Pour un véritable essor de la lecture
Mohamed Salmawy
J’imagine
que l’énorme campagne publicitaire sur le festival de « La
lecture pour tous » qui nous entoure de tous côtés est non
seulement l’une des plus importantes que nous ayons connues
récemment, mais également la plus répandue. Elle vient
prouver que nous sommes un peuple qui aime le livre par
nature et qui passe la plupart de son temps à lire et à
développer son intellect.
Ceci va à l’encontre des statistiques indiquant qu’un grand
nombre de la population est analphabète. Cette campagne
donne l’impression que nous vivons aujourd’hui l’âge d’or du
mouvement de l’édition et de la publication, contredisant
d’autres statistiques selon lesquelles ce mouvement a connu
un recul d’une manière inégalée depuis la moitié du siècle
dernier.
Certains diraient que si les statistiques sur
l’alphabétisation et la publication s’avèrent vraies, nous
aurions toutes les raisons d’encourager la lecture. Le fait
d’accroître l’intérêt du public à la lecture, contribuerait
à régler le problème de l’alphabétisation et parallèlement
le mouvement de l’écriture et de la publication gagnera en
ampleur. Il s’agit d’un grand objectif sans nul doute. Mais
nous devons savoir que la première visée de n’importe quelle
campagne publicitaire doit être de faire la propagande du
produit qui en fait l’objet. Donc, ce produit doit être
disponible d’une manière qui correspond à l’ampleur de la
campagne publicitaire qui est lancée. Où est donc ce livre
qui fait l’objet de cette campagne publicitaire partout et
qui appelle à sa lecture ?
Celui
qui visite l’Egypte à l’heure actuelle rencontrera les
publicités sur le festival de la Lecture pour tous tout le
long de la route de l’aéroport, sur les ponts, sur les
façades des bâtiments, dans les stations de métro, à la télé
et sur les pages des journaux. Il s’imaginera trouver ce
livre, qui est le produit de la campagne, un peu partout.
Mais il se rendra compte que le nombre de librairies qui
vendent les livres dont on fait la propagande reste infime,
si nous le comparons à l’ampleur de la campagne publicitaire
qui l’accompagne ou au nombre d’habitants. Nous désignons
par « habitants » bien sûr les personnes instruites et non
pas analphabètes dont parlent les statistiques.
J’imaginais qu’avec cette énorme campagne publicitaire, sans
précédent, pour encourager la lecture, la vente du livre ne
se limiterait plus aux seuls accès traditionnels, à savoir
les bibliothèques. Mais qu’elle ira bien au-delà pour
toucher tous les lieux publics tels que les clubs, les
cafétérias, les plages ou les centres commerciaux qui
consacreraient un pavillon spécial destiné à cette mission
et dans lequel seraient mis en vente les livres du festival.
J’ai cru qu’en marge du festival, des rencontres périodiques
auraient lieu avec les écrivains et les auteurs sur leurs
ouvrages qui seraient exposés au public à des prix spéciaux
à l’occasion. J’ai également cru qu’en marge de ce festival,
des compétitions seraient organisées sur les connaissances
générales et au cours desquelles les chefs-d’œuvres de la
bibliothèque arabe seraient décernés en prix.
Pourquoi des concours spéciaux ne sont-ils pas organisés
pour découvrir les nouveaux talents dont regorgent le pays
et qui ne trouvent personne pour leur porter un intérêt ?
Pourquoi ne pas exploiter ce festival pour donner naissance
à une nouvelle génération de jeunes auteurs qui
présenteraient leurs œuvres à un organisme formé de
critiques et de professeurs d’université de toutes les
spécialisations ? Ces derniers choisiraient les meilleures
œuvres qui seraient publiées pour la première fois.
La tenue d’un festival consacré à la lecture est certes un
acte non seulement de grande importance, mais également
louable. Nous devons lui porter un intérêt majeur et essayer
d’en tirer le maximum de profit pour attirer le public,
surtout la jeunesse, sur l’importance du livre qui
représente jusqu’aujourd’hui la source numéro un de la
connaissance et du savoir, malgré l’essor de l’Internet.
L’ordinateur pourrait être, certes, le moyen le plus rapide
pour avoir accès à l’information requise. Cependant, le
livre demeure l’unique moyen susceptible de présenter le
savoir intégral dans tout sujet.
La campagne publicitaire, sans précédent, à laquelle nous
assistons aujourd’hui n’aura aucun véritable écho, parce
qu’elle fait la propagande d’un produit qui est
quasi-inexistant. Pour en récolter les fruits, il faut, en
l’occurrence, qu’elle soit accompagnée d’une augmentation de
l’offre des livres dans les lieux d’affluence et non
uniquement dans les bibliothèques, comme c’est le cas tout
au long de l’année. Elle doit être impérativement
accompagnée d’une activité pour faire la publicité du livre
à travers des réductions de prix, des compétitions et
autres.
Je dis cela en m’imaginant que l’objectif derrière l’énorme
campagne publicitaire est de mettre en avant le livre, même
s’il n’est pas disponible d’une manière suffisante, et non
pas d’afficher la fidélité envers la lecture en général, son
festival et ses responsables, en particulier.