Mohamad Habib,
numéro deux de la confrérie des Frères musulmans, estime que
les circonstances politiques actuelles ne sont pas propices
à la proclamation de leur parti envisagé.
« L’hostilité du régime ne fait qu’augmenter
la sympathie du peuple à notre égard »
Al-Ahram Hebdo : Comment voyez-vous la campagne
d’arrestations menée par les appareils de sécurité contre
des cadres des Frères ?
Mohamad Habib :
Il est clair qu’il existe trois buts principaux derrière
cette campagne d’arrestations. Tout d’abord, c’est une
tentative de la part du gouvernement de perturber la
stratégie de la confrérie, de paralyser ses activités
politiques, de la museler et marginaliser son rôle au niveau
politique. Deuxièmement, le gouvernement essaye de voiler
son échec quant à résoudre les problèmes dont souffre le
citoyen égyptien dans tous les domaines. A ceci s’ajoutent
les affaires de la torture dans les commissariats menant
parfois à la mort et la vente de la Banque du Caire. Des
faits qui ont secoué fortement l’opinion publique
égyptienne. De plus, les autorités veulent détourner
l’attention du peuple du programme de notre parti qui doit
être rendu public au cours du mois prochain. Elles savent
très bien que celui-ci abordera des questions très
importantes, concernant le citoyen égyptien.
— Comment allez-vous réagir donc ?
— La confrérie ne sera pas affectée par ces coups. Bien au
contraire, les Frères musulmans vont poursuivre leur chemin
qu’ils ont commencé et opérer toujours d’une manière
institutionnelle bien organisée. Je voudrais ajouter que
l’hostilité du régime ne fait qu’augmenter la sympathie du
peuple à notre égard. Il n’en est pas conscient.
— L’idée de créer un parti, comment a-t-elle commencé ?
— L’idée du parti n’est pas du tout nouvelle. Elle est
apparue pour la première fois en 1989 durant la réunion du
conseil consultatif (choura) de la confrérie. Le conseil
avait réalisé, en ce temps, que l’atmosphère politique,
économique et sociale nécessitait la participation politique
des Frères à travers un parti. Cette volonté avait été
renouvelée une deuxième fois au début de 1994. Mais nous
n’avons pas voulu en parler en attendant de trouver le bon
moment pour le faire.
Il y a aussi des indices qui nous ont poussés à créer un
parti. Après les élections législatives de 2000, lorsque les
Frères ont remporté 17 sièges, ce qui représentait le plus
grand nombre en comparaison aux autres partis, des questions
se sont posées sur le rôle de la confrérie sur la scène
politique. Si cette organisation qualifiée d’interdite a pu
remporter tous ces sièges, ne peut-elle pas former son
propre parti politique ? Notre position s’est trouvée
renforcée lorsqu’en 2005, nous avons pu remporter 88 sièges
au Parlement.
— Et vous estimez que le moment convenable de proclamer
un parti est arrivé ?
— On est conscient que l’état de stagnation qui atteint
actuellement la vie politique en Egypte n’est pas du tout
propice à la création d’un parti. Et en même temps, on ne
voudrait pas constituer une formation qui s’ajouterait aux
autres partis inopérants. De plus, la commission chargée
d’accréditer est pour nous juge et partie en même temps. Il
suffit de rappeler que de nombreux partis portent depuis une
dizaine d’années l’étiquette de « en cours de formation ».
Face à cet état de choses, nous avons décidé de ne pas nous
présenter à ce comité ni même de proclamer unilatéralement
notre parti. Mais on va attendre que l’atmosphère politique
change de façon à permettre une véritable liberté dans la
création des partis.
— Alors, pourquoi insistez-vous à publier le programme
d’un futur parti qui ne figure pas sur l’agenda ?
— Notre intention, est de présenter, à travers ce programme,
notre pensée à l’opinion publique et de répondre à ceux qui
prétendent que les Frères ne possèdent pas de programme
politique et qu’il y a des zones grises dont ils ne veulent
pas s’approcher. Alors dans ce programme, on va aborder tous
les problèmes et répondre à toutes les interrogations, à
savoir notre vision de l’Etat, la réalité économique, le
régime politique, la femme, les coptes, la politique
intérieure et extérieure. Aussi les problèmes sociaux, comme
l’éducation, le chômage, le logement, la hausse des prix, la
pollution et le transport.
— Quand allez-vous publier ce programme ? Et qu’en est-il
du texte déjà publié par certains journaux ?
— Le programme est maintenant dans sa phase finale. C’est au
cours du mois prochain qu’on va le publier. Quant au texte
publié, il constitue une première mouture de notre programme
qui, par la suite, a été modifié de manière fondamentale.
Une fois terminé, il sera soumis au débat dans les milieux
intellectuels et populaires.
Propos recueillis par
Aliaa Al-Korachi