Al-Ahram Hebdo, Egypte | Dossier non classé
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 Semaine du 29 août au 4 septembre 2007, numéro 677

 

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Egypte

Torture. La pratique est de plus en plus décriée par les médias. Et les organismes des droits de l’homme se mobilisent pour dénoncer un phénomène « persistant ».

Dossier non classé 

« Décès d’un citoyen dans un commissariat de police ». « Un homme hospitalisé dans un état grave après avoir subi des coups par un agent de la police ». Ces annonces sont devenues monnaie courante dans la presse. Depuis quelques semaines, les journaux se font l’écho d’actes de torture et de mauvais traitements dans les commissariats de police. Dernier incident en date : la mort d’un jeune marchand ambulant, âgé de 12 ans seulement, dans le gouvernorat de Mansoura. Mohamad Abdel-Rahmane était accusé d’avoir volé de la quincaillerie. Arrêté puis conduit au commissariat de Chaha, un petit village de Mansoura, il y est resté quelques heures avant que son corps ne soit trouvé à proximité du commissariat. La famille, qui accuse la police d’avoir torturé Mohamad jusqu’à la mort, a obtenu un ordre d’exhumation du procureur général afin de soumettre le corps à une autopsie. Un rapport préliminaire a montré l’existence de traces de brûlures et d’électrocution sur le corps de Mohamad. Ce constat a été confirmé par des témoins affirmant que Mohamad a été brûlé par des mégots de cigarettes et frappé par les agents du commissariat.

La mort de Mohamad Abdel-Rahmane n’est pas le seul incident troublant qui a eu lieu au cours de ces dernières semaines. Un autre cas tout aussi inquiétant s’est produit au village de Telbana, toujours dans le gouvernorat de Mansoura. Un citoyen âgé de 35 ans, Nasr Al-Saïdi, a été battu par des agents de police au su et au vu des habitants du village avant d’être conduit au commissariat de police où il a été torturé. Hospitalisé dans un état critique, il est mort 24 heures plus tard. Les faits sont tout aussi choquants que la victime n’était accusée d’aucun crime. La police a voulu exercer des pressions sur son frère pour l’obliger à se livrer. Quelques jours auparavant, au commissariat de Siwa, un jeune homme avait subi des brûlures graves après qu’un officier lui eut mis le feu au corps en utilisant du kérosène. Un autre policier dans le quartier de Omraniya, au Caire, est accusé d’avoir jeté un homme par la fenêtre.

La brutalité de ces actes a choqué l’opinion publique et soulevé de nombreuses questions sur le fonctionnement des appareils de sécurité en Egypte. Le ministre de l’Intérieur, Habib Al-Adeli, a qualifié ces actes de « dérives individuelles qui ne représentent pas la politique du ministère ». « Tous les officiers impliqués dans de tels actes seront présentés à la justice », a déclaré Al-Adeli. Des sources au ministère de l’Intérieur ont refusé de commenter les faits accablants de ces dernières semaines affirmant qu’« une enquête est en cours et que les coupables seront punis ». D’autres sources parlent d’un complot visant à discréditer le ministre de l’Intérieur en prévision d’un remaniement ministériel proche. Quoi qu’il en soit, les faits sont là.

Un lourd héritage

Le rapport annuel de l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH) parle d’un phénomène persistant. Le nombre de personnes détenues et subissant de mauvais traitement est en augmentation selon l’organisation. « Nous avons recensé dans le seul mois de juillet 26 cas de torture », assure Hafez Abou-Seada, secrétaire général de l’OEDH. Selon lui, il existe des centaines d’autres cas de mauvais traitements qui ne sont jamais annoncés. Lors d’une récente inspection effectuée par le Parquet général dans les commissariats de police, des instruments de torture ont été saisis (fouets, bâtons, drogues, etc.). « Les actes de mauvais traitements ont toujours existé. La seule évolution positive est qu’aujourd’hui on en parle dans les médias, et l’opinion publique suit avec intérêt l’évolution de ces affaires. Je crois qu’il y a désormais une prise de conscience chez l’opinion publique quant au danger que représentent de tels actes », analyse Négad Al-Boraï, président de l’Association du développement de la démocratie, une ONG qui s’intéresse de près à la question des libertés. L’augmentation du nombre de journaux indépendants, la prolifération des chaînes satellites et l’apparition des blogs sur Internet ont permis de dévoiler de tels actes à l’opinion.

La première de la récente série de tortures avait été dévoilée en janvier 2006 lorsque, grâce à une caméra de téléphone portable, des images de torture et d’agression sexuelle pratiquées sur Mohamad Al-Kabir, un citoyen de Boulaq Al-Dakrour, ont pu être filmées et diffusées sur Internet. Selon Négad Al-Boraï, l’Egypte est classée aujourd’hui parmi les pays qui respectent le moins les droits de l’homme dans la région au même rang que la Turquie et Israël.

Ces actes de mauvais traitements sont en fait le reflet d’un lourd héritage politique. « Dans les années 1950 et 60, la torture a été utilisée par le régime pour réprimer toute opposition politique. Résultat : le recours à ce moyen est aujourd’hui ancré dans les pratiques des appareils de sécurité. Ce qui était pratiqué autrefois sur les détenus politiques est appliqué aujourd’hui aux détenus de droit commun », affirme Mohamad Zarée, responsable du Centre des droits de l’homme pour l’aide aux prisonniers. Héritage politique, peut-être. Mais ces pratiques reflètent surtout une détérioration du niveau professionnel des officiers et agents de la sécurité. Il faut savoir que dans la plupart des cas, ces actes de mauvais traitements sont pratiqués pour extorquer des aveux à des suspects. « C’est la méthode la plus facile lorsqu’on ne dispose pas de tous les moyens nécessaires pour mener l’enquête », estime Mohamad Zarée, qui critique le manque de moyens financiers et techniques fournis par le ministère de l’Intérieur pour la recherche criminelle.

En outre, selon Zarée, la formation des policiers est très faible et ne leur permet pas d’acquérir l’expérience professionnelle nécessaire. « L’expérience a prouvé que les cours des droits de l’homme dispensés dans les écoles de police ne servent à rien. Ce qu’il faut changer, c’est la philosophie même de la sécurité. Au lieu d’organiser des stages sur les droits de l’homme qui ont pour seul objectif d’embellir l’image, mieux vaut fournir les moyens techniques nécessaires aux officiers », estime Zarée.

Enfin, pour certains, les actes de mauvais traitements ont une autre dimension. « Les étudiants des académies de police sont choisis parmi l’élite de la société, ce qui explique qu’il existe une sorte d’esprit de classe », explique Mohamad Zarée. Pour changer la situation, c’est toute une philosophie qu’il faut changer.

May Al-Maghrabi

 

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