Al-Ahram Hebdo,Société | La Success Story du 57357
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 22 au 28 août 2007, numéro 676

 

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Société

Santé . Il était annoncé depuis plus de dix ans : l’hôpital 57357 destiné aux enfants atteints de cancer, l’un des rares projets dépendant totalement des donations, ouvre enfin ses portes. Visite guidée.

La Success Story du 57357

Le 07/07/2007. Une date qui restera à jamais ancrée dans les mémoires. L’hôpital pour enfants cancéreux vient d’ouvrir ses portes. Chérif, âgé de 13 ans, est le premier enfant à y être hospitalisé. Il se trouve encore en unité de soins intensifs pour stabiliser son taux d’immunité affaiblie par la chimiothérapie. Depuis l’ouverture de cet établissement hospitalier, 250 enfants ont été soignés et 30 autres sont toujours hospitalisés et attendent que leur état de santé s’améliore.

57357 est le nom de cet hôpital unique en son genre. Ce chiffre en guise de nom n’est que le numéro du compte bancaire utilisé par les donateurs. Il rappelle au public qu’il s’agit bien de l’un des rares projets entièrement financés par des dons. Situé dans le quartier populaire de Sayeda Zeinab, sur une superficie de 20 000 m2 dont la moitié est réservée aux édifices et le reste aux espaces verts, l’hôpital ne peut qu’éblouir le visiteur. Des vitres qui scintillent au soleil, un ballon en forme de globe, symbole d’une ouverture sur le monde et d’un échange d’expériences et de recherches avec les instituts internationaux.

Le seuil franchi, on découvre un bâtiment dont les couleurs gaies et les dessins contrastent avec l’image classique des hôpitaux égyptiens. Ici, tout est fait pour que l’enfant et ses parents sentent que la maladie n’est pas forcément synonyme de souffrance. Des visages souriants et un personnel en blouses blanches impeccables vous accueillent à l’entrée. « Le cancer est une maladie chronique. La personne atteinte d’une telle maladie n’est pas une patiente de passage venue pour une consultation, ou pour recevoir des soins et repartir aussitôt avec quelques médicaments. Le traitement dure parfois des années, ce qui exige du malade d’être en contact permanent avec son médecin et de revenir quand c’est nécessaire. Veiller à l’accueillir chaleureusement pour que sa relation avec l’hôpital devienne une source de plaisir, voire de détente, a son importance », explique Ahmad Abdel-Moneim, membre du département de développement des ressources financières et des relations publiques de l’hôpital.

Il n’est donc pas étrange de voir à chaque étage une salle de jeux, une bibliothèque et des espaces pour les activités artistiques et culturelles. « Demain, nous célébrerons l’anniversaire d’Ahmad Saïd, un enfant de 8 ans qui suit des séances de chimiothérapie. Ce qui nous importe, c’est d’apprendre à l’enfant de mener une vie normale et de ne pas laisser la maladie le vaincre », explique le Dr Nermine Abdel-Salam, responsable du groupe de bénévolat. Elle a formé une équipe qui est en contact direct avec le patient et sa famille. « Ces jeunes sont là pour jouer avec l’enfant, lui lire une histoire et donner une lueur d’espoir à ses parents encore sous le choc. Chaque bénévole propose ses idées selon ses talents et sa disponibilité », ajoute le Dr Nermine.

Ici, la solidarité avec l’hôpital est visible. Partout. Au cours de notre visite, nous avons croisé des bénévoles tous âges et catégories sociales confondus, venus des quatre coins d’Egypte. Des jeunes artistes du centre de jeunesse suggèrent d’animer des fêtes pour les enfants et d’organiser des concours de dessin. Ils proposent d’emmener les jeunes adhérents de différents centres de jeunesse pour dessiner, chanter et jouer avec les malades. Un homme d’affaires de renommée a offert des tableaux de différentes dimensions que lui-même a peints. Ils serviront à orner les murs de l’hôpital. Des étudiants de différentes universités égyptiennes sont là pour faire des dons de sang. « Une aide très importante pour ces malades qui souffrent souvent d’anémie causée par la maladie ou la chimiothérapie, et qui ont un besoin constant de sang », explique le Dr Gamal Abdel-Moneim, responsable de la Banque de sang.

