Plages.
Située sur la Côte-Nord, Gamassa est une petite ville très
prisée des familles à budget restreint. Récit d’un court
séjour haut en couleur.
Gamassa quand tu nous tiens
Il
est de notoriété publique que les familles aisées du Caire
se retrouvent pendant l’été au « sahel » (la côte) du
nord-ouest de l’Egypte, sur la Méditerranée, à 3h du Caire.
Là, elles continuent leur vie insouciante dans un cadre
idyllique. Mais qu’en est-il du commun des mortels ?
Plusieurs aiment mieux aller sur la côte nord-est. A Gamassa.
Là-bas, ce ne sont pas les plages de sable fin ni les eaux
limpides comme nous avons l’habitude de l’imaginer qui vous
attendent. Vous ne vous retrouverez pas dans un paysage de
rêve digne d’une carte postale. Mais en allant à Gamassa,
vous plongerez au cœur de l’Egypte profonde et authentique !
Voici à quoi ressemblera votre séjour, pour moi des vacances
inoubliables, si jamais vous décidez de partir à Gamassa.
Jour 1 : J’arrive à Gamassa, ville balnéaire « populaire »
de la côte méditerranéenne, à l’embouchure du Nil. Après
avoir payé une livre au péage, je m’engage sur une longue
avenue, asphaltée et propre, bordée de chaque côté par de
luxuriants jardins. Seule fausse note : la station d’essence
en mauvais état, juste après le péage, dont l’aspect
extérieur suffit à décourager le client potentiel.
Je finis par me retrouver au centre-ville. La ville tout
entière est construite sur un schéma simple. Les avenues et
les rues se croisent perpendiculairement. Les immeubles ont
entre 5 à 6 étages et on dirait que les architectes ont
voulu rivaliser d’audace. Je remarque tout particulièrement
un immeuble sur le toit duquel un bateau en bois s’élève. Il
est trois heures de l’après-midi et les rues sont bondées.
Les gens se hâtent vers la plage, tenant dans leurs bras
leurs bouées, des serviettes et des sacs en plastique qui
contiennent sûrement un thermos de thé, une bouteille d’eau
et des sandwichs.
J’arrive à l’appartement des amis chez qui je vais loger. Il
est petit, mais possède un balcon sur la rue. C’est sur ce
balcon qu’a lieu l’essentiel de la vie de la maison. On y
mange, joue aux cartes et discute avec animation. Je m’y
installe donc et observe ma rue. Elle est mal asphaltée et
les trottoirs sont inexistants. Certains immeubles ont la
chance de posséder un petit jardin. Les poubelles jonchent
les rues.
Le
soir, la ville tout entière s’anime. Les gens descendent
dans les rues et s’installent aux terrasses des nombreux
cafés et restaurants qui bordent les avenues. Ils dînent (le
plus souvent d’une « fétira », sorte de crêpe épaisse) ou
prennent un verre en famille ou entre amis. A chaque
terrasse est installé un écran géant ou une télé qui diffuse
les derniers clips à la mode ou des comédies récentes.
Certains jouent au billard (1 L.E. la partie), installé sur
les trottoirs, pendant que d’autres louent des vélos et
arpentent la ville avec insouciance au milieu des voitures,
des camionnettes et surtout des toc-tocs, qui ont envahi la
ville depuis peu.
Jour 2 : Malgré toute l’animation qui régnait dans les rues
jusqu’à tard le soir, j’ai bien dormi. Après un rapide
petit-déjeuner traditionnel composé de fèves, de pain et
d’un verre de thé, je décide d’aller à la plage. L’année
précédente, je m’étais rendu à la plage publique, qui était
bondée. Les gens étaient littéralement installés les uns sur
les autres. Je choisis donc de changer un peu et de me
rendre à une plage privée. Elle est réservée à l’armée, mais
on y laisse entrer les particuliers pour la modique somme de
trois livres. Je prends un toc-toc, décidé à tout
expérimenter, et arrive à la plage sain et sauf. Assis sur
la banquette arrière, m’agrippant au siège avant de peur de
tomber du véhicule à la moindre secousse, assourdi par le
bruit de la radio (un lecteur CD d’ordinateur installé par
les soins du chauffeur) et impressionné par les slaloms du
conducteur entre les voitures et les passants, je n’y aurais
pourtant pas mis ma main à couper ... Ici, il y a
sensiblement moins de monde. A part ça, pas de différence.
La même eau grise, presque noire, due au limon que charrie
le Nil, les mêmes vagues, hautes et violentes qu’apprécient
tout particulièrement les enfants.
