Al-Ahram Hebdo,Arts | Poser de nouvelles balises
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 Semaine du 29 août au 4 septembre 2007, numéro 677

 

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Arts

Films. Le 11e Festival international du documentaire et du court métrage d’Ismaïliya marque une avancée en accueillant des œuvres non réductibles aux préoccupations d’une seule région du monde.

Poser de nouvelles balises

« Isoler quelques œuvres exemplaires, labellisées pour leur ambition artistique de faire passer un message sur les soucis propres à notre région arabe n’est plus la règle qui conditionne les films proposés par les différents Etats à la sélection du festival », affirme Ali Abou-Chadi, président du Festival international du documentaire et du court métrage d’Ismaïliya. « Cela atteste de la renommée et la maturité acquises par le festival comme espace d’articulation de choix esthétiques au service d’approches idéologiques et géopolitiques différentes », ajoute-t-il.

Ainsi, dans sa quête de plus d’efficacité, le festival, qui se déroule du 3 au 9 septembre, a-t-il reçu 1 050 œuvres de 31 Etats, dont il a retenu 8 pour la compétition du long documentaire, 17 pour celle du court documentaire et 25 pour celle du court métrage de fiction et d’animation. La France détient la part du lion dans cette sélection avec 4 courts métrages de fiction et 9 documentaires courts et films d’animation. Par ailleurs, le festival réserve un clin d’œil au cinéma marocain avec la présentation d’un panoramique décantant ses débuts, son évolution et son épanouissement à travers des courts métrages de fiction, dont Sort d’une famille de Younès Al-Rekab, Le coup fatal de Idriss Al-Roukh et De chaussure à chaussure de Hassan Al-Dagani. La présence de l’Egypte est accentuée également dans la compétition avec trois courts métrages de fiction, dont Kengeyat al-leil (relève de la nuit) de Ahmad Oweis et Echq akhar (une autre passion) de Héba Yousri, sur les tribulations des jeunes entre précarité et besoins d’amour. De même un court documentaire, Maraziq (gagne- pain) de Amal Fawzi, risque de faire beaucoup parler de lui. Il révèle un mode privilégié d’exposition des aléas du métier de pêcheurs, qui s’y prêtent sans amertume ni états d’âme dans un jeu de hantise et de métamorphose. Parmi les courts documentaires arabes intéressants, on peut compter aussi le libanais Hay Al-Seriane (quartier des Syriaques), qui nous offre une introduction dans le monde d’une minorité chrétienne comme champ d’expérimentation de la liberté et du singulier face au collectif.

Le festival rend hommage, par ailleurs, au cinéaste palestinien Michel Khleifi, président du jury cette année. Il est un des pionniers du cinéma palestinien indépendant et auteur d’œuvres qui retracent le conflit israélo-palestinien sous des aspects plus intimistes et humains, comme Noces en Galilée (1987) et Cantiques de pierre (1990).

« En ces temps d’incertitudes, il n’est pas question de déroger aux strictes règles de la concurrence pour favoriser tel ou tel film pour son identité nationale, égyptien ou arabe soit-il, proclame la cinéaste Nabiha Loutfi, membre du comité de sélection. Car, il deviendrait alors facile de submerger les sections de productions de peu de valeur, rien que pour satisfaire leurs fabricants qui s’intéressent peu à les hisser à un niveau artistique digne de la compétition ». Ce barème culturel permet donc de distinguer dans la compétition des œuvres telles que le film suisse Sons de luths qui montre comment un Arabe de 1948, résidant an sein d’Israël, parvient à conjurer le déchirement et la déroute en se concentrant sur le jeu du luth, ressuscitant le patrimoine de ses ancêtres et y fidélisant ses enfants. On débusque aussi le mexicain Derniers cris de la mode, qui est ouvertement ironique des grandeurs du néocapitalisme, refusant sa table rase du passé, de l’histoire visant à modéliser les hommes selon les canons d’une mondialisation échevelée. Un film slovaque, Sonia et sa famille, attirera également l’attention, offrant une envolée utopique dans le monde de l’imaginaire où tous les rêves de bonheur d’une modeste famille de la classe moyenne se réalisent. D’autre part, un film danois Africa : War is Business (Afrique, la guerre est affaire d’argent) parvient avec un choix d’images et de points de vue absents, ou refoulés par les médias, à dénoncer les transactions militaires, facteur de clivage et de paupérisation des populations au profit de commerçants de la guerre.

Désormais, ces problématiques soulevées et partagées par tous pourraient bien s’imposer comme un socle de réflexion ambitieux et très soudé contre les desseins d’une mondialisation accélérée et les dérives dues aux fomenteurs de conflits. Rien ne s’avère plus édifiant que telle quête.

D’un questionnement du monde et de ses dérapages à la construction d’une utopie, les films semblent guidés par un optimisme : célébrer l’embellissement du monde par une transformation et un imaginaire tournés vers l’espoir de la réhabilitation du droit des humains au bonheur.

Amina Hassan

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