Beauté.
Egyptian Beauty Academy. C’est le nom d’un institut unique
en son genre au Proche-Orient, dont l’objectif est de former
des esthéticiens prêts pour le marché de l’emploi. Visite
guidée.
Tout n’est pas dans l’esthétique
Pour
ceux qui s’y rendent à pied ou roulent doucement à cause du
trafic important de la rue Al-Khalifa Al-Maamoun, à
Héliopolis, l’endroit peut passer inaperçu. C’est au 1er
étage d’un grand immeuble que se trouve l’Académie
égyptienne de beauté. Nouveau concept : l’endroit unique en
son genre au Proche-Orient est agréé par la Confédération
arabo-africaine des arts de la coiffure, dont le siège
technique se trouve à Paris.
Sous le même toit, on a rassemblé plusieurs spécialités dans
le domaine de la beauté, et intéressant aussi bien les
femmes que les hommes. « Je suis ravie de suivre des cours
dans cette académie. L’important pour moi est d’obtenir un
certificat qui puisse m’ouvrir les portes pour exercer un
métier », confie la jeune diplômée de la faculté des lettres
qui suit des cours d’esthétique depuis six mois. Noha, au
chômage depuis quatre ans, souhaite trouver un boulot à même
de suffire à ses besoins et ceux de sa famille. Un jour, en
lisant le journal Al-Wassit, elle tombe sur une annonce
publiée par l’académie. Elle décide alors de prendre contact
avec cette institution et opte pour une spécialité qui,
espère-t-elle, pourra lui faire gagner beaucoup d’argent.
Sans attendre, elle téléphone à l’académie pour obtenir plus
de détails mais aucune information ne lui sera fournie sur
les horaires, les prix et la durée des études. « Vous
devriez d’abord visiter les locaux », lui a-t-on répondu.
Inaugurée en 1988, cette académie s’est lancé le défi de
pouvoir trouver un emploi pour chaque étudiant. « Autrefois,
les jeunes, surtout les diplômés, se sentaient discrédités
en exerçant des boulots qui ne correspondaient pas à la
branche qu’ils ont choisie. Et comme le taux de chômage ne
cesse d’augmenter dans les quatre coins du monde, ils
préfèrent opter pour un métier rentable, à condition d’en
apprendre les rudiments », explique monsieur Sami Aziz,
vice-président de la Confédération arabo-africaine des arts
de la coiffure. Installé sur son fauteuil, Aziz poursuit que
les programmes de l’académie sont empruntés à ceux de la
Confédération, dont le siège syndical se trouve en Italie.
Ces programmes englobent tout ce qui concerne les soins de
beauté et du corps. « Partout, la durée des études est de
trois ans car l’on doit étudier l’anatomie, la
capilliculture, les types de peau, etc. Mais chez nous,
cette période a été réduite à trois mois pour les débutants
et un an pour les professionnels », commente Sami Aziz.
Dans les locaux de l’académie et avant de remplir la fiche
de renseignement ou commencer les cours, c’est Mme Marie,
l’épouse de Sami Aziz, qui vous reçoit et vous guide dans
chaque décision, en passant par toutes les étapes :
coiffure, esthétique, manucure, pédicure, massage, cours de
mode sur le voile …
Aussi bien les garçons que les filles, tous ont le droit de
choisir n’importe quelle branche mais Mme Marie essaie de
les orienter suivant leurs aptitudes et tempérament. « Ici,
on peut étudier tout ce qui concerne la beauté.
Personnellement, je veux faire des études d’esthétique pour
apprendre comment faire un nettoyage de peau, un bon
maquillage et choisir les couleurs de fards qui s’adaptent à
chaque teint et type de visage. C’est Mme Marie qui m’a
orientée vers cette spécialité », confie Riham, diplômée de
la faculté de droit. De grands yeux verts, de longs cheveux
châtains tombant sur ses épaules, Riham, très coquette, a
toujours rêvé de faire des études d’esthétique. Avant
d’entrer dans l’académie, elle avait l’habitude de maquiller
ses cousines et même ses voisines, surtout dans les grandes
occasions. « Aujourd’hui, j’ai acquis les notions de base et
je suis satisfaite », ajoute-t-elle.
