PME.
Pour faciliter leur financement, les Petites et Moyennes
Entreprises auront dès le 3 septembre, leur propre marché
boursier, avec un système d’échanges et des critères
d’enregistrement simplifiés.
Une Bourse sur mesure voit le jour
«
La banque vient de me refuser un crédit pour la troisième
fois. Je risque de fermer ma société par manque de
financement », se plaint Ali Réda, vendeur d’appareils
électroménagers. Mais ses tracas devraient prendre fin avec
la création d’une Bourse pour les Petites et Moyennes
Entreprises (PME), le 3 septembre prochain. Ce sujet sera
aussi débattu lors de la conférence annuelle Euromoney qui
se tiendra les 4 et 5 septembre au Caire et baptisée «
Entrer dans la seconde phase ». Magued Chawqi, président de
la Bourse, se félicite : « L’Egypte sera le premier pays
arabe à créer une Bourse pour les PME. Ce sera un nouveau
marché qui permettra aux petites et moyennes entreprises
d’obtenir un financement moins coûteux que les crédits
bancaires », annonce-t-il à l’Hebdo, en assurant que la
nouvelle Bourse sera différente en termes de système
d’échanges et de critères d’enregistrement que la Bourse
actuelle. Son fonctionnement sera aussi plus simple.
Ainsi, les PME, dont le capital varie entre 500 000 et 20
millions de L.E., pourront-elles y avoir recours, à
condition qu’elles soient des sociétés anonymes d’au moins
25 actionnaires. Alors que le capital minimum pour la
cotation des sociétés à la Bourse du Caire est de 10
millions de L.E., sans plafond. Petite condition cependant :
les PME ne pourront être directement cotées en Bourse sans
avoir recours à un intermédiaire, une banque
d’investissement ou une société de gestion de portefeuille,
approuvée par l’administration de la Bourse et l’Organisme
du Marché Financier (OMF). « Cet intermédiaire, un
conseiller en fait, sera chargé de mettre en place la
stratégie d’action de la société et d’étudier son historique
pour la proposer ensuite à l’administration de la Bourse.
C’est un système qui sera appliqué pour la première fois sur
le marché égyptien », explique Chawqi, en ajoutant que les
PME pourront passer sur le marché boursier traditionnel dès
qu’elles auront rempli ses critères d’enregistrement.
Pour encourager les PME à être cotées en Bourse, les frais
d’enregistrement et autres frais annuels seront réduits de
moitié. Aujourd’hui, pour la Bourse traditionnelle, les
frais d’enregistrement sont de 75 000 L.E. De plus, les PME
seront exemptées des coûts de publication de leurs résultats
financiers dans la presse. En revanche, leurs résultats
trimestriels et semestriels seront publiés sur les écrans
d’échanges en Bourse.
Quant au système d’échanges, il consistera en une session de
surenchère à l’issue de laquelle toutes les offres et les
demandes seront rassemblées. Le prix de vente et d’achat
d’actions sera déterminé d’après la moyenne des offres. « Il
n’y aura pas de marge de fluctuation, comme celle de 5 %,
appliquée à la plupart des actions de la Bourse du Caire.
Car l’objectif est de freiner les spéculations sur les
actions dotées d’un niveau de liquidité trop restreint »,
ajoute Magued Chawqi.
D’après les déclarations des responsables, la création de
cette Bourse pour les PME vise à réaliser deux objectifs
essentiels : d’abord permettre un financement moins coûteux
pour les PME et les encourager à accéder à l’économie
formelle. « Les PME souffrent de la hausse du coût de
financement bancaire à cause des taux d’intérêt trop élevés
(18 % dans la plupart des cas). Ainsi, les banques ont-elles
refusé en 2006 92 % du total des demandes des PME et
approuvé 6 % des demandes. Donc, la cotation en Bourse sera
la meilleure solution », souligne Mohamad Omrane,
vice-président de la Bourse du Caire et d’Alexandrie. « Il
existe 2 millions de petits projets et plus de 30 000
nouveaux projets par an. Toutefois, leur contribution au PIB
ne dépasse pas les 20 % à cause du manque de financement »,
ajoute-t-il. Quant au deuxième objectif, il vise à permettre
aux investissements arabes et étrangers de participer de
manière plus importante au développement des acteurs de
l’économie égyptienne.
Un pas important
De leurs côtés, les experts applaudissent la création de
cette nouvelle Bourse, et assurent qu’elle représente un pas
important pour l’économie égyptienne. « Cette Bourse aurait
dû être créée depuis longtemps. L’expérience internationale
a prouvé sa réussite à attirer les PME », souligne Walid
Gamaleddine, président de la société de courtage Oronne. Par
exemple, il existe plus de 150 petites entreprises cotées à
la Bourse des PME au Japon.
D’autres experts restent cependant sceptiques. « Cette
Bourse va favoriser en premier lieu les moyennes entreprises
plutôt que les petites », estime Alia Al-Mahdi, experte en
PME. Elle souligne que la définition des PME adoptée par la
Bourse diffère complètement de celle adoptée par les
institutions internationales, où les petites sont celles
dotées d’un capital moyen de 10 000 L.E. « Ce qui n’est pas
le cas dans l’économie égyptienne », affirme-t-elle.
Al-Mahdi prévoit que seules 5 à 7 % des moyennes
entreprises, soit 200 à 300 000 entreprises franchiront le
pas vers la cotation en Bourse. « Car la majorité de ces
entreprises sont des sociétés familiales qui ne veulent pas
devenir des sociétés anonymes », explique-t-elle. De plus,
Alia Al-Mahdi juge insuffisant de créer cette Bourse pour
résoudre les problèmes des PME. « Celles-ci ont besoin d’un
changement radical de leurs législations pour les inciter à
passer dans le secteur formel ». Opinion partagée par Aouni
Abdel-Aziz, président du département des titres financiers
auprès de l’Union des chambres commerciales, qui assure que
« les actions ne seront pas attirantes pour les
investisseurs. Qu’est-ce qui incite les investisseurs et les
institutions financières à investir dans des sociétés
inconnues ? », se demande-t-il. Ainsi, Abdel-Aziz
appelle-t-il l’administration de la Bourse à apporter son
assistance à la nouvelle Bourse, sans laquelle l’idée risque
d’échouer. « Il faudra de même fixer un règlement très
strict concernant l’échange de ces actions pour qu’elles ne
deviennent pas la proie des spéculations », prévient-il.
Gilane Magdi