Iraq.
Les principaux groupes politiques et confessionnels iraqiens
sont parvenus à une entente à l’arraché. Ils se sont engagés
à relancer le processus de réconciliation nationale et
accepté de résoudre les problèmes-clés les opposant.
Accord fragile
L’accord
annoncé dimanche soir entre les dirigeants chiites, sunnites
et kurdes doit encore être soumis à l’approbation du
Parlement, dont la rentrée est prévue le 4 septembre. Après
de longues tergiversations et des tensions qui ont
sérieusement mis à mal le gouvernement iraqien, le premier
ministre chiite Nouri Al-Maliki, le président kurde Jalal
Talabani, le vice-président sunnite Tarek Al-Hachémi, le
vice-président chiite Adel Abdel-Mehdi et le président de la
région autonome du Kurdistan iraqien Massoud Barzani ont
fait dimanche soir une rare apparition commune à la
télévision après l’annonce de l’accord. Cependant, voir côte
à côte les représentants des différentes communautés
iraqiennes ne signifie pas pour autant que la réconciliation
est réellement lancée. Si les dirigeants chiites, sunnites
et kurdes d’Iraq se sont engagés à relancer le processus de
réconciliation nationale en acceptant de résoudre les
problèmes-clés qui les opposaient, il est encore trop tôt
pour savoir si cet engagement est à même de mettre fin aux
violences intercommunautaires en Iraq. Selon le communiqué
de la présidence, « les leaders politiques ont décidé de
faire de sérieux efforts pour trouver des solutions pour
venir à bout de la crise politique et sécuritaire en Iraq ».
Ils ont accepté de réduire les restrictions concernant les
anciens membres du parti Baas de l’ancien dictateur Saddam
Hussein, d’organiser des élections régionales — une demande
de Washington — et d’aider les forces de sécurité à mettre
fin à la violence, précise le communiqué. Les cinq
dirigeants ont également accepté une loi de réconciliation «
pour garantir la justice et la transparence pour tous ».
Cette loi, qui doit encore être approuvée par le Parlement,
remplacera la loi de débaasification adoptée en 2003 à
l’initiative de Washington, et permettra aux anciens membres
du parti Baas de réincorporer des postes à responsabilité de
l’armée, des institutions et de la fonction publique. La
réhabilitation des anciens Baassistes était exigée fermement
par le bloc politique sunnite.
Sous le régime de Saddam Hussein, l’appartenance au parti
Baas était une obligation pour les militaires, les policiers
et les fonctionnaires s’ils voulaient progresser dans leurs
carrières. L’exclusion des emplois publics des membres du
Baas avait été l’une des premières mesures prises par
l’administrateur américain Paul Bremer, après l’invasion de
mars 2003, avec la dissolution de l’armée. Ces deux mesures
avaient été par la suite considérées comme de graves erreurs
qui avaient grossi les rangs de la rébellion
anti-américaine.
Il a aussi été décidé de poursuivre le dialogue sur des
questions qui divisent les Iraqiens, comme la réforme
constitutionnelle et la loi sur le pétrole. Washington avait
particulièrement insisté sur ces points pour permettre le
progrès et la réconciliation en Iraq.
Ce dernier effort pour sortir le pays de la crise politique
survient après d’intenses pressions des autorités
américaines et deux semaines avant la présentation devant le
Congrès des Etats-Unis d’un rapport sur l’Iraq par
l’ambassadeur américain à Bagdad, Ryan Crocker, et le chef
des forces de la coalition sur place, le général David
Petraeus.
Considéré par les Etats-Unis comme indispensable pour le
succès de leur récente offensive contre les groupes rebelles
et les extrémistes d’Al-Qaëda en Iraq, ce pas a été
immédiatement salué par Washington. La Maison Blanche y a vu
« un important symbole » de la volonté des responsables
politiques de Bagdad d’œuvrer pour l’ensemble du peuple
iraqien. L’accord intervient en effet à point nommé pour le
président George W. Bush, confronté à des critiques
croissantes aux Etats-Unis sur l’absence de perspectives de
solution en Iraq. D’autant plus que son Administration doit
faire, dans deux semaines, un rapport devant le Congrès sur
le résultat de l’escalade militaire entamée en janvier.
Maliki sous pressions
Outre les pressions américaines, cet accord était devenu
nécessaire vu que le gouvernement iraqien, paralysé depuis
plusieurs mois par des querelles intestines entre sunnites
et chiites qui ont provoqué le départ ou le boycottage de 17
des 40 ministres, était au bord de l’éclatement. Cependant,
la présence dimanche du vice-président Hachémi, pilier du
groupe politique sunnite, ne présage pas forcément un retour
du bloc sunnite au gouvernement au moment où les appels au
remplacement du premier ministre iraqien se multiplient, en
Iraq, aux Etats-Unis et même ailleurs. En effet, le chef de
la diplomatie française, Bernard Kouchner, a dû s’excuser
lundi pour avoir demandé la démission de Nouri Al-Maliki,
faux pas gênant après son déplacement à Bagdad censé marquer
une nouvelle approche de Paris en Iraq. Malgré ses excuses,
M. Kouchner a tenu à préciser : « Si ça a été mal
interprété, j’en suis désolé. Mais encore une fois ça ne
change rien aux faits. Je ne suis pas le seul qui présente
quelques critiques devant un foyer de tension et des
exactions quotidiennes qui indignent le monde ». Des propos
qui rejoignent implicitement les critiques qui fusent à
Washington.
En fait, plusieurs membres-clés du Congrès avaient fait
monter la pression sur le président Bush pour qu’il force le
premier ministre iraqien à agir et proposent pour ce faire
un début de retrait des troupes américaines. L’accord de
réconciliation inter-iraqien est donc une bouée de sauvetage
aussi bien pour Al-Maliki que pour Bush. A condition
cependant qu’il se traduise par une véritable réconciliation
sur le terrain et par une baisse de la violence
intercommunautaire.
Un pari
risqué .
Abir
Taleb