Les gens nagent joyeusement dans l’eau. Ici, pas de maillot
de bain ni de bikinis. Les femmes voilées portent des
vêtements amples et longs, les autres se contentent d’un
jeans et d’un tee-shirt. Les hommes eux aussi sont rarement
en maillot de bain. Ils portent des tee-shirts ou des
maillots de corps, avec des shorts ou des bermudas. Tout
cela dans un esprit bon enfant et joyeux. Un match de foot
est organisé sur la plage, derrière les parasols et y sont
conviés tous les jeunes gens qui le désirent. Des vendeurs
ambulants essayent d’appâter les clients avec leurs
marchandises hétéroclites. On vend de tout, des lunettes,
des pantalons, des biscuits. Vers 18h, je rentre. Je dois
être le premier. Je me souviens que la veille, alors que je
déambulais dans les rues et qu’il devait être entre 20h et
21h, j’avais croisé des gens qui venaient à peine de quitter
la plage …
Après une douche rapide, je redescends pour visiter le souk,
où l’on trouve de tout à un prix défiant toute concurrence,
me dit-on. Sur un pâté de maison, le long des rues, à côté
des restaurants et des cafés, sont installés les échoppes et
les stands des marchands. Effectivement, on trouve de tout à
des prix modiques. Des sacs à dos, des vêtements pour toute
la famille, des chaussures, des lunettes de soleil, des
nécessaires de toilette, des barrettes, des turbans, des
élastiques, des casseroles, des couverts, des assiettes, des
plateaux, des draps, des serviettes … Le tout bien sûr,
généralement Made in China. Les maris sont installés aux
cafés, pendant que les femmes et les enfants font leurs
courses. Au milieu de cette foule qui se presse au pas
inégal, circulent les toc-tocs, à la recherche de leur
prochain client, et les voitures qui tentent difficilement
de se frayer un chemin.
Jour 3 : J’ai réservé un billet de cinéma. La séance
commence à 20h45 et le ticket coûte 15 L.E. 15 L.E. pour
voir 4 films, les uns après les autres, en une seule séance.
Des films récents bien sûr. Ils sont nombreux ces cinémas
qui proposent cette formule à Gamassa. Au Caire, pour voir
un seul de ces films, il faudrait payer au moins 10 L.E.
C’est un cinéma en plein air, et les 4 films au programme
sont prometteurs. Je m’installe donc et, première surprise,
je constate que les films ont tous été raccourcis. Sûrement
pour rendre la séance plus supportable. Un garçon de 9 ans
environ circule entre les spectateurs proposant à haute voix
des boissons, ne se doutant pas qu’il dérange le spectateur
et l’empêche de suivre son film. Chaque réplique des
personnages est ponctuée par une remarque de la salle. A la
fin du deuxième film, une pause. Certains en profitent pour
sortir acheter à manger. Une dispute éclate à mon extrême
gauche. A ma droite, une agitation soudaine : quelqu’un
vient de s’évanouir. Finalement, la projection reprend et le
calme revient dans la salle. Le garçon de 9 ans a laissé sa
place à un adulte qui circule à son tour dans toute la salle
en essayant de vendre ses boissons. Le troisième film a
également été raccourci. Le quatrième film est soudain
interrompu et les lumières se rallument. Des sifflements et
des cris s’élèvent soudain. Les gens protestent. Certains
commencent à partir. Au bout d’un quart d’heure, la
projection se rallume. Cette fois, il n’y a pas de son. A
3h30 du matin, à la fin du quatrième et dernier film, je
quitte la salle. Il y a toujours autant de badauds dans les
rues. Du fait de l’absence de poubelle municipale, les
déchets jonchent le sol …
Jour 4 : Il n’y a plus de pain à la maison et je décide
d’accompagner mon hôte au four pour en acheter. Il perd un
quart d’heure à tenter de m’expliquer sa « tactique ».
Chaque personne a droit à une livre de pain. Je fais donc la
queue dans un four, pendant que lui fait la queue dans un
autre four. Je lui réserve une place devant moi et lui fait
de même pour moi. Je prends donc une livre de pain et vais
dans l’autre file prendre pour une autre livre de pain. Il
fait de même. Nous nous retrouvons à la fin avec 4 livres de
pain. Tous ceux qui sont là à faire la queue la font avec
des membres de leur famille et chacun, du petit dernier au
grand-père, fait la queue avec un billet d’une livre pour
acheter du pain.
L’Egyptien est ingénieux … .
Tony
Gabriel