Toute aide est accueillie à bras ouverts. Une vendeuse ambulante de radis a insisté pour rentrer dans l’hôpital. On aurait pensé qu’elle était là pour mendier, mais elle a surpris l’équipe en leur confiant qu’elle était venue pour faire un don de 5 L.E, le revenu de sa journée de travail. Elle a appris par une publicité diffusée à la télé que l’hôpital soignait les enfants atteints de cancer et n’a donc pas hésité à apporter son aide.

 

Mobilisation des Egyptiens

Du jamais vu en Egypte. C’est bien la première fois qu’une campagne sensibilise autant les Egyptiens. « Auparavant, on n’en parlait pas. Cancer signifiait malheur. Aujourd’hui, la peur est dépassée et les patients ne sont plus invisibles. En Egypte, plus de 50 % des enfants atteints d’un cancer meurent faute de soins nécessaires. D’où l’idée de construire cet hôpital spécialisé, le premier du genre », explique le Dr Chérif Aboul-Naga, directeur de l’hôpital et responsable des recherches et de l’échange académique. Une transparence qui a encouragé les gens à participer.

 

« Nous n’avons rien caché et rien n’a été fait en coulisses. A chaque phase de la construction, nous avons tenu à inviter tous ceux qui ont fait des dons pour leur montrer tout ce qui a été réalisé. En voyant de leurs propres yeux le bâtiment s’agrandir jour après jour, ils ont senti qu’ils étaient bien à l’origine de ce grand accomplissement », remarque Ahmad Abdel-Moneim. Une attitude qui a réussi à changer le stéréotype qui associe toute action caritative à l’escroquerie ou à des actions servant de pure propagande de la part de la bourgeoisie.

Au fil des ans, chaque organisme a manifesté sa volonté de soutenir le projet, à sa manière. Les élèves des établissements scolaires d’Egypte y ont même participé. En une seule journée, ils ont fait des dons s’élevant à 20 millions de L.E. Des sommes identiques ont été versées par des femmes au foyer.

Selon les chiffres, ce sont les personnes à revenus modestes qui ont fait le plus de dons. Ceux des fonctionnaires, des ouvriers et même des journaliers ont varié entre 1 et 1 000 L.E.

Aujourd’hui, le rêve est devenu réalité. La construction de cet hôpital a coûté 450 millions de L.E. Les équipements médicaux dont il dispose s’élèvent à 30 millions de L.E. Et le coût de son fonctionnement, y compris les salaires de son personnel composé de 500 personnes, atteint 120 millions de L.E. Un budget entièrement financé par des donateurs.

Le 57357, à la pointe de la technologie, a pour ambition de devenir une source de rayonnement dans le domaine médical et scientifique. Dans le département des urgences, le Dr Waël Zikri, consultant de tumeurs pédiatriques, accueille dans son bureau un enfant atteint de leucémie. Lui qui a exercé dans des hôpitaux à l’étranger est fier de trouver dans son propre pays un établissement pouvant rivaliser avec les hôpitaux internationaux. « Les enfants qui suivent un traitement ici se rendaient avant à l’Institut national du cancer. Là-bas, les enfants s’entassent, tous les lits sont occupés. Un enfant peut voir son voisin du même lit mourir sous ses propres yeux. Une ambiance déprimante pour le malade et sa famille », dit-il. Le Dr Zikri tient à expliquer que dans les pays développés, près de 80 % des enfants atteints d’un cancer peuvent guérir alors que dans les pays pauvres, le taux de guérison n’atteint que 20 % car le diagnostic précoce et l’accès aux soins sont souvent absents.

Pour le Dr Zikri, chaque enfant est un cas à part et nécessite une attention particulière. « Les enfants ne s’adaptent pas facilement à cette maladie qui bouleverse tout leur style de vie. Je dois être proche d’eux, devenir leur meilleur ami. Ce rapport humain facilite la tâche et augmente les chances de guérison. Quant aux adolescents, ils sont les plus difficiles à traiter. Têtus, ils refusent d’être soignés. Il faut donc savoir les convaincre par la raison », confie le Dr Zikri. Il donne l’exemple d’une jeune fille de 14 ans, originaire de la ville d’Assouan et qui refusait de mettre le pied dans l’hôpital. « J’ai passé trois heures à discuter avec elle, assis sur le trottoir de l’hôpital, pour arriver à la persuader ». Le Dr Zikri est fier de dire que durant sa carrière, des patients guéris viennent lui rendre visite. « Certains sont devenus médecins, pharmaciens et policiers. J’éprouve une grande joie quand je vois qu’ils ont réussi à vaincre la maladie ». Pourtant, il confie que parfois, il reste impuissant face à la maladie qui ravage le corps d’un de ses patients.

