Assouan.
D’accès difficile, cachée au loin au milieu du Nil, l’île de
Barbar est une oasis fantastique. Un lieu où le temps semble
en arrêt. Escapade.
Barbar, l’île secrète
Lointaine,
voire inexistante pour ceux qui ne la connaissent pas. Et
ils sont nombreux. C’est l’île de Barbar, située à Assouan
parmi 57 autres. Un trait particulier distingue chacune
d’elles, qu’il soit touristique ou écologique. Mais Barbar,
qu’on peut qualifier de magnifique oasis au milieu du Nil,
n’est pas visible à tous. On peut sillonner le Nil plusieurs
fois sans l’apercevoir. Elle n’est accessible qu’à celui qui
vient la chercher. Le seul moyen d’y arriver, c’est un
voilier. Mais le commandant de bord doit d’abord donner son
avis. « Je dois savoir si la personne que je transporte
estime l’île à sa propre valeur, sinon je ne l’amène pas à
bord. Je n’en fais pas mon gagne-pain », dit Ragab,
batelier. Après quelques minutes de navigation au milieu du
Nil, le bateau fait un détour par l’un des versants du
fleuve tout à fait original. Ragab éteint le moteur et
utilise les rames pour pouvoir se glisser parmi des passages
étroits et sinueux. Seul le bruit du frôlement de tiges de
roseaux plantées de part et d’autre de la rivière ou celui
du gazouillement des oiseaux provenant des réserves
naturelles vient briser le silence énigmatique qui y règne.
C’est comme une étape de transition entre deux mondes, on
s’éloigne de la terre ferme pour s’approcher du paradis.
Après quelques minutes de navigation lente et prudente, le
chemin commence à s’élargir peu à peu pour laisser
apparaître une île éblouissante pleine de vie. Et quelle vie
! Si la ville d’Assouan est célèbre pour le tourisme et les
loisirs ainsi que pour son climat hivernal agréable, en été,
elle est à éviter en raison de sa chaleur torride. Mais
l’île de Barbar a néanmoins renversé ce préjugé avec une
plage improvisée qui mérite le détour pendant toute l’année.
Une colline de sable doré très abrupte s’étale jusqu’à
toucher l’eau argentée du Nil. On peut y savourer des bains
de soleil ou une pause à l’ombre des arbres des environs. «
Pouvoir jouir au bord du Nil des privilèges de la mer près
d’une ville touristique et être entouré de Nubiens aux
traits pharaoniques rendent cette île encore plus magique »,
dit un touriste français qui visite l’Egypte pour la
deuxième fois en 5 ans. Il voulait voir en premier cette
plage singulière. D’après un autre touriste chinois, le
charme et le mystère de cet endroit en font un paradis
terrestre. « Le temps passe ici comme un rêve qui se déroule
autour d’un fleuve magique », dit-il. D’après Sally,
propriétaire d’une felouque, la nature géographique de cet
endroit est insolite car normalement le bord du fleuve n’est
pas dégradé ni sablonneux. D’habitude, l’eau est chargée de
boue qui entrave la natation. Or, poursuit Sally, cet
endroit se distingue par une plage qui s’étend sur presque
500 ou 600 mètres de largeur et l’eau y est transparente et
fluide.
Le hasard fait bien les choses
En
fait, cette île fantastique n’est fréquentée que depuis 15
ans, et cette nouvelle plage ne fut découverte que par
hasard. Autrefois, les habitants du village de Gharb Séheil
passaient leur temps de loisirs et de repos sur l’île
d’Isis. Puis, la construction d’un nouvel hôtel les a privés
de ce lieu de repos du jour au lendemain. Il fallut alors
chercher une alternative dans la région, ils ont découvert
l’île de Barbar restée inconnue et négligée jusqu’à cet
incident. Gamal Anouar, guide touristique originaire
d’Assouan, explique que quelques années durant, l’île ne fut
alors fréquentée que par les habitants de Gharb Séheil et
quelques guides touristiques et bateliers qui voulaient
épater des touristes avides d’exotisme. « Ces derniers
venaient à titre privé. L’objectif était de les
impressionner par cette visite hors programme », dit Gamal.
Avec le temps, l’endroit s’est fait connaître des étrangers,
mais de manière limitée. Fathi, guide, affirme que tous ses
collègues reconnaissent que la visite de cette île est une
chose exceptionnelle et fantastique pour les touristes.
Cependant, aucune agence de voyages n’a organisé de tours,
malgré les intérêts économiques qu’elles pourraient y
trouver. « On préfère attirer des clients d’élite qui savent
apprécier la beauté de cette île encore vierge et préservée
des touristes », dit Fathi. Et d’ajouter : « Les Français
ont été les premiers à mettre les pieds sur l’île et il n’y
avait qu’eux avant que l’île ne soit fréquentée par des
touristes de toutes les nationalités, mais en nombre bien
limité ».
Quant aux habitants, ils se sont retirés pour permettre aux
touristes de se sentir à l’aise. « L’argent du tourisme a
toujours été notre source essentielle de gagne-pain, alors
on doit faire des sacrifices », dit Moustapha, Nubien
habitant de Gharb Séheil, village mitoyen de l’île. Lui et
les autres habitants ont profité de la situation pour créer
des activités comme la fabrication et la vente d’artisanat
local (accessoires, souvenirs pharaoniques ou africains).
Tout est fabriqué maison, fait par les femmes et exposé sur
le sable. Pour augmenter le charme et l’exotisme de
l’endroit : des promenades à dos de chameau sont organisées.
Des bateaux à voile amènent les visiteurs qui passent leur
temps entre eau, soleil et verdure. Pour quitter l’île,
c’est toujours l’originalité : rejoindre les felouques à dos
de chameau, comme le dit Debra, une Américaine résidant en
Egypte.
Coexistence étrangers et Assouanais
Si l’île de Barbar est actuellement réservée aux touristes
initiés, les gens de Gharb Séheil et les habitants d’Assouan
y ont tout de même accès. Mais ils ont choisi de fréquenter
une plage plus éloignée que celle réservée aux touristes.
Ils peuvent en toute tranquillité nager ou jouer sur le
sable loin des regards des visiteurs. « C’est un
comportement qui va de soi, surtout lorsqu’il s’agit de
business et du bien de nos citoyens », dit Réda, habitant
d’Assouan. Chaque jour, en été et au coucher du soleil, il
vient accompagné de sa famille. Là, ses enfants barbotent
dans l’eau ou s’amusent sur le sable pendant que lui use la
pipe de son narguilé. Tout cela ajoute une note de plus à
l’ambiance singulière de l’endroit.
Malgré le succès que pourrait avoir cette île si une
campagne publicitaire la valorisait, tout le monde s’accorde
à dire qu’il serait préférable de garder ce coin secret et
laisser faire le bouche à oreille pour éviter la ruée vers
cette île. Un lieu dont l’existence ne semble pas réelle
tant qu’on ne l’a pas visité.
Elle
restera enfouie dans les mémoires .
Hanaa
Al-Mekkawi