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 Semaine du 29 août au 4 septembre 2007, numéro 677

 

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Frères musulmans. Les Etats-Unis n’ont jamais négligé le poids des Frères musulmans, même à l’heure où ils sont en croisade contre l’islamisme. Le politologue américain Marc Lynch prodigue à cet égard des conseils au chef de la confrérie pour conquérir l’esprit de l’Amérique.

La bonne recette pour gagner
 la faveur de l’Occident

Comment parler à l’Amérique ? La réponse n’est pas facile surtout s’il revient aux Frères musulmans de le faire. Le politologue américain Marc Lynch vient de publier dans la prestigieuse Foreign Policy un mémorandum adressé au guide suprême de la confrérie. L’article fait partie d’une série de mémorandums publiée par FP et adressée aux différents preneurs de décisions. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre de la part des Américains lorsqu’il est question de mouvements islamistes, le politologue ne critique ni se lance dans un mécanisme de sarcasme, mais donne un ensemble de conseils à Mahdi Akef s’il veut vraiment « communiquer avec une audience occidentale ». L’initiative est exceptionnelle et intervient à un moment où en Grande-Bretagne, l’alliée traditionnelle des Américains, un appel à un dialogue avec les Frères est lancé.

Un rapport de 236 pages de la Commission des affaires étrangères à la Chambre des communes britannique conclut que « les Frères musulmans d’Egypte représentent une force influente et importante dans le pays » et recommande par la suite au gouvernement Brown « tant que la confrérie s’engage au processus démocratique et à la non violence de communiquer avec elle et d’influencer ses membres ». Lynch, dans la revue publiée par l’Institut Carnegie, réclame pour la première fois un processus inverse. C’est aux Frères de s’adresser au monde extérieur car, croit-il, il existe « une opportunité historique pour un dialogue pareil » surtout que « les Américains reconnaissent maintenant avoir perdu la guerre des idées dans le monde arabe » et « nombreux sont ceux qui, en Occident, sont préoccupés par la manière dont vous êtes traités par le gouvernement égyptien ».

Lynch revient sur la situation des Frères depuis l’arrivée de Akef à la tête de la confrérie jusqu’aux multiples arrestations opérées dans leurs rangs. Il part cependant du principe que la confrérie laisse planer beaucoup de doutes sur ses véritables intentions. Il évoque ainsi une sorte « d’ambiguïté en matière d’attaques du Hamas contre Israël ou sur les liens avec l’extrémisme religieux ». Du coup, « beaucoup vous voient comme un ennemi à confronter ». Alors, « si vous êtes sincères au sujet de la recherche d’un dialogue significatif avec l’Occident, vous devez aborder ce débat maintenant, alors qu’il est chaud. La répétition des mêmes slogans ne va pas le trancher. Démontrez qu’en dépit de beaucoup des différences politiques, vous partagez deux buts fondamentaux avec les Etats-Unis : la démocratie dans les pays arabes et le fait de réduire l’influence d’Al-Qaëda ». Comment le faire ? Le politologue américain et professeur à l’Université George Washington étale 4 points qu’il conseille à Mahdi Akef. « Utilisez votre capital politique (...) parce qu’il n’a jamais été aussi important pour vous de rester publiquement et énergiquement engagés au processus démocratique autant qu’aujourd’hui. (...) Comment vous réagissez durant les moments difficiles, nous apprend davantage sur vous que comment vous vous comportez quand les choses vont bien ».

Lynch ne mâche pas ses mots et revient même sur les bourdes du guide de la confrérie, en lui demandant de « faire attention à ce qu’il dit » car « les Américains prêtent plus attention à ce que vous dites en arabe que vos flatteries en anglais, car vos paroles en arabe reflètent mieux votre véritable attitude ».

Le troisième conseil est un peu plus pragmatique. Pour l’auteur, il n’est pas cohérent que les Frères rejettent la « violence » en Egypte et l’encouragent en Palestine et en Iraq. La route n’est pas qu’à « sens unique ». « La confrérie pourrait être soit un mur coupe-feu captivant les cœurs et les esprits des musulmans dans un programme modéré et les dissuadant de se tourner vers le radicalisme, ou bien être une courroie de transmission (capturant les musulmans, les poussant le long du chemin vers le radicalisme) ». Et finalement « apprenez à laisser aller ».

Lynch loue l’initiative du jeune bloggeur et membre de la confrérie qui avait écrit en défense d’un autre bloggeur accusé d’atteinte à l’islam. Une « courageuse position de principe et surtout inattendue ». « Les blogs de vos membres ne devront pas uniquement être simplement tolérés, mais aussi encouragés. Laissez ces blogs être des forums dans lesquels les membres de la confrérie, et ceux en dehors de toutes tendances idéologiques, peuvent débattre des idées et des stratégies. Ils pourront aider à stimuler votre propre réflexion intérieure et rassurer les autres sur vos vraies intentions. Des membres désenchantés de la confrérie se plaignaient depuis longtemps de la rigidité de l’organisation et du manque de tolérance. Pouvez-vous prouver qu’ils ont tort et permettre un pluralisme intérieur qui pourrait rassurer les autres sur vos intentions plus élargies ? Ou vous accrocherez-vous à une position qui vous laisse carrément en désaccord avec l’un de vos alliés stratégiques les plus importants ? Le choix est à vous seuls ».