Mais, peu importe les cas, chaque enfant reçoit le maximum d’attention, mais aussi d’amour. Dans le pavillon des malades ambulatoires, Sara, 9 ans, est assise, les yeux fixés sur l’écran. Elle suit un programme pour enfants sur une chaîne satellite. Entourée de jouets, elle esquisse un sourire effacé. Le visage pâle et le corps chétif, elle tente de résister à cette maladie qui l’a surprise il y a quelques mois. Sur sa main gauche est fixé un cathéter par lequel elle reçoit sa chimiothérapie. « Elle est déjà très faible. On lui donne la dose sur trois jours pour ne pas la fatiguer », explique Mariam, une infirmière qui surveille de temps en temps le flux du liquide passant dans les veines de la petite fille. Amal, la mère de Sara, est assise à côté d’elle. Sa seule consolation c’est d’être entourée par une équipe dévouée. « Lorsque je suis rentrée pour la première fois dans cet hôpital, j’ai été surprise par la qualité du service et les équipements. J’ai tout de suite posé la question si le traitement était gratuit car j’avais peur que l’on me réclame des sommes exorbitantes, une fois ma fille sortie de cet hôpital », confie Amal.

 

Tous les soins sont gratuits

Son attitude a été celle de toutes les familles qui ont eu affaire à cet établissement hospitalier. Elles se sont habituées au fait que tout service médical gratuit ou destiné aux petits budgets soit forcément de mauvaise qualité, voire médiocre. Le 57357 fait exception à la règle. Ici, tous les soins sont gratuits. Radio, chimiothérapie, médicaments, consultation, assistance psychologique et même chirurgie de pointe comme la greffe de la moelle épinière, le patient ne verse aucun sou, peu importe la durée de son hospitalisation. « Ce fut notre plus grand défi. Offrir des soins gratuits à tous nos patients, quel que soit leur niveau social. Personne n’est riche face au cancer. C’est une maladie dont le traitement est trop coûteux et qui peut durer des années », explique Ahmad Abdel-Moneim.

Pour relever ce défi, l’équipe de l’hôpital a envisagé un plan de développement de ressources financières qui s’étend à long terme. Tout a été pris en compte. Un système continu de collecte de dons et de financement est envisagé pour couvrir les besoins de cet immense hôpital. Dans la pharmacie, le Dr Hoda Al-Chibini prépare les doses de traitement destinées aux malades ambulatoires ou aux enfants hospitalisés. Des sachets portent le nom de chaque patient, son diagnostic, son âge et la dose de traitement qui lui sera fournie. « Nous sommes dotés d’équipements très sophistiqués. Et ce qui me réconforte, c’est que ceux qui ont accès à ces services sont réellement le plus dans le besoin ».

Au cinquième étage, des petites chambres donnant sur le jardin accueillent les enfants en traitement. Sur la porte de chaque chambre sont affichés les noms de l’enfant et du médecin traitant. Abdel-Rahmane a à peine 6 ans. Il est là depuis 25 jours. Conscient qu’il peut rester encore longtemps, il a demandé à ses parents de lui ramener ses jouets et son ordinateur. Dans la pièce voisine, Karim est venu du Fayoum, accompagné de son frère aîné. Les conditions modestes de la famille n’ont pas permis aux parents de sacrifier le revenu de quelques journées de travail. « A chaque fois qu’on lui donne un traitement ou un repas, ses parents ne cessent de nous demander s’ils n’auront pas à payer le prix de tous ces services », indique Miss Ikram, l’infirmière en chef. Ses yeux brillent de joie à chaque fois qu’un enfant quitte l’hôpital bien guéri. Elle parle avec un ton enthousiaste et rêve de voir le 57357 devenir l’hôpital le plus important au monde. Entourée d’une dizaine d’infirmières, Miss Ikram les encadre dans un stage relatif aux urgences. « Notre but est de changer le stéréotype de l’infirmière égyptienne, celle d’une personne peu qualifiée. Je rêve du jour où chaque jeune fille aspirera à devenir infirmière au 57357 », conclut-elle. Sa détermination et celle de toute l’équipe sont prêtes à relever le défi, celui de faire de cet édifice une expérience à part.

Amira Doss

 




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