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 Semaine du 29 août au 4 septembre 2007, numéro 677

 

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Iraq. Les principaux groupes politiques et confessionnels iraqiens sont parvenus à une entente à l’arraché. Ils se sont engagés à relancer le processus de réconciliation nationale et accepté de résoudre les problèmes-clés les opposant.

Accord fragile

L’accord annoncé dimanche soir entre les dirigeants chiites, sunnites et kurdes doit encore être soumis à l’approbation du Parlement, dont la rentrée est prévue le 4 septembre. Après de longues tergiversations et des tensions qui ont sérieusement mis à mal le gouvernement iraqien, le premier ministre chiite Nouri Al-Maliki, le président kurde Jalal Talabani, le vice-président sunnite Tarek Al-Hachémi, le vice-président chiite Adel Abdel-Mehdi et le président de la région autonome du Kurdistan iraqien Massoud Barzani ont fait dimanche soir une rare apparition commune à la télévision après l’annonce de l’accord. Cependant, voir côte à côte les représentants des différentes communautés iraqiennes ne signifie pas pour autant que la réconciliation est réellement lancée. Si les dirigeants chiites, sunnites et kurdes d’Iraq se sont engagés à relancer le processus de réconciliation nationale en acceptant de résoudre les problèmes-clés qui les opposaient, il est encore trop tôt pour savoir si cet engagement est à même de mettre fin aux violences intercommunautaires en Iraq. Selon le communiqué de la présidence, « les leaders politiques ont décidé de faire de sérieux efforts pour trouver des solutions pour venir à bout de la crise politique et sécuritaire en Iraq ». Ils ont accepté de réduire les restrictions concernant les anciens membres du parti Baas de l’ancien dictateur Saddam Hussein, d’organiser des élections régionales — une demande de Washington — et d’aider les forces de sécurité à mettre fin à la violence, précise le communiqué. Les cinq dirigeants ont également accepté une loi de réconciliation « pour garantir la justice et la transparence pour tous ». Cette loi, qui doit encore être approuvée par le Parlement, remplacera la loi de débaasification adoptée en 2003 à l’initiative de Washington, et permettra aux anciens membres du parti Baas de réincorporer des postes à responsabilité de l’armée, des institutions et de la fonction publique. La réhabilitation des anciens Baassistes était exigée fermement par le bloc politique sunnite.

Sous le régime de Saddam Hussein, l’appartenance au parti Baas était une obligation pour les militaires, les policiers et les fonctionnaires s’ils voulaient progresser dans leurs carrières. L’exclusion des emplois publics des membres du Baas avait été l’une des premières mesures prises par l’administrateur américain Paul Bremer, après l’invasion de mars 2003, avec la dissolution de l’armée. Ces deux mesures avaient été par la suite considérées comme de graves erreurs qui avaient grossi les rangs de la rébellion anti-américaine.

Il a aussi été décidé de poursuivre le dialogue sur des questions qui divisent les Iraqiens, comme la réforme constitutionnelle et la loi sur le pétrole. Washington avait particulièrement insisté sur ces points pour permettre le progrès et la réconciliation en Iraq.

Ce dernier effort pour sortir le pays de la crise politique survient après d’intenses pressions des autorités américaines et deux semaines avant la présentation devant le Congrès des Etats-Unis d’un rapport sur l’Iraq par l’ambassadeur américain à Bagdad, Ryan Crocker, et le chef des forces de la coalition sur place, le général David Petraeus.

Considéré par les Etats-Unis comme indispensable pour le succès de leur récente offensive contre les groupes rebelles et les extrémistes d’Al-Qaëda en Iraq, ce pas a été immédiatement salué par Washington. La Maison Blanche y a vu « un important symbole » de la volonté des responsables politiques de Bagdad d’œuvrer pour l’ensemble du peuple iraqien. L’accord intervient en effet à point nommé pour le président George W. Bush, confronté à des critiques croissantes aux Etats-Unis sur l’absence de perspectives de solution en Iraq. D’autant plus que son Administration doit faire, dans deux semaines, un rapport devant le Congrès sur le résultat de l’escalade militaire entamée en janvier.

Maliki sous pressions

Outre les pressions américaines, cet accord était devenu nécessaire vu que le gouvernement iraqien, paralysé depuis plusieurs mois par des querelles intestines entre sunnites et chiites qui ont provoqué le départ ou le boycottage de 17 des 40 ministres, était au bord de l’éclatement. Cependant, la présence dimanche du vice-président Hachémi, pilier du groupe politique sunnite, ne présage pas forcément un retour du bloc sunnite au gouvernement au moment où les appels au remplacement du premier ministre iraqien se multiplient, en Iraq, aux Etats-Unis et même ailleurs. En effet, le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, a dû s’excuser lundi pour avoir demandé la démission de Nouri Al-Maliki, faux pas gênant après son déplacement à Bagdad censé marquer une nouvelle approche de Paris en Iraq. Malgré ses excuses, M. Kouchner a tenu à préciser : « Si ça a été mal interprété, j’en suis désolé. Mais encore une fois ça ne change rien aux faits. Je ne suis pas le seul qui présente quelques critiques devant un foyer de tension et des exactions quotidiennes qui indignent le monde ». Des propos qui rejoignent implicitement les critiques qui fusent à Washington.

En fait, plusieurs membres-clés du Congrès avaient fait monter la pression sur le président Bush pour qu’il force le premier ministre iraqien à agir et proposent pour ce faire un début de retrait des troupes américaines. L’accord de réconciliation inter-iraqien est donc une bouée de sauvetage aussi bien pour Al-Maliki que pour Bush. A condition cependant qu’il se traduise par une véritable réconciliation sur le terrain et par une baisse de la violence intercommunautaire. Un pari risqué .

Abir Taleb

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