Al-Ahram Hebdo,Nulle part ailleurs | La ruée vers le toc
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 Semaine du 22 au 28 août 2007, numéro 676

 

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Nulle part ailleurs

Tendances . Les Egyptiennes dépensent des millions de L.E. par an pour l’achat de bijoux fantaisie. Une mode qui a pris ces dernières années une ampleur telle qu’elle a fait naître de nouvelles vocations chez les commerçants. Des échoppes d’Al-Hussein aux boutiques des Malls, ce business florissant rapporte gros. Reportage.

La ruée vers le toc

« Souvent pressée le matin, je m’habille à la va-vite pour ne pas rater mes rendez-vous de travail. Mais si je réalise que j’ai oublié de mettre mon collier ou mes boucles d’oreilles, je retourne à la maison pour enfiler l’accessoire qui me manque », confie Karima, journaliste, férue de bijoux fantaisie. Elle et sa sœur ont un faible pour le genre. Elles peuvent dépenser entre 2 000 et 3 000 L.E. pour un collier dont l’élégance ou le travail délicat rappellent ceux d’un vrai bijou. En un mot, une pièce unique, voire originale. Karima explique qu’elle doit se contrôler pour ne pas claquer tout son salaire pour cette fantaisie, mais elle confie avoir une amie, occupant un poste-clef, qui gaspille tout son argent pour satisfaire sa passion. « Ces parures sont aussi importantes que les vêtements que je porte, c’est la touche finale qui détermine ma personnalité et donne un plus à ma coquetterie et mon élégance », explique une jeune fille passionnée de ce genre de bijoux.

En fait, depuis l’époque des pharaons, la femme a toujours pris soin de sa beauté et de son apparence. Cependant, les bijoux étaient d’un style traditionnel et rudimentaire. Avec le temps, la fabrication des bijoux fantaisie a beaucoup évolué, prenant le relais de l’or. La variété de modèles et de designs fait qu’aujourd’hui, les femmes ne peuvent plus résister à cette tendance. Et l’emballement est le même chez les plus jeunes et les adultes, toutes classes confondues. Toutes se ruent vers ce marché florissant. Chaque jour, de nouveaux magasins ouvrent leurs portes en Egypte, exposant des accessoires importés ou fabriqués en Egypte répondant à tous les goûts et convenant à tous les budgets.

Dans le quartier de Mohandessine, et dans une échoppe bien connue, des femmes de tous âges et même des enfants fouinent parmi les étalages où sont exposés colliers, gourmettes, pendentifs, broches, ceintures, bagues, boucles d’oreilles, etc. Il y en a pour tous les goûts : des parures Made in Thaïlande, Inde, Chine, des bagues incrustées de pierres précieuses d’Egypte mais fabriquées à l’étranger, des colliers confectionnés par des paysannes égyptiennes et des gourmettes créées par de fameuses designers telles qu’Ihsane Nad. Des bijoux en vogue scintillent et aguichent, une variété de couleurs et de modèles qui fait tourner la tête. C’est l’embarras du choix et beaucoup de femmes restent des heures pour se décider. Pas étrange que la petite Yasmine, 4 ans, soit là elle aussi pour faire son choix. Sa sélection de bagues et boucles d’oreilles déplaît à sa mère qui considère que ces bijoux ne sont guère pour son âge. Mais la petite tient à répliquer que c’est « à la mode ». Rafiq Al-Abbar, responsable de la fameuse boutique, donne raison à la petite fille. Il explique que l’emballement pour les bijoux fantaisie, ces dernières années, est bien argumenté : « Ce grand choix dans le design et la variété des prix arrange la clientèle. Ce qui n’est pas le cas de l’or, excessivement cher et d’un choix bien limité. De plus, les clientes peuvent s’offrir des bijoux fantaisie de bonne qualité et des designs singuliers. Des couleurs séduisantes et une originalité qui répondent à la nature capricieuse de la femme », explique-t-il tout en ajoutant que l’âge de ces clientes férues varie entre 4 et 60 ans. « Par coquetterie, une femme peut dépenser 2 000 L.E. ou plus pour un seul bijou ».

Chaïmaa, 26 ans, qui travaille dans le domaine des relations publiques, dit qu’elle consacre un budget à part pour les faux bijoux. « Ces pièces complètent ou accompagnent une tenue vestimentaire et la mettent en valeur. Aujourd’hui, on a l’embarras du choix. Il y en a pour tous les styles, y compris les plus branchés. Je suis attentivement la mode de ces bijoux en observant les speakerines qui ne portent plus dorénavant de bijoux en or, mais des parures au design très original. L’or est en train de se démoder face à cette révolution des faux bijoux », assure-t-elle.

 

Naissance de nouvelles vocations

Une révolution qui a poussé beaucoup de designers à se lancer dans le domaine, y compris des diplômés de la faculté des beaux-arts et même des amateurs de fabrication de bijoux fantaisie. Et comme l’explique Hala Abdel-Moneim, jeune artiste qui travaille dans ce domaine depuis 7 ans : « De plus en plus de centres spécialisés et d’ateliers enseignent aux jeunes talents comment fabriquer les accessoires de fantaisie. Autrefois, ces ateliers gardaient leurs portes fermées aux artistes qui voulaient s’initier à la fabrication des bijoux en or ou en diamant. Aujourd’hui, et avec d’autres matières comme le cuivre et les fausses pierres, le domaine de l’apprentissage et de la création dans le design est ouvert à tous. Les artistes créent leurs propres designs et les remettent aux ateliers pour les exécuter ».

