Al-Ahram Hebdo, Opinion | La modernisation des fatwas
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 29 août au 4 septembre 2007, numéro 677

 

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Opinion
 

La modernisation des fatwas

Morsi Attalla

A mon avis, ce qui menace le plus le discours religieux dans les sociétés arabes et islamiques c’est cette tendance à politiser les fatwas (avis religieux autorisés). Il s’ensuit une confusion défectueuse entre les fatwas qui devraient avoir un caractère d’obligation et les questions politiques dont le mot d’ordre devrait être la flexibilité et la liberté d’opinion. Et ce, conformément au principe politique selon lequel la politique est l’art du possible ainsi que l’art de réaliser les objectifs et les ambitions, abstraction faite de la nature des moyens et des mécanismes.

Si l’éthique de l’activité politique procure une marge de liberté et de manœuvre, le « fiqh » (jurisprudence islamique) est géré par des lignes rouges qui déterminent ce qui est permis et ce qui ne l’est pas conformément aux préceptes de la religion.

Tout au long de l’histoire islamique, il y a eu unanimité sur le principe selon lequel les fatwas ne constituent pas des opinions personnelles. Elles doivent être gérées par des règles méthodiques et objectives conformes aux principes religieux.

Si nous réussissons à séparer les fatwas des opinions personnelles, il nous sera possible de dépasser leur usage à des fins politiques. Et par conséquent, il sera possible de parvenir à un discours religieux uni capable de traiter avec les défis de l’époque et ses complexités, en utilisant à bon escient le savoir des islamologues qui font un vrai travail de recherche.

Là, le discours religieux sera sans équivoque car il y aura une séparation claire entre la fatwa et la politique. Lorsqu’on parle de modernisation du discours religieux, nous entendons par là une modernisation des méthodes de la daawa (prédication) de sorte à éviter que la nation islamique ne se mette en conflit avec le reste du monde.

Il faut s’assurer que la mise à jour des termes employés dans le discours religieux ne porte aucunement atteinte aux fondements de la religion. Par exemple, il est très utile d’éliminer des superstitions et des coutumes qui n’ont rien à voir avec l’islam mais qui sont attribuées aux sociétés musulmanes à cause de la faiblesse et de la médiocrité du discours religieux. Par exemple, il n’est pas du tout vrai que l’islam interdit à la femme de travailler et d’avoir un rôle actif dans la société, sachant que pendant les premières époques islamiques, la femme jouait un rôle très important dans tous les domaines. On lui attribuait même la responsabilité de la prédication et de l’enseignement religieux dans les cercles d’études qui étaient organisés à La Mecque.

Or, il faut signaler que si un nombre de musulmans est influencé par un discours religieux caractérisé par l’ignorance et le fanatisme, ceci n’est pas le cas de la majorité des musulmans, en particulier en Egypte. En effet, en Egypte le discours religieux est caractérisé par la modération et une profonde capacité d’adaptation à toutes les époques et toutes les circonstances.

Il est important de signaler que les appels à la modernisation du discours islamique ne sont pas récents. Depuis le XIXe siècle, l’Egypte et Al-Azhar sont le lieu de rencontre des spécialistes de l’islam. Ceux-ci ont devancé les philosophes contemporains quand ils ont parlé de la culture des relations avec l’autre. Ils sont les premiers à avoir prôné l’ouverture d’esprit et l’illumination dans le monde islamique, en se basant sur des versets du Coran qui prêchent le respect des droits des autres confessions.

Là, il faut signaler que la modernisation du discours religieux n’est pas un sujet de controverse tant que l’objectif est de mettre fin à l’obscurantisme. Mais il est parfaitement erroné d’affirmer qu’il est nécessaire de moderniser le discours religieux pour mettre un terme à l’extrémisme, au fanatisme et à la violence qui seraient des phénomènes propres à l’islam. La violence et le racisme sont devenus des phénomènes interplanétaires qui se pratiquent sans vergogne au nom de la démocratie et de la liberté.

Le discours islamique se caractérise par la diversité, bien qu’il se base sur une source unique. La grandeur de l’islam c’est qu’il est une religion propre à toutes les époques, c’est pour cela qu’il faut continuellement mettre à jour le discours religieux, en respectant les constantes et les fondements de l’islam . 

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