Feuilleton.
Scène 81, troisième prise. Lieu : Hôpital de Qasr Al-Aïni au
Caire. Le décor reconstitue le département des enfants
malades dont est responsable le Dr Abla, l’héroïne de la
nouvelle série télévisée Qadiyet raï am (procès d’opinion
publique), écrit par Mohsen Al-Gallad et réalisé par le
Syrien Mohamad Aziziya.
Tournage
Il
est 21h30. Dans l’un des coins du département des urgences
de l’hôpital de Qasr Al-Aïni, plusieurs caméras ont été
placées. L’ambiance est à l’agitation. Les techniciens
arrangent des éléments du décor, d’autres essayent de
contrôler les patients et leurs visiteurs qui se sont
rassemblés autour de l’équipe du feuilleton, avant le
tournage d’une scène du feuilleton Qadiyet raï am (procès
d’opinion publique).
Pendant ce temps, la comédienne Yousra était en train de
refaire son maquillage, assez simple et trop léger, tout en
répondant aux compliments d’une infirmière qui se trouvait
sur le plateau. Elle s’apprête à camper une pédiatre.
« Dans ce feuilleton, je joue le rôle du Dr Abla, chef de la
section des maladies d’enfants à l’hôpital de Qasr Al-Aïni,
victime d’un accident de viol qui la pousse à prendre la
responsabilité de découvrir des cas d’agression semblables
», raconte Yousra. « Ce caractère m’a beaucoup attirée en
fait, car elle est une femme assez simple, mais bien
cultivée et qui a le courage nécessaire de dénoncer ces
exactions et défendre sa cause. L’abus des enfants et les
viols de femmes ont atteint le chiffre effrayant de 52 000
cas, en 2006 ! On essaye alors dans cette œuvre de briser
certains tabous et de s’approcher plus de ces fléaux
endémiques, loin du principe : distraire sinon rien »,
explique-t-elle sur un ton sérieux, en accueillant le
comédien Ibrahim Yousri dans le plateau.
Le réalisateur Mohamad Aziziya, retiré dans un coin, était
en train de discuter de la position de la caméra avec son
directeur de la photo.
Il
paraît vraiment en forme. Il bouge ici et là, essayant
d’examiner tous les détails du tournage de cette scène.
« C’est
l’un des décors principaux du feuilleton, représentant le
studio où l’héroïne Abla, médecin, dévouée à son travail,
s’acquitte de ses tâches tout en cherchant à communiquer un
message éclairant, explique Aziziya. Une rencontre s’y
déroule entre Abla et ses collègues pour décider de la suite
des événements après avoir gagné le soutien et l’appui du
personnel et des malades de l’hôpital. Elle doit paraître
troublée à cause de son accident de viol, toutefois elle
réussit à se contrôler devant les autres pour ne pas perdre
leur estime ». Et d’ajouter : « J’ai expliqué ma conception
de cette scène à Yousra, et je suis sûr qu’elle va exprimer
avec excellence le sentiment approprié ».
Malgré
sa confiance ostensible en lui-même, Mohamad Aziziya ne
cache pas son inquiétude. « Pour moi, l’expérience de
travailler pour la première fois à la télévision égyptienne
et avec une vedette de la trempe de Yousra est source de
bonheur et de satisfaction personnelle. Yousra est dotée
d’un cran artistique élevé. Cela m’aide à me concentrer
davantage. Mais je dois œuvrer à donner du ressort à un
drame égyptien avec la contribution entre autres d’artistes
syriens ! ».
Le
silence couvre les lieux, lorsque son ordre tombe comme un
couperet : « Silence. On tourne ! ». Un clap annonce le
début du tournage de la scène.
Yousra
ou « Abla » commence à se frotter les mains, le regard
hagard, exprimant une inquiétude inavouable qu’elle essaye
de cacher avant de recevoir ses collègues. Ceux-ci lui
fournissent les documents qu’ils vont avancer aux
responsables, afin de la soutenir dans sa crise.
Trois
reprises ont suffi au réalisateur pour exprimer sa
satisfaction en criant : « Stop ! Voilà Madame Yousra,
c’était génial ! ».
La
comédienne se précipite pour le rejoindre derrière le
moniteur et voir la scène tournée. La scène est à la
perfection recherchée, annonçant les couleurs haut de gamme
du feuilleton qui sera diffusé durant le Ramadan. Aziziya
reprend le scénario dans la jubilation générale pour
commencer à préparer le tournage de la scène suivante. Tout
est au beau fixe.
Yasser Moheb