PND.
Les élections « au niveau de la base », pour choisir
les responsables locaux, entrent dans leur deuxième semaine.
Un baptême de feu pour les dirigeants de l’avenir, d’après
les cadres du parti.
Enthousiasme peu contagieux
Le
Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) a achevé la
première phase de ses élections au niveau des « unités
locales » où il serait question, selon les responsables, de
« revigorer » le parti en y infusant du nouveau sang, mais
aussi de choisir « les cadres de l’avenir » parmi les plus
jeunes membres.
Les élections, qui ont commencé le 18 août et qui s’achèvent
le 10 septembre, concernent 7 555 unités électorales
réparties sur les 26 gouvernorats du pays.
Le secrétaire général du parti, Safouat Al-Chérif, a précisé
que pour cette première semaine, le nombre des électeurs a
atteint près de 132 000 pour un peu plus de 36 000
candidats. Nouveauté : sur les 20 candidats qui seront élus
pour chaque unité locale, il faudra au moins compter deux
femmes et deux jeunes de moins de 25 ans. Les élections ont
été ajournées dans près de 85 bureaux où cette condition n’a
pas été satisfaite. Al-Chérif situe entre 40 et 50 % la
proportion des « nouvelles figures » à l’issue du processus.
Pour le président du comité des politiques au PND, Gamal
Moubarak, ces élections annoncent la fin des consensus et
des transactions dans le choix des responsables du parti et
le début de l’ère de la « transparence ». Pour l’opposition,
c’est justement le contraire : ces élections devraient
permettre à Gamal Moubarak d’évincer la vieille garde et de
raffermir du coup son pouvoir sur le parti.
« Bien que le changement soit chose naturelle, ceux qui
disent que tel responsable remplacera tel autre ne racontent
que ce qu’ils souhaitent voir se réaliser », rétorque
Alieddine Hilal, président du comité de la communication au
PND. Pour lui, le grand intérêt que porte le parti à ces
élections s’explique par le fait que pour un parti
politique, les responsables des unités locales représentent
« le seul canal de communication avec la rue ».
La première semaine des élections s’est caractérisée par des
incidents entre les supporters des divers candidats,
notamment en Haute-Egypte et dans le Sinaï, ainsi que par la
démission collective d’une centaine de membres à Minya (Moyenne-Egypte)
pour protester contre des candidatures « mal choisies ».
Mais quelques « aspects positifs » ont été en revanche notés
: dans le gouvernorat de Dakahliya, dans le Delta, une
candidate est en passe de réussir son pari pour devenir la
première présidente d’une « unité locale » du PND, tandis
qu’à Béni-Souef, plus au sud, la moitié des candidats élus
étaient coptes. « Même si le processus électoral n’est pas à
100 % réussi, l’expérience nous aidera à le rectifier. C’est
ce qui prouve la flexibilité et le dynamisme de notre parti
», déclare l’homme d’affaires Ahmad Ezz, cadre influent du
PND. Un enthousiasme qui dénote avec le peu d’intérêt qu’ont
suscité, au niveau populaire, ces élections justement
destinées aux couches populaires.
« Le problème du PND, c’est que c’est une direction sans
base populaire. Celle-ci est assurée par les responsables
municipaux connus pour être des profiteurs. Ce qui fait que
personne ne prend au sérieux ces élections », critique Wahid
Abdel-Méguid, du Centre d’Etudes politiques et Stratégiques
(CEPS) d’Al-Ahram. « La violence et les accusations de
fraude qui marquent ces élections montrent clairement que le
PND n’est pas un parti mais un club d’opportunistes qui
veulent profiter de la fusion entre ce parti et l’Etat pour
réaliser leurs intérêts personnels aux dépens de ceux de l’Etat
et du peuple », lance de son côté le secrétaire général du
parti du Rassemblement (gauche), Hussein Abdel-Razeq.
Or, c’est justement cette image que les élections en cours
visent à changer. Le résultat ne sera mesurable que sur le
long terme … Peut-être le temps qu’il faudra aux jeunes élus
de gravir les échelons du parti.
La saison électorale du PND culmine avec les élections, lors
de la Conférence générale du parti prévue du 3 au 5 novembre
prochain, avec l’élection du président du parti. Le
président Moubarak, qui occupe ce poste depuis son accession
au pouvoir en 1981, sera selon toute vraisemblance reconduit
à la tête du parti, sans concurrence sérieuse.
Chérif Albert