Théâtre.
Le metteur en scène Khaled Galal présente sa nouvelle
version d’Al-Eskafi malekan (le cordonnier roi) avec les
jeunes du Centre de la créativité artistique. Un show mêlant
ambiance des Mille et Une nuits à la magie du cinéma.
Silence … On joue !
Schéhérazade
raconte en arabe classique, « Il était une fois … » et le
roi Shahriyar écoute le conte du Maarouf Al-Eskafi. (Maarouf
le cordonnier). Les ambiances des Mille et Une nuits
enchantent, encore et toujours. Mais soudainement, on entend
le cri du metteur en scène : « Coupez ! ». La pièce
Al-Eskafi malekan (le cordonnier roi) qui se donne
actuellement sur les planches du théâtre National, écrite
par Yousri Al-Guindi et mise en scène par Khaled Galal, opte
pour le concept du jeu dans le jeu.
Dans ce texte qui date des années 1960, Yousri Al-Guindi
s’inspire du patrimoine et du folklore arabes des contes des
Mille et Une nuits. Il s’agit de Maarouf le pauvre,
cordonnier, un rêveur qui aime chanter tout le temps. Un
jour de fête, il est couronné roi des pauvres. Généreux, il
distribue les biens de son royaume illusoire au peuple.
Adoré par une sirène, elle le transporte dans son monde pour
l’épouser. Elle croit à la force des rêves et aux
aspirations de son bien-aimé. Et va même jusqu’à défier son
père : « Mon pauvre cordonnier peut changer le sort de la
ville ». Maarouf ne peut alors que relever ce défi. Il
s’arme de son imagination et de ses chants. D’une situation
à l’autre, d’une scène à l’autre, le dramaturge évoque
l’importance et la force des rêves.
Le metteur en scène, Khaled Galal, mêle le rêve du
cordonnier à l’actualité de nos jours. Ce, à travers le jeu
du théâtre dans le théâtre. Il mêle théâtre et techniques
cinématographiques. Car il a choisi de présenter le
cordonnier roi sous la forme d’un tournage
cinématographique. Galal transpose alors sur scène le monde
du cinéma et les secrets d’un tournage. Un va-et-vient
s’opère entre l’ambiance des Mille et Une nuits, les
illusions du cordonnier, la pièce originale, le tournage en
cours, les problèmes des comédiens et le monde du septième
art. La transition d’une scène à l’autre se fait rapidement,
suivant un rythme bien calculé. Il suffit d’entendre «
Action », « Coupez » ou le son des claquettes et d’un
éclairage sombre pour passer à une autre scène bien
différente. Des stops cadres défilent, et le montage se
fait. Le chrome bleuâtre, utilisé souvent comme arrière-plan
illusoire, est surtout d’usage lors de la scène de l’envol
de la sirène et Maarouf … Tout baigne dans l’ambiance du
show musical comique. Les acteurs chantent les textes
dialectaux de Moustapha Sélim mis en musique par Ammar
Al-Charéï. Ceux-ci relancent le drame et attribuent à la
pièce un air de gaieté. S’ajoute à cela la chorégraphie de
Diaa Chafiq et Mohamad Moustapha, donnant lieu à des scènes
de génie. La gestuelle, le mouvement du corps et le rythme
accéléré mettent en scène une danse satanique.
Galal s’est finalement tourné, après deux ans de recherche,
aux jeunes du Centre de la créativité artistique et du
studio de l’acteur qu’il dirige, aux côtés du comédien
professionnel Magued Al-Kedwani. Il a pu profiter du talent
débordant de ces jeunes pour créer un spectacle vif et plein
d’humour basé sur l’exacerbation des caractères. Ainsi, se
trouve-t-on face au réalisateur débutant qui essaye à tout
prix de convaincre ses comédiens de son point de vue et qui
accepte leur folie. Mais pendant le tournage, il n’arrive
pas à se contrôler et crie à tout bout de champ. Un drôle de
stéréotype qui suscite les rires du public. Une autre
comédienne peu talentueuse joue dans une voix et une
expression monotones. Dès son apparition, la scène mue en
dérision. La star du film, l’acteur interprétant le
cordonnier ne cesse de jouer à l’affairé entre autres. Am
Arabi, l’ancien ouvrier du décor, est toujours furieux et ne
supporte pas les ordres du réalisateur ni ceux de son
assistant. Il ne cesse de rouspéter disant qu’il a travaillé
avec de grands cinéastes, tels Hussein Kamal et Salah
Abou-Seïf.
Malgré une certaine longueur ressentie après quatre heures
de performance, l’adaptation de Khaled Galal a imprégné la
pièce d’humour et de fantaisie propres à nos jours,
notamment en ce qui concerne les scènes empruntées au
quotidien du cinéma.
May
Sélim