Films.
Le 11e Festival international du documentaire et du
court métrage d’Ismaïliya marque une avancée en accueillant
des œuvres non réductibles aux préoccupations d’une seule
région du monde.
Poser de nouvelles balises
«
Isoler quelques œuvres exemplaires, labellisées pour leur
ambition artistique de faire passer un message sur les
soucis propres à notre région arabe n’est plus la règle qui
conditionne les films proposés par les différents Etats à la
sélection du festival », affirme Ali Abou-Chadi, président
du Festival international du documentaire et du court
métrage d’Ismaïliya. « Cela atteste de la renommée et la
maturité acquises par le festival comme espace
d’articulation de choix esthétiques au service d’approches
idéologiques et géopolitiques différentes », ajoute-t-il.
Ainsi, dans sa quête de plus d’efficacité, le festival, qui
se déroule du 3 au 9 septembre, a-t-il reçu 1 050 œuvres de
31 Etats, dont il a retenu 8 pour la compétition du long
documentaire, 17 pour celle du court documentaire et 25 pour
celle du court métrage de fiction et d’animation. La France
détient la part du lion dans cette sélection avec 4 courts
métrages de fiction et 9 documentaires courts et films
d’animation. Par ailleurs, le festival réserve un clin d’œil
au cinéma marocain avec la présentation d’un panoramique
décantant ses débuts, son évolution et son épanouissement à
travers des courts métrages de fiction, dont Sort d’une
famille de Younès Al-Rekab, Le coup fatal de Idriss Al-Roukh
et De chaussure à chaussure de Hassan Al-Dagani. La présence
de l’Egypte est accentuée également dans la compétition avec
trois courts métrages de fiction, dont Kengeyat al-leil
(relève de la nuit) de Ahmad Oweis et Echq akhar (une autre
passion) de Héba Yousri, sur les tribulations des jeunes
entre précarité et besoins d’amour. De même un court
documentaire, Maraziq (gagne- pain) de Amal Fawzi, risque de
faire beaucoup parler de lui. Il révèle un mode privilégié
d’exposition des aléas du métier de pêcheurs, qui s’y
prêtent sans amertume ni états d’âme dans un jeu de hantise
et de métamorphose. Parmi les courts documentaires arabes
intéressants, on peut compter aussi le libanais Hay
Al-Seriane (quartier des Syriaques), qui nous offre une
introduction dans le monde d’une minorité chrétienne comme
champ d’expérimentation de la liberté et du singulier face
au collectif.
Le festival rend hommage, par ailleurs, au cinéaste
palestinien Michel Khleifi, président du jury cette année.
Il est un des pionniers du cinéma palestinien indépendant et
auteur d’œuvres qui retracent le conflit israélo-palestinien
sous des aspects plus intimistes et humains, comme Noces en
Galilée (1987) et Cantiques de pierre (1990).
« En ces temps d’incertitudes, il n’est pas question de
déroger aux strictes règles de la concurrence pour favoriser
tel ou tel film pour son identité nationale, égyptien ou
arabe soit-il, proclame la cinéaste Nabiha Loutfi, membre du
comité de sélection. Car, il deviendrait alors facile de
submerger les sections de productions de peu de valeur, rien
que pour satisfaire leurs fabricants qui s’intéressent peu à
les hisser à un niveau artistique digne de la compétition ».
Ce barème culturel permet donc de distinguer dans la
compétition des œuvres telles que le film suisse Sons de
luths qui montre comment un Arabe de 1948, résidant an sein
d’Israël, parvient à conjurer le déchirement et la déroute
en se concentrant sur le jeu du luth, ressuscitant le
patrimoine de ses ancêtres et y fidélisant ses enfants. On
débusque aussi le mexicain Derniers cris de la mode, qui est
ouvertement ironique des grandeurs du néocapitalisme,
refusant sa table rase du passé, de l’histoire visant à
modéliser les hommes selon les canons d’une mondialisation
échevelée. Un film slovaque, Sonia et sa famille, attirera
également l’attention, offrant une envolée utopique dans le
monde de l’imaginaire où tous les rêves de bonheur d’une
modeste famille de la classe moyenne se réalisent. D’autre
part, un film danois Africa : War is Business (Afrique, la
guerre est affaire d’argent) parvient avec un choix d’images
et de points de vue absents, ou refoulés par les médias, à
dénoncer les transactions militaires, facteur de clivage et
de paupérisation des populations au profit de commerçants de
la guerre.
Désormais, ces problématiques soulevées et partagées par
tous pourraient bien s’imposer comme un socle de réflexion
ambitieux et très soudé contre les desseins d’une
mondialisation accélérée et les dérives dues aux fomenteurs
de conflits. Rien ne s’avère plus édifiant que telle quête.
D’un questionnement du monde et de ses dérapages à la
construction d’une utopie, les films semblent guidés par un
optimisme : célébrer l’embellissement du monde par une
transformation et un imaginaire tournés vers l’espoir de la
réhabilitation du droit des humains au bonheur.
Amina
Hassan