Inflation.
Face à la flambée des prix, le gouvernement a annoncé la
création d’une nouvelle méthode de calcul. Objectif : rendre
plus crédibles ses chiffres estimés bien en dessous de la
réalité.
L’équation infernale des ménages
«
Comment répondre aux besoins les plus élémentaires de ma
famille avec cette hausse continue des prix ? », se lamente
Hanane, employée dans le secteur public et mère de trois
enfants. Hanane, qui touche 600 L.E. par mois, compte parmi
les 5,4 millions de fonctionnaires aux abois malgré des
hausses annuelles de 10 à 15 % de leurs salaires. Elle se
moque des déclarations officielles vantant la baisse du taux
d’inflation. « Le trou dans le budget mensuel devient de
plus en plus flagrant. Mes calculs sont infinis pour tenter
d’atteindre l’équilibre entre dépenses et revenus »,
explique-t-elle. Du côté des décideurs, les réunions du
cabinet ministériel et les recommandations du chef de l’Etat
pour limiter la hausse des prix et aider les classes
défavorisées et moyennes à traverser le mois se succèdent.
Les Egyptiens sont en effet à bout. Biens et services, rien
n’échappe à la flambée des prix. La presse s’en fait
amplement l’écho ces jours-ci, surtout que le mois de
septembre coïncide cette année avec la rentrée scolaire et
le début du mois de Ramadan, synonyme aussi de consommation
record.
Car le taux d’inflation officiel ne reflète pas fidèlement
la hausse des prix actuelle. Ironiquement, le gouvernement
se félicite d’avoir en trois mois réussi à infléchir le taux
annuel de 12,8 % en avril 2007 à 9 % et à 8 % en juin et
juillet 2007. Et la Banque Centrale d’Egypte a déclaré
qu’elle vise à le réduire à 7 % vers la fin de l’année, puis
entre 5 et 7 % en 2008. Malheureusement, ces taux déjà
élevés, sont encore jugés inférieurs aux taux réels. Un fait
que la Banque Centrale a récemment avoué en dévoilant son
intention de développer un autre indice plus « sincère », et
ce en coopération avec le ministère du Développement
économique. « Il est vraiment temps de moderniser le
mécanisme », affirme à l’Hebdo Atef Amer, vice-président de
la Banque Centrale. Et de préciser que l’ancien panier des
biens et services inclus dans l’indice ne prend pas en
considération la différence de prix entre les zones urbaines
et rurales et que les prix fixés de ses composants datent de
5 ans au minimum. Amer a cependant refusé de dévoiler les
détails des nouvelles références du nouvel indice.
Manque de transparence
C’est pourquoi experts et économistes ont déjà exprimé leur
inquiétude vis-à-vis de cette modification en raison du
manque de transparence. Surtout que le panier actuel a été
longuement critiqué. Car en fait, le choix des biens et
services fait par le gouvernement et la charge qui leur est
accordée sont truqués. Ainsi, dans la catégorie des produits
alimentaires, le gouvernement choisit-il souvent des
produits subventionnés et donc à prix plus ou moins fixe, et
délaisse en revanche d’autres produits de plus grande
importance comme la viande et le lait. Or, « le nouveau
mécanisme doit inclure de nouveaux éléments comme les
dépenses sur les télécommunications ainsi que sur les cours
privés, car elles représentent actuellement une partie
croissante des dépenses familiales », estime Omniya Helmi,
experte économique au Centre égyptien des études économiques
(ECES). Car selon l’Organisme central de la mobilisation
publique et des statistiques, l’ancien mécanisme ne comprend
que des dépenses essentielles. Selon son dernier rapport sur
les principaux articles de dépense, publié en 2005, la
nourriture absorbe par exemple 60 % des dépenses familiales,
contre 3,8 % pour les services médicaux ou 4,2 % pour les
transports et télécommunications. « Comment une famille
égyptienne peut-elle répondre à ses besoins avec les 40 %
restants ? Les cours particuliers, l’immobilier, la santé
... ne sont-ils pas des dépenses tout aussi importantes ? »,
se demande Fakhri Al-Fiqi, professeur d’économie à
l’Université du Caire, qui assure que le problème essentiel
réside dans un taux d’inflation qui ne reflète pas la
tendance réelle de la hausse des prix. Il est vrai que selon
le dernier rapport de l’Organisme central de la mobilisation
publique et des statistiques, la part de l’éducation pour
chaque enfant est de 105,8 L.E. par an. Un chiffre médiocre
qui ne prend pas en compte les cours particuliers. Al-Fiqi
ajoute que c’est le grand écart entre le coût de la vie et
le revenu modeste des familles qui déclenche la crise.
Autre raison pour douter des intentions du gouvernement : «
Les responsables ne cessent de déclarer qu’ils vont prendre
des mesures strictes pour éviter une hausse des prix alors
qu’ils ont augmenté les tarifs du métro et des autobus de 25
à 30 %. Les prix des billets de train ont également doublé
», selon Helmi. Il en est de même pour la hausse des prix
des carburants attendue cette année. C’est pourquoi Helmi a
raison de douter de l’engagement du gouvernement à adopter
un indice sincère des prix de consommateur. Et de renchérir
: « Voyez comment le gouvernement a préféré expliquer les
hausses des prix par des facteurs extérieurs, alors que les
politiques qu’il entreprend n’y sont pas étrangères ».
Le taux d’inflation et les chiffres annoncés suscitent donc
le scepticisme général. Et face à l’incapacité des
consommateurs de satisfaire à leurs besoins, le gouvernement
ne procède qu’à un ajustement des salaires et des
subventions pour permettre aux plus démunis de garder la
tête hors de l’eau.
Ibtessam Zayed
Névine Kamel