Samar Al-Gamal

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Mohamad Habib, numéro deux de la confrérie des Frères musulmans, estime que les circonstances politiques actuelles ne sont pas propices à la proclamation de leur parti envisagé.

« L’hostilité du régime ne fait qu’augmenter la sympathie du peuple à notre égard »

Al-Ahram Hebdo : Comment voyez-vous la campagne d’arrestations menée par les appareils de sécurité contre des cadres des Frères ?

Mohamad Habib : Il est clair qu’il existe trois buts principaux derrière cette campagne d’arrestations. Tout d’abord, c’est une tentative de la part du gouvernement de perturber la stratégie de la confrérie, de paralyser ses activités politiques, de la museler et marginaliser son rôle au niveau politique. Deuxièmement, le gouvernement essaye de voiler son échec quant à résoudre les problèmes dont souffre le citoyen égyptien dans tous les domaines. A ceci s’ajoutent les affaires de la torture dans les commissariats menant parfois à la mort et la vente de la Banque du Caire. Des faits qui ont secoué fortement l’opinion publique égyptienne. De plus, les autorités veulent détourner l’attention du peuple du programme de notre parti qui doit être rendu public au cours du mois prochain. Elles savent très bien que celui-ci abordera des questions très importantes, concernant le citoyen égyptien.

Comment allez-vous réagir donc ?

— La confrérie ne sera pas affectée par ces coups. Bien au contraire, les Frères musulmans vont poursuivre leur chemin qu’ils ont commencé et opérer toujours d’une manière institutionnelle bien organisée. Je voudrais ajouter que l’hostilité du régime ne fait qu’augmenter la sympathie du peuple à notre égard. Il n’en est pas conscient.

L’idée de créer un parti, comment a-t-elle commencé ?

— L’idée du parti n’est pas du tout nouvelle. Elle est apparue pour la première fois en 1989 durant la réunion du conseil consultatif (choura) de la confrérie. Le conseil avait réalisé, en ce temps, que l’atmosphère politique, économique et sociale nécessitait la participation politique des Frères à travers un parti. Cette volonté avait été renouvelée une deuxième fois au début de 1994. Mais nous n’avons pas voulu en parler en attendant de trouver le bon moment pour le faire.

Il y a aussi des indices qui nous ont poussés à créer un parti. Après les élections législatives de 2000, lorsque les Frères ont remporté 17 sièges, ce qui représentait le plus grand nombre en comparaison aux autres partis, des questions se sont posées sur le rôle de la confrérie sur la scène politique. Si cette organisation qualifiée d’interdite a pu remporter tous ces sièges, ne peut-elle pas former son propre parti politique ? Notre position s’est trouvée renforcée lorsqu’en 2005, nous avons pu remporter 88 sièges au Parlement.

Et vous estimez que le moment convenable de proclamer un parti est arrivé ?

— On est conscient que l’état de stagnation qui atteint actuellement la vie politique en Egypte n’est pas du tout propice à la création d’un parti. Et en même temps, on ne voudrait pas constituer une formation qui s’ajouterait aux autres partis inopérants. De plus, la commission chargée d’accréditer est pour nous juge et partie en même temps. Il suffit de rappeler que de nombreux partis portent depuis une dizaine d’années l’étiquette de « en cours de formation ». Face à cet état de choses, nous avons décidé de ne pas nous présenter à ce comité ni même de proclamer unilatéralement notre parti. Mais on va attendre que l’atmosphère politique change de façon à permettre une véritable liberté dans la création des partis.

Alors, pourquoi insistez-vous à publier le programme d’un futur parti qui ne figure pas sur l’agenda ?

— Notre intention, est de présenter, à travers ce programme, notre pensée à l’opinion publique et de répondre à ceux qui prétendent que les Frères ne possèdent pas de programme politique et qu’il y a des zones grises dont ils ne veulent pas s’approcher. Alors dans ce programme, on va aborder tous les problèmes et répondre à toutes les interrogations, à savoir notre vision de l’Etat, la réalité économique, le régime politique, la femme, les coptes, la politique intérieure et extérieure. Aussi les problèmes sociaux, comme l’éducation, le chômage, le logement, la hausse des prix, la pollution et le transport.

Quand allez-vous publier ce programme ? Et qu’en est-il du texte déjà publié par certains journaux ?

— Le programme est maintenant dans sa phase finale. C’est au cours du mois prochain qu’on va le publier. Quant au texte publié, il constitue une première mouture de notre programme qui, par la suite, a été modifié de manière fondamentale. Une fois terminé, il sera soumis au débat dans les milieux intellectuels et populaires.

Propos recueillis par
Aliaa Al-Korachi

 




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