«
Je passe quelques heures à leur enseigner les rudiments du
métier et un temps supplémentaire pour corriger une fausse
touche de crayon noir ou de mascara à l’aide d’un coton-tige
imbibé de lait démaquillant. C’est une opération qui peut
durer entre 5 et 7 minutes », note Mme Marie. Riham, très
attentive, essaie au maximum de profiter de ces cours car
elle compte ouvrir un salon de beauté. Et pour pouvoir
réaliser ce rêve, elle a fini par encourager sa sœur à
s’inscrire à l’académie mais dans une autre branche.
Aujourd’hui, sa sœur suit des cours de pédicure et manucure
.
En fait, il existe plusieurs membres d’une même famille qui
suivent des cours dans cette même académie. Le cas d’une
jeune fille qui étudie l’esthétique, le père étudie la
coiffure et la maman suit des cours de massage. C’est le Dr
Sanaa, titulaire d’un doctorat dans le domaine, qui est
toujours là pour enseigner la matière aux élèves. Cours sur
les différents types de bains de vapeur: pharaonique, à la
maghrébine ou à la suédoise. Le Dr Sanaa ne se contente pas
d’enseigner aux étudiantes des cours théoriques, mais aussi
des cours pratiques pour leur donner plus de confiance en
elles. A tour de rôle, chacune doit faire un bon massage
avec des huiles parfumées. Enfin, le bain touche à sa fin. «
La fiancée ou la mariée sort d’ici toute prête à rencontrer
son prince charmant », se réjouit-elle.
Internationalisation de l’institut
Dans
les locaux de l’académie, on ne trouve pas seulement des
Egyptiennes qui étudient l’esthétique, mais aussi des femmes
arabes, de toutes les nationalités. Exactement comme Maha
Samir, une Soudanaise, surnommée « Bibi », qui possède
aujourd’hui le plus grand salon de coiffure au Soudan
portant son sobriquet. Cette dernière a suivi des études à
l’académie il y a dix ans déjà. « Grâce aux cours qu’elle a
suivis, elle s’est fait un nom au Soudan. Bibi présente
chaque semaine une émission télévisée dont le titre est
Sayedati (la femme). Une colonne lui est aussi réservée,
deux fois par semaine, dans un magasine soudanais Fatati (ma
fille) où elle fournit des recettes à des femmes de
différents âges », rapporte sa sœur Mona qui a commencé ses
études à l’académie depuis deux mois pour aider Bibi. Ce
genre de femmes arabes n’hésitent pas à rendre visite à
l’académie et assister aux cours, très utiles pour elles.
Gihane, une coquette Tunisienne tirée à quatre épingles, a
fait des kilomètres pour venir s’y inscrire car elle a
l’intention d’ouvrir un salon de beauté en Tunisie. Après
avoir terminé ses études en esthétique, elle apprend
aujourd’hui la coiffure. Gihane considère avoir acquis les
connaissances nécessaires pour faire une coupe, une mise en
plis ou un beau chignon. « J’ai appris que pour faire une
coupe, on peut utiliser de nombreuses paires de ciseaux
professionnels dont chacune a un usage différent »,
précise-t-elle.
Dans une pièce qui se trouve au bout d’un long couloir et
réservé uniquement pour la coiffure, on remarque que le sexe
masculin est en plus grand nombre.
« Une ou deux femmes seulement pour sept hommes », confie
monsieur Sami Aziz. Dans cette pièce, les apprentis
travaillent avec ardeur, chacun devant un modèle. Leçon :
avec un rasoir électrique, ils doivent tailler une coupe en
quelques minutes et faire les dernières touches avec des
ciseaux précis qui ne font pas de bruit. « C’est la machine
qui accomplit le plus gros boulot, ensuite vient le rôle du
coiffeur pour apporter la touche qui exprime le goût du
client », explique Ahmad Saad, qui est aujourd’hui coiffeur
au Mövenpick d’Héliopolis. Il fut stagiaire à l’académie
durant sept ans.
Grâce à l’Egyptian Beauty Academy, le futur coiffeur doit
avoir l’éthique d’un amateur passionné. « Et si le coiffeur
acquiert l’expérience nécessaire, on ne verra jamais de
têtes mal foutues comme on en rencontre souvent », ajoute
Barakat, un autre étudiant.
Cette profession, devenue un violon d’Ingres pour certains,
commence à attirer les jeunes de toutes les classes
sociales, ces derniers étant inspirés par ce qu’ils voient à
la télévision. C’est leur unique inspiration, et leurs
modèles sont les stars du cinéma ou de la chanson, qui sans
le savoir, font naître des vocations ... .
Manar
Attiya