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 Semaine du 29 août au 4 septembre 2007, numéro 677

 

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Afrique

Armement . Près de 13 milliards de dollars : c’est le montant des dépenses militaires en Afrique. Un chiffre trop élevé au regard des difficultés économiques et sociales du continent.

Armes légères, facteur de tension

Un excellent élève ou le pire des cancres : le continent africain mérite ces deux appréciations diamétralement opposées en matière de dépenses militaires, selon le pays considéré ou la façon dont on aborde la question. Un excellent élève, l’Afrique l’est, puisqu’il s’agit du continent où les dépenses militaires sont les plus faibles : 12,7 milliards de dollars en 2005 (5,5 milliards en Afrique du Nord ; 7,2 milliards en Afrique subsaharienne), à en croire l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri). A titre de comparaison, 63 milliards ont été investis dans la défense au Moyen-Orient, 157 milliards en Asie, 256 milliards en Europe et 529 milliards rien qu’aux Etats-Unis. Mais le pire des cancres, le continent l’est également puisque ses dépenses militaires ont progressé de 47,7 % ces dix dernières années, contre 37 % en moyenne dans le monde.

Rapportés au PIB, les budgets de défense des Etats oscillent en moyenne entre 2 % et 3,5 % en Afrique. Certains pays sont économes sur leurs forces armées, tels le Sénégal (1,5 % du PIB), le Kenya (1,6 %) ou le Ghana (0,49 %). A contrario, l’Erythrée consacre 19,9 % de son revenu national à la défense, mais seulement 2,8 % à l’éducation. Son voisin éthiopien ne fait guère mieux : 9,8 % du PIB pour l’armée et seulement 3,6 % pour les écoles. Experte auprès du Sipri, Elisabeth Sköns relativise la pertinence de ces calculs : « En Afrique, les dépenses militaires sont parfois dissimulées dans d’autres postes budgétaires, apparemment civils ». De son côté, John Flynn, chercheur auprès de l’Institut international des études stratégiques (Londres), rappelle que « l’Afrique connaît encore des mouvements séparatistes, des conflits ethniques, bref des troubles intra-étatiques et non inter-étatiques. Un faible budget militaire n’y est donc pas synonyme de paix ».

Néanmoins, le continent s’est pacifié ces dernières années. Les longues années de guerre ont laissé la place à une paix — certes parfois fragile — au Mozambique, en Sierra Leone, en Angola, en Ouganda, au Liberia. La région des Grands Lacs n’a pas connu d’affrontements majeurs depuis bientôt trois ans. Il en va de même en Casamance. La situation retourne à la normale en Côte-d’Ivoire. Le processus électoral en République démocratique du Congo suscite un nouvel espoir. Autant d’éléments qui devraient entraîner une baisse des dépenses militaires. Il reste cependant des points noirs : la tension est croissante dans le delta du Niger. Le conflit se poursuit au Soudan, et la situation reste extrêmement volatile dans la Corne de l’Afrique (Somalie, Ethiopie, Erythrée).

Mauvais point pour le continent : les armes légères (pistolets, mitraillettes, lance-missiles, grenades …) y constituent un véritable fléau. Des armes d’utilisation facile, exigeant peu d’entretien et guère onéreuses. Leur petite taille, la facilité à les cacher et à les démonter en font des objets de contrebande privilégiés. Au Ghana, les forces de l’ordre ont récemment découvert un atelier clandestin qui fabriquait des pistolets en fonction des munitions disponibles, et non l’inverse. Autant de trafics difficiles à contrôler ; l’Afrique apparaît comme le dernier continent où d’autres recyclent sans scrupules leurs armes usagées.

Le Réseau d’Action Internationale contre les Armes Légères (RAIAL) estime à au moins 30 millions le nombre d’armes légères en circulation en Afrique. Certains experts pensent que le chiffre réel est plus près de 100 millions. Des armes légères utilisées dans tous les conflits de par le monde, mais proportionnellement plus nombreuses dans les guerres civiles, les insurrections, les mouvements séparatistes … Il s’agit de guerres sans fronts, souvent sans commandements structurés, là où les combattants sont le plus laissés à eux-mêmes, abusant du pouvoir que leur confère une mitraillette pour tuer, piller, violer, terroriser.

Comme l’écrit un rapport du RAIAL : « Aucun lien n’est établi entre prolifération des armes légères et déclenchement d’un conflit. Mais leur multiplication rend les combats plus meurtriers, et complique terriblement le retour à la paix et la réhabilitation des zones de combat ». Toujours selon le RAIAL, de 70 à 90 % des victimes de guerre en Afrique sont tuées par une arme légère, la majorité sont des civils. Il faudrait aussi compter les blessés qui ne pourront plus jamais travailler, les réfugiés qui fuient les régions sous la mitraille, les champs abandonnés, les maladies bénignes impossibles à soigner …

Si les dépenses militaires sont globalement faibles en Afrique, les graves difficultés économiques et sociales du continent les rendent cependant plus difficiles à accepter. « Treize milliards de dollars consacrés aux armées, c’est autant d’argent qui ne va pas à l’aide au développement », dénonce l’ONG britannique Oxfam. A en croire l’Organisation des Nations-Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), la guerre est désormais la première cause des famines dans le monde. En Afrique, les guerres de tous types ont causé 25 milliards de dollars de perte à l’agriculture ces trente dernières années, soit le montant de l’aide internationale sur la même période.

Jean Piel (MFI)

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