Sierra Leone. Le candidat
du principal parti d’opposition, Ernest Bai Koroma, est arrivé en tête du
premier tour des présidentielles, mettant en difficulté le candidat du pouvoir,
Solomon Berewa, qu’il affrontera le 8 septembre.
Le pouvoir en mauvaise posture
Une
fois n’est pas coutume en Afrique, l’opposition en Sierra Leone a remporté les
législatives du 11 août, mettant ainsi son chef, Ernest Bai Koroma, en pôle du
second tour des présidentielles, fixé au 8 septembre.
Le
Congrès de tout le peuple (APC) a dominé les élections législatives organisées
en même temps que le scrutin présidentiel. L’APC a obtenu 59 des 112 sièges du
Parlement, contre 43 pour le Parti populaire de Sierra Leone au pouvoir (SLPP)
et 10 pour le Mouvement populaire pour le changement démocratique (PMDC). Les
députés élus au Parlement monocaméral de Sierra Leone, appelé Chambre des
représentants, seront au total 124 lorsque 12 chefs traditionnels auront été
désignés par leurs pairs le 1er septembre prochain. Au scrutin présidentiel, le
chef de l’APC, Ernest Bai Koroma, a recueilli 44,3 % des suffrages, contre 38,3
% au vice-président sortant Solomon Berewa, du SLPP, et 13,9 % à Charles
Margai, du PMDC. Un second tour aura donc lieu, aucun des candidats n’ayant
obtenu les 55 % des voix requis pour l’emporter dès le premier tour.
Encore
une fois n’est pas coutume en Afrique, l’opposition en Sierra Leone a annoncé
son alliance pour le second tour des présidentielles. Ainsi, Charles Margai,
dont le score au premier tour lui confère un rôle stratégique dans la campagne
pour le second tour, a-t-il annoncé vendredi qu’il mènerait campagne pour M.
Koroma en vue du second tour. Ce soutien pourrait se révéler fatal pour M.
Berewa, notamment vu la portion congrue de l’électorat (3,5 %) ayant voté pour
d’autres candidats. Nombre de ses partisans sont toutefois d’anciens membres du
SLPP et le report des voix est incertain pour le second tour. Vétéran de la
scène politique, Margai a claqué la porte du SLPP lorsque Berewa a été désigné
candidat du parti au pouvoir.
Le
vice-président sortant Solomon Berewa, adoubé par le président sortant Ahmad
Tejan Kabbah, se trouve en position délicate face à l’union annoncée entre les
deux principaux partis d’opposition. Au vu des résultats, le vice-président sortant
semble avoir pâti du bilan en demi-teinte du gouvernement de M. Kabbah, au
pouvoir depuis 1996. Son administration a souvent été accusée d’être incapable
de sortir la majorité des Sierra-Léonais de la pauvreté depuis la fin de la
guerre (1991-2001).
« Ce
n’est pas Koroma qui a gagné en popularité, c’est le gouvernement qui a perdu
des soutiens », commente Abu Brima, du Mouvement du réseau pour la justice et
le développement, une ONG de défense des droits de l’homme. En prenant le bilan
du SLPP pour cible, M. Koroma — deuxième de la présidentielle de 2002 — a su
incarner le changement, même s’il se présente sous la bannière d’un ancien
parti unique qui a mis le pays sous sa coupe entre 1968 et 1992. A 53 ans, «
Koroma est considéré comme un politicien d’alternance qui n’a pas de passé
malhonnête et les jeunes électeurs n’ont pas vécu l’époque du gouvernement de
l’APC », explique Ben Kargboe, directeur du quotidien privé New Citizen.
M.
Berewa, 69 ans, s’était pourtant efforcé de se forger ces derniers mois une
image de politicien dynamique, en rupture avec celle d’un prédécesseur souvent
taxé d’immobilisme. Mais il a également souffert de la candidature et du bon
score de Charles Margai, son ancien rival pour l’investiture du SLPP devenu
chef du PMDC. Pour Abdul Lamin, professeur de relations internationales, « le
facteur PMDC et l’incapacité du SLPP à faire valoir ses réussites ont aidé à
propulser l’APC ».
Craintes pour le second tour
Avant
même l’annonce des résultats définitifs des élections, la police
sierra-léonaise s’est montrée « préoccupée » quant à la situation sécuritaire
dans le pays en vue du deuxième tour de la présidentielle. « Il y a des
préoccupations quant à la sécurité de l’Etat », a déclaré le chef de la police,
Brima Acha Kamara. Le fait que certains partisans de partis politiques «
menacent d’un retour à la guerre civile en cas de défaite (...) est provocateur
et irresponsable », a-t-il ajouté sans fournir plus de précisions. La
Commission nationale électorale (NEC) a de son côté assuré qu’elle « fera tout
ce qui est en son pouvoir pour garantir un second tour aussi crédible » que le
premier.
Le 11
août, les Sierra-Léonais ont voté en masse pour des élections générales ayant
valeur de test démocratique pour cette ancienne colonie britannique dont
l’image est ternie par une guerre civile qui figure parmi les plus violentes de
l’histoire moderne. Le taux de participation a atteint 75,8 %, un score jamais
enregistré pour une élection dans l’histoire du pays, manifestant un profond
désir de changement dans ce pays à l’histoire récente rythmée par les coups
d’Etat. Après un début de campagne marqué par des affrontements politiques, le
bon déroulement du vote et le calme entourant la publication très progressive
des résultats ont rassuré les observateurs qui redoutaient
l’instrumentalisation éventuelle de jeunes fauteurs de troubles par des
candidats mécontents. Plusieurs d’entre eux estiment cependant qu’il est
nécessaire d’attendre la fin du processus pour tirer des conclusions. Les
électeurs devaient choisir entre sept candidats pour élire un successeur au
président sortant Ahmad Tejan Kabbah, au pouvoir depuis 1996 et qui ne pouvait
se représenter après deux mandats .
Hicham Mourad