Depuis quelques années, on ne se contente plus de tailler ou de coller une garniture sur des pièces de fantaisie. Désormais, on crée des designs d’un goût de plus en plus raffiné. Hala conçoit ses bijoux en s’inspirant d’un thème précis, qui fait réfléchir sa clientèle. « Je crée des designs reflétant, à titre d’exemple, la relation homme-femme, leur intimité, leur différence ou leur amour ».

Hala a ses propres clientes qui apprécient ses bijoux et saisissent leur sens. Pourtant, d’autres designers essayent de répondre à tous les goûts, à l’exemple des deux artistes Yasmine Al-Chérif et May Abdallah, qui exposent leurs articles chaque année au Centre Saqiet Al-Sawi ou les proposent à des boutiques spécialisées dans la vente de bijoux fantaisie. Des colliers en cuivre ou même en argile et des designs mélangeant l’argent aux pierres précieuses. Une diversité qui répond à tous les goûts et à toutes les bourses. « Je fais le tour des grandes boutiques pour découvrir ce qui est en vogue avant d’acheter les matières. Cette année, c’est le cristal et les perles qui se vendent le mieux », explique Yasmine tout en ajoutant que les jeunes filles ne peuvent se dispenser de ces bijoux même si leurs goûts diffèrent. « Certaines optent pour les bijoux faits à la main et qui demandent beaucoup de temps et de travail tandis que d’autres préfèrent les modèles en plastique ou autres matières, de couleurs diverses et bon marché », dit-elle tout en justifiant que cette nouvelle tendance est due à la hausse exorbitante du prix de l’or.

Ce qui explique cette surabondance de bijoux fantaisie Made in China partout dans les magasins et les marchés. Dans le quartier d’Al-Hussein et de Khan Al Khalili, des marchands ambulants exposent différents styles de colliers et bracelets chinois bon marché. Sayed, ex-artisan de nacre, a stoppé son activité peu rentable pour vendre des bijoux fantaisie Made in China.

Sur son étalage, sont exposés plus de 150 modèles, de divers couleurs et designs et quelques bijoux fantaisie fabriqués en Egypte. « Ces bijoux importés, ne coûtant pas cher et permettant plus de choix, se vendent comme des petits pains », confie Sayed.

Des prix qui arrangent surtout la classe moyenne. Dans ce marché, des étudiantes et de simples fonctionnaires sont là. Elles fouinent, dans l’espoir de paraître plus coquettes. A Al-Hussein et Ataba, ces dames parviennent à trouver ce qu’elles cherchent. Là, différentes échoppes de faux bijoux grouillent de monde face à des dizaines de bijouteries d’or boudées par les clientes. Mohamad Hamdi, propriétaire d’un bazar où l’on vend de faux bijoux et même ceux fabriqués en argent et en pierres précieuses, s’interroge : « Comment admettre que les femmes puissent continuer à s’offrir de l’or quand le gramme coûte 100 L.E. ? Même le prix des bijoux en argent a augmenté ».

Il poursuit que toute femme aime posséder. Chez elle, les bijoux sont aussi indispensables que les aliments et les vêtements. Sa vitrine est bien décorée, on trouve de tout : améthyste, lapis, opale, topaze, turquoise, zircon, onyx et corail. Il explique que certaines personnes préfèrent le zircon, parfois le turquoise, selon leur humeur. Ce genre de bijoux fabriqués en pierres semi-précieuses a définitivement décidé de piétiner sur les plates bandes de l’or. « Le client égyptien a commencé à apprécier la valeur et la beauté de ce genre de pierres. Aujourd’hui, les femmes ne trouvent aucun problème à payer 5 ou 6 000 L.E. pour un collier incrusté de lapis suivant son degré de pureté et son volume », souligne Mohamad, directeur d’une chaîne de bijouterie connue à Khan Al-Khalili.

Et dans une autre boutique au sein d’un Mall, toujours au quartier d’Al-Hussein, Yasmine, créatrice, est entourée de centaines de colliers incrustés de pierres précieuses. Experte en la matière, elle conseille sa cliente et négocie le prix du design qui lui est commandé. D’un visage souriant aux traits pharaoniques, elle explique que les bijoux incrustés de pierres semi-précieuses expriment la personnalité égyptienne. « Ces bijoux sont indémodables, on peut les porter aussi bien en été qu’en hiver », dit-elle tout en ajoutant que les prix vont d’une centaine de L.E. jusqu’à des milliers de L.E.

En fait, ce genre de bijoux a ses adeptes, puisque certaines femmes croient qu’ils ont des effets guérisseurs. D’autres pensent qu’ils préservent du mauvais œil et une troisième catégorie pense que cela peut leur apporter le bonheur.

Beaucoup de femmes viennent acheter des colliers incrustés de pierres qu’elles croient convenir à leur personnalité. Et le comble : une liste de noms de pierres s’adaptant à chaque signe du zodiaque est distribuée actuellement avec les cartes de visite de chaque bijouterie en vogue.

De la boutique de bijoux raffinés aux marchands ambulants qui vendent des colliers à 5 ou 10 L.E., chacun tire profit d’un marché qui semble avoir de beaux jours devant lui. Des bijoux fantaisie qui ne sont pas seulement une note de plus à la coquetterie, mais aussi une partie intégrante et indispensable de la personnalité de toute femme qui cherche l’originalité et la distinction, à n’importe quel prix .

Doaa Khalifa
(avec Chaïmaa Sabet)

 




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