Le terrorisme et la loi
Salama A. Salama
Suite
aux événements du 11 septembre, une vague de nouvelles
législations et lois visant à lutter contre le terrorisme a
envahi le monde. Surtout que des opérations terroristes
minutieusement étudiées et planifiées sont ensuite
survenues. Elles ont été perpétrées par des émigrés arabes
et musulmans résidant dans certains pays européens, dont la
Grande-Bretagne, l’Espagne et l’Allemagne. Conséquence : ces
pays ont œuvré à travers des mesures inscrites dans un cadre
légal. Elles ont été adaptées à des législations nouvelles
dont l’objectif a été de mettre un terme à ces activités par
l’intermédiaire de leurs appareils de sécurité ainsi que de
dévoiler les plans terroristes et leurs auteurs, voire de
les éviter. Mais sans que cela ne soit une contrainte ni
pour les droits ni pour les libertés civiles.
Ces pays ne se sont pas arrêtés là. Ils ont eu recours à
toutes les techniques de pointe dans la collecte des
informations, leurs analyses, la surveillance via les
caméras et l’encouragement des gens à coopérer avec les
autorités compétentes. Tout cela a largement contribué à
dévoiler la plupart des derniers plans. Ils savaient que les
mesures rigoristes provoquant la panique pouvaient renverser
le système et la démocratie au même titre que les attaques
terroristes, voire davantage.
Ils n’avaient pas besoin d’amender la Constitution, comme
nous l’avons fait, pour immuniser les mesures d’urgence
parce que leurs législations sont flexibles et leur
permettent de desserrer ou de resserrer l’étau des mesures
selon la nécessité. Nous, en Egypte, nous avons saisi
l’occasion des appels incessants favorisant la réforme
démocratique, prélude à l’ouverture démocratique pour
ajouter à la Constitution un nouvel article sur la lutte
contre le terrorisme. Un article qui garantirait une
couverture constitutionnelle à tout dépassement
intervenant au niveau des droits
et des libertés publiques. Bien que les articles du code
pénal soient suffisants, comme l’estiment la plupart des
professeurs de droit, pour contrer la menace terroriste, ils
ont ajouté un article autorisant le recours aux tribunaux
militaires pour étouffer davantage la situation.
Je ne vois pas dans quelle mesure la visite effectuée à
Londres du comité chargé de formuler la nouvelle loi
pourrait être bénéfique. Ce comité est censé se faire une
idée précise du système juridique et des mesures de sécurité
londoniennes. Ce afin de parvenir à l’équilibre délicat que
la Grande-Bretagne a réalisé dans la sauvegarde des libertés
publiques et l’expansion des pouvoirs sécuritaires de l’Etat.
Et ce à l’ombre des formules flexibles autorisées par
l’article 179. D’autant plus que les expériences de l’Egypte
en termes de méthodes sécuritaires entreprises sous
l’enseigne de la lutte contre le terrorisme n’incitent guère
à la confiance ni à la sécurité. Il suffit d’évoquer les
mesures draconiennes qu’endurent quotidiennement les
passagers du métro qui vont de la fouille corporelle jusqu’à
l’incarcération, sans qu’aucun communiqué ou explication ne
soit fait par un quelconque organisme étatique.
Je ne crois pas que dans les pays visités par le Dr Chéhab
et son comité spécialisé, les mesures de sécurité d’urgence
durent plus de quelques heures. Elles sont suivies quelques
heures plus tard d’un communiqué officiel clarifiant la
situation. Ainsi le peuple devient-il un partenaire à part
entière dans la sauvegarde de la sécurité et non pas un
ennemi.
Dans mes lectures, une phrase juridique éloquente a attiré
mon attention affirmant qu’il ne faut pas traiter les gens
comme des papillons, les pourchasser sans preuves, alors que
tout ce que nous détenons contre eux ne sont que des doutes
et des suspicions. L’auteur de cette célèbre phrase n’est
autre que le Dr Ahmad Fathi Sourour, président de
l’Assemblée du peuple, qui validera, selon toute
vraisemblance, la nouvelle loi sur le terrorisme.