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 Semaine du 29 août au 4 septembre 2007, numéro 677

 

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Plages. Située sur la Côte-Nord, Gamassa est une petite ville très prisée des familles à budget restreint. Récit d’un court séjour haut en couleur.

Gamassa quand tu nous tiens

Il est de notoriété publique que les familles aisées du Caire se retrouvent pendant l’été au « sahel » (la côte) du nord-ouest de l’Egypte, sur la Méditerranée, à 3h du Caire. Là, elles continuent leur vie insouciante dans un cadre idyllique. Mais qu’en est-il du commun des mortels ? Plusieurs aiment mieux aller sur la côte nord-est. A Gamassa. Là-bas, ce ne sont pas les plages de sable fin ni les eaux limpides comme nous avons l’habitude de l’imaginer qui vous attendent. Vous ne vous retrouverez pas dans un paysage de rêve digne d’une carte postale. Mais en allant à Gamassa, vous plongerez au cœur de l’Egypte profonde et authentique ! Voici à quoi ressemblera votre séjour, pour moi des vacances inoubliables, si jamais vous décidez de partir à Gamassa.

Jour 1 : J’arrive à Gamassa, ville balnéaire « populaire » de la côte méditerranéenne, à l’embouchure du Nil. Après avoir payé une livre au péage, je m’engage sur une longue avenue, asphaltée et propre, bordée de chaque côté par de luxuriants jardins. Seule fausse note : la station d’essence en mauvais état, juste après le péage, dont l’aspect extérieur suffit à décourager le client potentiel.

Je finis par me retrouver au centre-ville. La ville tout entière est construite sur un schéma simple. Les avenues et les rues se croisent perpendiculairement. Les immeubles ont entre 5 à 6 étages et on dirait que les architectes ont voulu rivaliser d’audace. Je remarque tout particulièrement un immeuble sur le toit duquel un bateau en bois s’élève. Il est trois heures de l’après-midi et les rues sont bondées. Les gens se hâtent vers la plage, tenant dans leurs bras leurs bouées, des serviettes et des sacs en plastique qui contiennent sûrement un thermos de thé, une bouteille d’eau et des sandwichs.

J’arrive à l’appartement des amis chez qui je vais loger. Il est petit, mais possède un balcon sur la rue. C’est sur ce balcon qu’a lieu l’essentiel de la vie de la maison. On y mange, joue aux cartes et discute avec animation. Je m’y installe donc et observe ma rue. Elle est mal asphaltée et les trottoirs sont inexistants. Certains immeubles ont la chance de posséder un petit jardin. Les poubelles jonchent les rues.

Le soir, la ville tout entière s’anime. Les gens descendent dans les rues et s’installent aux terrasses des nombreux cafés et restaurants qui bordent les avenues. Ils dînent (le plus souvent d’une « fétira », sorte de crêpe épaisse) ou prennent un verre en famille ou entre amis. A chaque terrasse est installé un écran géant ou une télé qui diffuse les derniers clips à la mode ou des comédies récentes. Certains jouent au billard (1 L.E. la partie), installé sur les trottoirs, pendant que d’autres louent des vélos et arpentent la ville avec insouciance au milieu des voitures, des camionnettes et surtout des toc-tocs, qui ont envahi la ville depuis peu.

Jour 2 : Malgré toute l’animation qui régnait dans les rues jusqu’à tard le soir, j’ai bien dormi. Après un rapide petit-déjeuner traditionnel composé de fèves, de pain et d’un verre de thé, je décide d’aller à la plage. L’année précédente, je m’étais rendu à la plage publique, qui était bondée. Les gens étaient littéralement installés les uns sur les autres. Je choisis donc de changer un peu et de me rendre à une plage privée. Elle est réservée à l’armée, mais on y laisse entrer les particuliers pour la modique somme de trois livres. Je prends un toc-toc, décidé à tout expérimenter, et arrive à la plage sain et sauf. Assis sur la banquette arrière, m’agrippant au siège avant de peur de tomber du véhicule à la moindre secousse, assourdi par le bruit de la radio (un lecteur CD d’ordinateur installé par les soins du chauffeur) et impressionné par les slaloms du conducteur entre les voitures et les passants, je n’y aurais pourtant pas mis ma main à couper ... Ici, il y a sensiblement moins de monde. A part ça, pas de différence. La même eau grise, presque noire, due au limon que charrie le Nil, les mêmes vagues, hautes et violentes qu’apprécient tout particulièrement les enfants.

