Le masque américain tombe
Salama A. Salama
Au
cours de ces dernières années, les politiques arabes se sont
transformées en simples campagnes de relations publiques.
Ces dernières ne possèdent aucune stratégie déterminée ou de
cartes de pression influentes, dans un contexte
international marqué par des menaces et des manœuvres sans
fin. Le résultat est que les Arabes tombent le plus souvent
dans le piège de ces manœuvres pour se trouver ensuite
obligés de se soumettre aux volontés étrangères. Ceci
apparaît clair dans les dernières actions qui visent à
préparer une conférence internationale pour la paix où les
solutions américaines seront imposées à toute la région.
La région arabe est actuellement noyée dans ce qu’on appelle
la diplomatie populaire, qui fait la propagande des plans
américains et européens. Ce par l’intermédiaire d’un
langage, en arabe, qui touche au plus près la sensibilité
des populations visées. C’est ainsi que sont apparus dans
les capitales arabes des diplomates arabisants et se sont
succédé des visites effectuées par des délégations
politiques et parlementaires. Ces délégations ont exprimé
une entière disposition à dialoguer et à instaurer des
relations avec toutes les tendances politiques et
partisanes. Et ce, pour défendre et justifier les politiques
de leur pays, employant les moyens traditionnels de
pression. C’est-à-dire des aides économiques, des relations
commerciales, des informations secrètes et des prétextes de
défense de la liberté, de la démocratie et des droits de
l’homme.
Il est impossible de séparer la dernière crise qui a surgi
dans les relations égypto-américaines des conditions
détériorées dans la région. En effet, des réclamations et
des conditions américaines ont pour la première fois été
dévoilées par le ministre égyptien des Affaires étrangères.
Certaines conditions sont relatives à la conjoncture
intérieure et la plupart concerne la situation enflammée sur
les frontières avec Gaza. Et quand l’Egypte n’a pas rempli
ces conditions, Washington a montré ses crocs et décidé de
suspendre 200 millions de dollars d’aides militaires pour
obliger Le Caire à se soumettre aux réclamations
américaines. Là, la réaction égyptienne a été d’entamer des
pourparlers stratégiques à Washington, qui n’ont pas
abouti pour les Américains.
C’est de là qu’est venue la dernière surprise lancée il y a
quelques jours par le président américain et qui dévoile les
motifs réels de la position américaine. Sans avoir effectué
de véritables arrangements avec les parties arabes, Bush a
annoncé la tenue d’une conférence pour la paix en automne
prochain pour discuter de ce qu’il a appelé la résurrection
du processus de paix. Et ce en se basant sur les politiques
israéliennes actuelles qui visent à ancrer la division
palestinienne actuelle entre le Fatah et le Hamas, et entre
la Cisjordanie et Gaza.
Il est donc inéluctable que l’Egypte se trouve face à un
défi dangereux à cause de la crise actuelle dans le secteur
de Gaza, et qui a atteint un stade dangereux menaçant toute
la région. L’Egypte se trouve dans cette position qui n’est
pas à envier parce qu’elle a suivi les politiques
américaines et israéliennes qui ont mené à la situation
actuelle entre le Hamas et le Fatah, alors que Mahmoud
Abbass est tombé dans le piège du jeu américain. La presse a
dernièrement publié les nouvelles de la rencontre secrète
entre Olmert et le roi Abdallah, alors que l’isolement du
Hamas à l’intérieur de Gaza s’accentue jour après jour. Et
ce, outre la catastrophe de la fermeture du passage de Rafah
aux portes duquel tombent chaque jour des dizaines de
malades et d’enfants parmi 6 000 Palestiniens soumis à des
conditions précaires. Et là, les autorités égyptiennes
restent les bras croisés. L’objectif de cette situation est
d’obliger l’Egypte à se soumettre aux nouvelles conditions
israélo-palestiniennes annoncées par Bush.