques. Donc, pas grand-chose à se
mettre sous la dent, en fin de compte.
Assurément, tous les espoirs étaient placés dans les
acteurs, comme si ces derniers pouvaient, à eux seuls,
transformer un néant scénaristique en un chef-d’œuvre. Tâche
impossible même pour une jeune star de la trempe d’Ahmad Ezz
!
Niveau action, sans grande peine, Ahmad Ezz a réussi à se
montrer plus mûr artistiquement, et s’assurer une place de
choix parmi les jeunes stars d’affiche. Mais, il n’a
malheureusement pas eu à confronter des adversaires assez
coriaces. Cela s’en ressent dans les combats bien faits en
gros mais où le déploiement physique fait défaut.
Quelques seconds rôles bien sentis, comme ceux de Mahmoud
Abdel-Moghni et Salah Abdallah, permettent de sauver une
poignée de scènes. Zeina, quant à elle, unique tête
d’affiche féminine du film, apparaît finalement
traditionnelle dans son apparence, gardant la même gestuelle
indolente propre au personnage qu’elle a interprété dans le
feuilleton Hadret al-mottaham abi (Son Excellence, papa le
coupable). De quoi ne pas servir le film.
Mais, malgré l’ensemble de ses scories, on sent que de réels
efforts ont été faits pour que le film soit aussi soigné que
possible. A ce titre, le choix de Mohsen Ahmad derrière la
caméra est plutôt avisé. De même, un bonus mérité est
accordé à la bande originale, signée par Khaled Hammad,
malgré son goût plus ou moins à la maghrébine.
Le réalisateur Amr Arafa parvient tout de même à maintenir
un bon rythme à l’ensemble du métrage. Habitué des films
d’action, il n’hésite pas à en rajouter dans la violence.
Les quelques scènes d’échange de coups de couteau entre
Ahmad Ezz et Bassem Al-Samra ne font pas dans la dentelle et
devraient certainement satisfaire les amateurs d’images
agressives. Bref, le réalisateur a tiré le maximum de ce
qu’il pouvait de son script. Dommage que celui-ci comporte
tant de déficiences. On a juste droit à une œuvre
distrayante mais vite oubliable, loin de l’ambition première
à l’origine du film.
Yasser Moheb