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 Semaine du 22 au 28 août 2007, numéro 676

 

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Ayman Bahgat Qamar, parolier des chanteurs-phares du pop égyptien, a redoré son talent en signant dernièrement le scénario du film Andalib Al-Doqqi. Sa carrière s’affirme dans l’art de combiner l’utile et le beau.

La cocasserie comme talent

Est-il vraiment un prolongement de son père ? une question que se posent souvent ceux qui observent attentivement le talent d’Ayman Bahgat Qamar. « J’espère être digne de la comparaison avec mon père, qui d’ailleurs m’enchante. Egaler son talent n’est pas tâche aisée », confesse ce jeune homme brun, dont les yeux luisants cachent une tristesse profonde. La perte d’un père de la trempe de Bahgat Qamar à un âge précoce en est sans doute la cause. « Bahgat Qamar n’était pas seulement un père que je respecte beaucoup, il était aussi mon ami intime. On partageait des moments de bonheur comme de malheur. Il insistait que j’assiste à la rencontre de ses amis, dont les grands poètes Salah Jahine, Sayed Hégab, le journaliste Akram Al-Saadani, le compositeur Ammar Al-Chéréï. En outre, il acceptait volontiers mon opinion sur un poème ou un scénario qu’il venait d’écrire, ce qui n’était pas sans surprendre ses amis, eu égard à mon jeune âge », raconte Ayman, bercé toujours par cette image idéale de son père. « J’étais imprégné de cet environnement ambiant, des idées qui coulaient à flots au salon de mon père ».

Surnommé « l’éléphant » pour sa grande taille, Bahgat Qamar a gardé les portes de sa maison ouvertes aux amis et à leurs proches connaissances. Son grand plaisir était de partager avec eux des retrouvailles intimes, comme autour d’un repas. Et, si l’un d’eux voulait lui rendre visite sans connaître l’étage où il habite, il n’avait qu’à dénicher un bouton de sonnette éreinté par trop d’usage de la part de ses convives, en face de son appartement, pour le retrouver, selon le journaliste Akram Al-Saadani. Le fils tient à garder toujours une tradition du père : l’appartement, situé au 94, rue Al-Tahrir à Doqqi, est devenu son bureau. De quoi s’inspirer d’un endroit qui garde la trace de ces grands qui le fréquentaient autrefois. « A cet endroit, mon père avait écrit des pièces comme Sayedati al-gamila, Hawaa al-saa etnaachar, Raya wa Sékina ainsi que des feuilletons comme Aïda et Oyoun ... ».

En effet, Ayman n’a pas seulement gardé le bureau de son père, mais aussi son patronyme auquel il doit sa célébrité dans le monde de l’art. Il a de même attribué son prénom à son fils Bahgat. « J’espère que mon fils perpétuera la tradition de laisser grand ouvertes les portes de notre bureau. Toutefois, j’aspire à ce qu’il change de voie. Le parcours artistique est très complexe et au cas où l’on serait talentueux et que l’on n’arriverait pas à se faire reconnaître, on risque d’être dévoré par la déception ».

Le parcours d’Ayman Bahgat Qamar n’était pas facile comme on pouvait l’imaginer. Bien au contraire. Ayant perdu soudainement son père âgé de 51 ans, Ayman, encore adolescent de 15 ans, devait affronter seul la vie. Quatre ans plus tard, il a commencé à écrire des textes pour les publicités. Un moyen pour gagner son pain. « A la mort de mon père, je me suis recroquevillé sur moi-même, et j’ai commencé à me défouler sur papier. Avec le temps, cette habitude s’est transformée en un mode de vie, et j’ai réalisé que je ne pourrai pas m’en passer », souligne Ayman encore ému. Et d’ajouter : « La première fois que j’ai récité en public ce que j’avais écrit sur mon père, c’était dans un programme donné à la télévision pour célébrer sa mémoire, un an après son trépas. Le lendemain, j’ai croisé une dame qui m’a dit : tu es le fils de Bahgat Qamar ? Le poème que tu as récité hier était merveilleux. Continue sur la même voie ».

Encouragé, le jeune doué s’est résolu à en faire une carrière. Son oncle, un chanteur de folk, l’a mis sur le chemin en lui passant la commande de paroles pour son nouvel album. « C’était un album de mauvaise qualité et dénué de goût. Je lui avais écrit une chanson médiocre ... l’album était censuré et la police a arrêté tous ceux qui y ont collaboré à part moi, parce que j’étais encore mineur », se souvient-il, l’air cocasse. « Cette expérience m’a été très utile. Puisque j’ai franchi pour la première fois de ma vie le seuil d’un studio, et j’ai fait la connaissance du compositeur Hassan Donia. Il m’a beaucoup aidé à me frayer une voie dans le monde du spectacle, en écrivant des chansons pour Farès, Ihab Tawfiq et Amr Diab ».

