Athlétisme.
Le Kényan Luke Kibet a réalisé un exploit pour le Kenya en
remportant le premier titre du marathon pour son pays depuis
20 ans lors des Mondiaux qui se déroulent au Japon jusqu’au
2 septembre.
Kibet, nouveau roi du marathon
Samedi
25 août. Il est 7 heures du matin, les 11e Championnats du
monde d’athlétisme débutent avec l’une des épreuves les plus
spectaculaires de la compétition, à savoir le marathon
(42,195 km), qui se déroule dans les rues d’Osaka, au Japon.
Il faut dire qu’il a lieu dans des conditions
météorologiques très difficiles, avec une température élevée
et un taux d’humidité étouffant (28 degrés Celsius et 81 %
d’humidité). Cette course annonçant le lancement des
Mondiaux, qui durent jusqu’au 2 septembre à Osaka (Japon),
marque également le début de la saison de récolte africaine.
En effet, le marathon a offert au continent africain sa
première médaille d’or. Et cela grâce au Kényan sans grande
expérience, Luke Kibet. En 2 h 15 min 59 sec, Kibet, gardien
de prison de profession, a devancé le Qatari d’origine
kényane, Mubarak Hassan Shami (2h17:18.), et le Suisse
Viktor Rothlin (2h17:25.). Agé de 24 ans, Kibet succède au
Marocain Jaouad Gharib, double tenant du titre mais forfait
cette année. Gharib, 35 ans, avait vu sa préparation
perturbée en raison d’une légère blessure au marathon de
Londres, où, le 22 avril dernier, il avait terminé
quatrième. L’Erythréen Yared Asmeron a pris la quatrième
place (2h17:41.) tandis que les Japonais ont réussi un
superbe tir groupé en se classant 5e, 6e et 7e. Kibet, qui a
définitivement échappé à un groupe de trois hommes après le
30e kilomètre, n’avait jusque-là remporté qu’un seul
marathon, à Vienne, plus tôt cette année.
Sous un soleil de plomb malgré l’heure matinale (30 degrés
Celsius à 8h du matin, une heure après le départ, et 65 %
d’humidité), la course a mis un temps fou à se décanter. Au
km 25, ils étaient encore 18 dans la même seconde
(1h21:11.). Peu après, Kibet a placé une première attaque, à
laquelle n’ont répondu que quatre hommes, dont Shami. Après
1h 42 min de course, le Kényan accélère de nouveau pour
filer vers le titre. Si l’on prend en considération la
température de 30 degrés C et 70 % d’humidité, on peut dire
que la performance de Kibet a été impressionnante en
réalisant le plus haut écart dans l’histoire des Mondiaux et
qui s’élève à (1min 19 sec). Il a franchi la ligne d’arrivée
après ses 26 miles 385 yards, puis il a commencé son tour de
victoire avant que le médaillé d’argent ne rentre dans le
stade. « J’ai su que je pourrais gagner à 35 km », dit Kibet.
Derrière lui, la lutte a été superbe durant les derniers
kilomètres, avec Shami, Rothlin, le Kényan William Kiplagat,
finalement 8e, Ogata et Asmerom, se voyant tour à tour sur
le podium.
Succès retrouvé
En remportant l’épreuve, Luke Kibet met fin à une période de
disette pour le Kenya où le titre du marathon manquait
depuis une vingtaine d’années. Depuis 1987, et le succès à
Rome de Douglas Wakihuri, le pays de l’Est africain n’avait
récolté que la misère d’un argent (Simon Biwott), en 2001, à
Edmonton (Canada). Anomalie, car les Kényans raflent
régulièrement depuis des années les plus prestigieuses
épreuves du marathon (Londres, New York, Chicago,
Rotterdam), qui sont aussi les mieux rémunérées. Injustice ?
Pas tout à fait, car la course aux cachets a son revers. Au
Japon, l’équipe kényane était composée de la réserve. Mais
Kibet, 24 ans, avait pour seul titre de gloire un succès à
Vienne. « Je suis heureux d’avoir donné cette victoire au
Kenya après 20 ans. La veille de la course, j’ai mis au
point une tactique avec les entraîneurs. J’ai placé une
première attaque, puis j’ai encore accéléré au 31e kilomètre
et j’ai vu que je creusais l’écart », a confié le jeune
homme. Auparavant, il s’était concerté avec son compatriote
William Kiplagat, longtemps troisième avant de s’effondrer
dans l’ultime kilomètre. Originaire de la Rift Valley, qui
produit une race exceptionnelle de coureurs de longue
haleine, Kibet a été sollicité dès la fin de l’épreuve par
les organisateurs de New York. Pourra-t-il résister aux
sollicitations et ainsi se préparer pour les JO ?
Le Kenya avait pourtant dû composer sans ses principaux
athlètes, privilégiant les courses rémunérées. C’est ainsi
que Robert Cheruiyot, triple vainqueur du marathon de
Boston, Martin Lel et Felix Limo, qui ont respectivement
remporté celui de Londres cette année et en 2006, ainsi que
Paul Tergat, l’actuel détenteur du record du monde du
marathon (2h04:55.), ne figuraient pas dans la sélection.
Mais les sources de coureurs au long cours sont inépuisables
au Kenya. Le titre de Kibet de cette édition annonce le
retour d’un Kenya très fort. Aux Championnats du monde 2001,
le Kenya était à la 3e place au tableau final des médailles,
mais lors des derniers Mondiaux, le pays n’a remporté qu’une
seule médaille d’or. Donc, cette année, les Kényans espèrent
rééditer les exploits du passé en remportant un beau panier
de médailles d’or.
Doaa
Badr