Les gens nagent joyeusement dans l’eau. Ici, pas de maillot de bain ni de bikinis. Les femmes voilées portent des vêtements amples et longs, les autres se contentent d’un jeans et d’un tee-shirt. Les hommes eux aussi sont rarement en maillot de bain. Ils portent des tee-shirts ou des maillots de corps, avec des shorts ou des bermudas. Tout cela dans un esprit bon enfant et joyeux. Un match de foot est organisé sur la plage, derrière les parasols et y sont conviés tous les jeunes gens qui le désirent. Des vendeurs ambulants essayent d’appâter les clients avec leurs marchandises hétéroclites. On vend de tout, des lunettes, des pantalons, des biscuits. Vers 18h, je rentre. Je dois être le premier. Je me souviens que la veille, alors que je déambulais dans les rues et qu’il devait être entre 20h et 21h, j’avais croisé des gens qui venaient à peine de quitter la plage …

Après une douche rapide, je redescends pour visiter le souk, où l’on trouve de tout à un prix défiant toute concurrence, me dit-on. Sur un pâté de maison, le long des rues, à côté des restaurants et des cafés, sont installés les échoppes et les stands des marchands. Effectivement, on trouve de tout à des prix modiques. Des sacs à dos, des vêtements pour toute la famille, des chaussures, des lunettes de soleil, des nécessaires de toilette, des barrettes, des turbans, des élastiques, des casseroles, des couverts, des assiettes, des plateaux, des draps, des serviettes … Le tout bien sûr, généralement Made in China. Les maris sont installés aux cafés, pendant que les femmes et les enfants font leurs courses. Au milieu de cette foule qui se presse au pas inégal, circulent les toc-tocs, à la recherche de leur prochain client, et les voitures qui tentent difficilement de se frayer un chemin.

Jour 3 : J’ai réservé un billet de cinéma. La séance commence à 20h45 et le ticket coûte 15 L.E. 15 L.E. pour voir 4 films, les uns après les autres, en une seule séance. Des films récents bien sûr. Ils sont nombreux ces cinémas qui proposent cette formule à Gamassa. Au Caire, pour voir un seul de ces films, il faudrait payer au moins 10 L.E. C’est un cinéma en plein air, et les 4 films au programme sont prometteurs. Je m’installe donc et, première surprise, je constate que les films ont tous été raccourcis. Sûrement pour rendre la séance plus supportable. Un garçon de 9 ans environ circule entre les spectateurs proposant à haute voix des boissons, ne se doutant pas qu’il dérange le spectateur et l’empêche de suivre son film. Chaque réplique des personnages est ponctuée par une remarque de la salle. A la fin du deuxième film, une pause. Certains en profitent pour sortir acheter à manger. Une dispute éclate à mon extrême gauche. A ma droite, une agitation soudaine : quelqu’un vient de s’évanouir. Finalement, la projection reprend et le calme revient dans la salle. Le garçon de 9 ans a laissé sa place à un adulte qui circule à son tour dans toute la salle en essayant de vendre ses boissons. Le troisième film a également été raccourci. Le quatrième film est soudain interrompu et les lumières se rallument. Des sifflements et des cris s’élèvent soudain. Les gens protestent. Certains commencent à partir. Au bout d’un quart d’heure, la projection se rallume. Cette fois, il n’y a pas de son. A 3h30 du matin, à la fin du quatrième et dernier film, je quitte la salle. Il y a toujours autant de badauds dans les rues. Du fait de l’absence de poubelle municipale, les déchets jonchent le sol …

Jour 4 : Il n’y a plus de pain à la maison et je décide d’accompagner mon hôte au four pour en acheter. Il perd un quart d’heure à tenter de m’expliquer sa « tactique ». Chaque personne a droit à une livre de pain. Je fais donc la queue dans un four, pendant que lui fait la queue dans un autre four. Je lui réserve une place devant moi et lui fait de même pour moi. Je prends donc une livre de pain et vais dans l’autre file prendre pour une autre livre de pain. Il fait de même. Nous nous retrouvons à la fin avec 4 livres de pain. Tous ceux qui sont là à faire la queue la font avec des membres de leur famille et chacun, du petit dernier au grand-père, fait la queue avec un billet d’une livre pour acheter du pain. L’Egyptien est ingénieux … .

Tony Gabriel

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