La modernisation des fatwas
Morsi Attalla
A
mon avis, ce qui menace le plus le discours religieux dans
les sociétés arabes et islamiques c’est cette tendance à
politiser les fatwas (avis religieux autorisés). Il s’ensuit
une confusion défectueuse entre les fatwas qui devraient
avoir un caractère d’obligation et les questions politiques
dont le mot d’ordre devrait être la flexibilité et la
liberté d’opinion. Et ce, conformément au principe politique
selon lequel la politique est l’art du possible ainsi que
l’art de réaliser les objectifs et les ambitions,
abstraction faite de la nature des moyens et des mécanismes.
Si l’éthique de l’activité politique procure une marge de
liberté et de manœuvre, le « fiqh » (jurisprudence
islamique) est géré par des lignes rouges qui déterminent ce
qui est permis et ce qui ne l’est pas conformément aux
préceptes de la religion.
Tout au long de l’histoire islamique, il y a eu unanimité
sur le principe selon lequel les fatwas ne constituent pas
des opinions personnelles. Elles doivent être gérées par des
règles méthodiques et objectives conformes aux principes
religieux.
Si nous réussissons à séparer les fatwas des opinions
personnelles, il nous sera possible de dépasser leur usage à
des fins politiques. Et par conséquent, il sera possible de
parvenir à un discours religieux uni capable de traiter avec
les défis de l’époque et ses complexités, en utilisant à bon
escient le savoir des islamologues qui font un vrai travail
de recherche.
Là, le discours religieux sera sans équivoque car il y aura
une séparation claire entre la fatwa et la politique.
Lorsqu’on parle de modernisation du discours religieux, nous
entendons par là une modernisation des méthodes de la daawa
(prédication) de sorte à éviter que la nation islamique ne
se mette en conflit avec le reste du monde.
Il faut s’assurer que la mise à jour des termes employés
dans le discours religieux ne porte aucunement atteinte aux
fondements de la religion. Par exemple, il est très utile
d’éliminer des superstitions et des coutumes qui n’ont rien
à voir avec l’islam mais qui sont attribuées aux sociétés
musulmanes à cause de la faiblesse et de la médiocrité du
discours religieux. Par exemple, il n’est pas du tout vrai
que l’islam interdit à la femme de travailler et d’avoir un
rôle actif dans la société, sachant que pendant les
premières époques islamiques, la femme jouait un rôle très
important dans tous les domaines. On lui attribuait même la
responsabilité de la prédication et de l’enseignement
religieux dans les cercles d’études qui étaient organisés à
La Mecque.
Or, il faut signaler que si un nombre de musulmans est
influencé par un discours religieux caractérisé par
l’ignorance et le fanatisme, ceci n’est pas le cas de la
majorité des musulmans, en particulier en Egypte. En effet,
en Egypte le discours religieux est caractérisé par la
modération et une profonde capacité d’adaptation à toutes
les époques et toutes les circonstances.
Il est important de signaler que les appels à la
modernisation du discours islamique ne sont pas récents.
Depuis le XIXe siècle, l’Egypte et Al-Azhar sont le lieu de
rencontre des spécialistes de l’islam. Ceux-ci ont devancé
les philosophes contemporains quand ils ont parlé de la
culture des relations avec l’autre. Ils sont les premiers à
avoir prôné l’ouverture d’esprit et l’illumination dans le
monde islamique, en se basant sur des versets du Coran qui
prêchent le respect des droits des autres confessions.
Là, il faut signaler que la modernisation du discours
religieux n’est pas un sujet de controverse tant que
l’objectif est de mettre fin à l’obscurantisme. Mais il est
parfaitement erroné d’affirmer qu’il est nécessaire de
moderniser le discours religieux pour mettre un terme à
l’extrémisme, au fanatisme et à la violence qui seraient des
phénomènes propres à l’islam. La violence et le racisme sont
devenus des phénomènes interplanétaires qui se pratiquent
sans vergogne au nom de la démocratie et de la liberté.
Le discours islamique se caractérise par la diversité, bien
qu’il se base sur une source unique. La grandeur de l’islam
c’est qu’il est une religion propre à toutes les époques,
c’est pour cela qu’il faut continuellement mettre à jour le
discours religieux, en respectant les constantes et les
fondements de l’islam .