L’industrie de la corruption
Morsi Attalla
La
guerre contre la corruption nécessite une politique de
longue haleine. De nos jours, la corruption n’est plus un
simple « événement passager », elle est devenue une «
industrie » que des institutions font fonctionner. Ces mêmes
institutions ont su profiter à fond du climat de «
mondialisation » qui règne pour se procurer la couverture
juridique et morale nécessaire à leurs activités. Une
couverture cachée sous les slogans fallacieux de l’ouverture
économique, des marchés libres, et enfin de la liberté de
transfert des individus et des capitaux.
Comme toute autre industrie, la corruption a besoin d’un
capital, d’un projet et de cadres qualifiés et aptes à
relever les défis de la production et de la
commercialisation. Et par-dessus tout, il faut avoir une
parfaite connaissance des moyens sûrs et efficaces de
présenter des pots-de-vin sous forme de cadeaux, ou en guise
de compliments à l’occasion des fêtes.
Celui qui croit que cette industrie est le monopole d’une
catégorie déterminée dans toutes les sociétés aura tort.
Tout responsable n’est pas nécessairement corrompu et tout
petit fonctionnaire qui mène sa vie tant bien que mal n’est
pas non plus passible de corruption. La corruption et son
industrie sont le résultat d’un climat général qui autorise
la falsification des vérités, le mélange des cartes et
l’étouffement de toute voix s’élevant contre cette
corruption.
Je dirais que la corruption est synonyme d’obscurité et
d’injustice. Elle est également indissociable de la
dictature et de l’absence de liberté d’expression. La
corruption est le résultat naturel du monopole des pouvoirs,
du rejet du changement et, au-dessus de tout, de
l’apparition de la naissance d’une nouvelle génération
d’adeptes et de bénéficiaires qui excellent dans
l’hypocrisie et la corruption. Il n’existe pas de corruption
économique capable de se développer et de prospérer pour
devenir en fin de compte un partenaire à part entière dans
l’industrie de la corruption loin des climats politiques
sociaux et moraux.
Nous devons savoir que les lois rigoureuses ne sont pas à
elles seules suffisantes pour purifier n’importe quel climat
des corrompus qui contrôlent l’industrie de la corruption.
Ce, malgré l’importance de ces lois dans le domaine pénal.
L’essentiel est le respect des règles de l’éthique et de la
morale, qui représentent la conscience d’une nation, traçant
les lignes rouges entre le licite et l’illicite, entre ce
qui est autorisé et ce qui est prohibé, entre le cadeau et
le pot-de-vin et enfin entre la mondialisation et le vol.
Je pourrais même prétendre que l’application claire et
décisive des préceptes de la religion, notamment celui de
prohiber l’exception et toutes sortes de discriminations
entre les individus et les catégories, est un moyen qui
mettrait en échec toute pratique de cette industrie
suspecte. Le mal corrupteur de chaque société commence par
l’exception quelle qu’elle soit. D’autant plus qu’avec
l’exception la loi est absente et les règles réglementant
toute activité sont abrogées, et par conséquent tout est
permis et licite.
Ce qui nous donne confiance dans la capacité de l’Egypte à
éviter de basculer dans le gouffre de cette industrie de «
production de la corruption » est l’existence d’une presse
libre. Une presse qui n’a aucun inconvénient à poursuivre un
corrompu quel que soit son nom ou son rang.
Le président de la République, en personne, lit
attentivement la plupart des journaux. Si une information
donnée attire son attention, il prend l’initiative de
s’enquérir de sa véracité et de l’exactitude de ce qui est
publié en donnant l’ordre aux appareils compétents de l’Etat
d’en faire le suivi.