En effet, l’une des raisons du succès d’Ayman Bahgat Qamar est que son talent est doublé d’une intelligence qui l’aide à donner divers pigments au langage de ses paroles, dépendant de la psychologie du chanteur qui va les interpréter. « Amr Diab préfère les paroles qui suggèrent un défi, une innovation comme on dénote dans sa nouvelle chanson Al-Leila di (cette nuit-là). Par contre, Hicham Abbass opte pour un langage jovial comme c’était le cas de Nari narein. Alors que Mohamad Mohie excelle dans le style mélancolique ». D’où proviennent les idées ? « De la vie, de mes expériences et surtout de ma femme, qui inspire la plupart de mes chansons. On a vécu une vive histoire d’amour qui m’a tant marqué. En gros, j’écris ce qui convient à ma génération, à ses idées, à ses rêves ». Il écrit n’importe où et n’importe quand, dès que la muse le taquine. Et parfois à défaut de stylo ou de papier, le portable répond à son besoin urgent d’écriture. Il suffit d’appuyer sur quelques boutons pour enregistrer les paroles.

On est tenté de penser que la production artistique si abondante, qui varie entre chansons conçues pour des albums, des films, des feuilletons et tout récemment l’écriture pour le cinéma, pourrait avoir un impact négatif sur ce talent embrasé. « La diversité de mes contributions me semble enrichissante et rehausse mon potentiel d’écriture. Je marque un intervalle après chaque œuvre. Je travaille sur des chansons conçues pour des albums, puis je m’arrête pour me concentrer sur les titres de feuilletons, et ainsi de suite. Et, lorsque j’ai commencé l’écriture du scénario de Andalib Al-Doqqi, je me suis complètement consacré à cette tâche pendant trois mois consécutifs », rétorque-t-il à notre surprise.

Ayman retrouve toute sa liberté, malgré tout, dans les chansons conçues pour les albums. « Je me laisse guider par mes propres sentiments, mon imagination. Par contre, dans les chansons des feuilletons ou des films, je dois me plier aux exigences dramatiques ».

D’autre part, il essaye de sélectionner ceux avec qui il aime travailler, et cherche à savoir le concept sur lequel le vidéoclip est fondé avant de passer aux procédures canoniques quant à l’exploit de la chanson. « Il faut toujours respecter les règles de la bienséance. Or, parfois je suis leurré, et à ce moment je décide de ne plus retravailler avec tel ou tel chanteur ».

Douces, simples et débordantes d’esthétique, les chansons d’Ayman Bahgat font tabac sur la scène artistique, pourtant certains critiques continuent à insister sur le fait qu’il appartient en fin de compte à toute une génération d’écrivains dont les œuvres ne survivront jamais. « Je crois qu’il faut prendre un recul de dix ans au moins avant de juger de la survie de telle œuvre dans l’esprit des gens. Le rapport que je reçois de l’Association des écrivains et des compositeurs affirme que les chansons que j’avais écrites depuis 7 ou 8 ans continuent encore à faire des records ». D’autres critiques considèrent qu’Ayman a fait un mauvais pas en se lançant dans l’écriture pour le cinéma. « C’était un ancien rêve, et je suis ravi de cette expérience. Malheureusement, aucun critique n’a pris en considération le fait que c’est mon premier film sur le marché ».

Malgré son talent et son parcours riche, Ayman n’a jamais pensé à fréquenter une faculté d’art. « J’ai voulu approcher une autre discipline que l’art, afin d’orienter ma carrière vers une autre destinée, en cas de besoin. La voie de l’art n’est pas toujours conséquente ».

Jeune, Ayman a joint l’Institut d’art dramatique. « Je savais qu’on m’a fait réussir parce que je suis le fils de Bahgat Qamar. Or, j’ai réalisé que je ne pourrais jamais être comédien. Alors, j’ai décidé de joindre l’Institut de tourisme et de l’hôtellerie, où je peine à décrocher le diplôme depuis sept ans ». Une fois entré dans la salle des cours, on n’arrête pas de lui poser des questions embarrassantes du genre : « Combien est-ce que tu touches pour une chanson de Amr Diab ? Ou encore, à ta place, on aurait laissé tomber les études, pourquoi insistes-tu à les poursuivre ? Tu as déjà trouvé le bon chemin », raconte Ayman et d’ajouter : « Je dois poursuivre mes études pour ne pas voir le jour où mon fils aura honte du fait que je n’ai pas de diplôme ». La famille est sacrée à ses yeux. Ainsi, cherche-t-il à profiter de tout moment libre pour savourer la chaleur de sa présence. Et, bien sûr, s’en inspirer pour de nouvelles créations dans un esprit toujours libre et un élan conquérant qui ne laissent pas indifférent.

Lamiaa Al-Sadaty

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Jalons

1974 : Naissance au Caire.

1993 : Début du parcours artistique avec Farès, Ihab Tawfiq et Amr Diab.

1997 : Elaboration théâtrale de Ana wal hokouma (moi et le gouvernement) de Hassan Abdel-Salam.

2005 : Mariage.

2006 : Naissance de son fils Bahgat.

2007 : Scénario de Andalib Al-Doqqi et chanson du titre du feuilleton de Ramadan, Yetrabba fi ezzo.

 




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