Tendances .
Les Egyptiennes dépensent des millions de L.E. par an pour
l’achat de bijoux fantaisie. Une mode qui a pris ces
dernières années une ampleur telle qu’elle a fait naître de
nouvelles vocations chez les commerçants. Des échoppes d’Al-Hussein
aux boutiques des Malls, ce business florissant rapporte
gros. Reportage.
La ruée vers le toc
«
Souvent pressée le matin, je m’habille à la va-vite pour ne
pas rater mes rendez-vous de travail. Mais si je réalise que
j’ai oublié de mettre mon collier ou mes boucles d’oreilles,
je retourne à la maison pour enfiler l’accessoire qui me
manque », confie Karima, journaliste, férue de bijoux
fantaisie. Elle et sa sœur ont un faible pour le genre.
Elles peuvent dépenser entre 2 000 et 3 000 L.E. pour un
collier dont l’élégance ou le travail délicat rappellent
ceux d’un vrai bijou. En un mot, une pièce unique, voire
originale. Karima explique qu’elle doit se contrôler pour ne
pas claquer tout son salaire pour cette fantaisie, mais elle
confie avoir une amie, occupant un poste-clef, qui gaspille
tout son argent pour satisfaire sa passion. « Ces parures
sont aussi importantes que les vêtements que je porte, c’est
la touche finale qui détermine ma personnalité et donne un
plus à ma coquetterie et mon élégance », explique une jeune
fille passionnée de ce genre de bijoux.
En fait, depuis l’époque des pharaons, la femme a toujours
pris soin de sa beauté et de son apparence. Cependant, les
bijoux étaient d’un style traditionnel et rudimentaire. Avec
le temps, la fabrication des bijoux fantaisie a beaucoup
évolué, prenant le relais de l’or. La variété de modèles et
de designs fait qu’aujourd’hui, les femmes ne peuvent plus
résister à cette tendance. Et l’emballement est le même chez
les plus jeunes et les adultes, toutes classes confondues.
Toutes se ruent vers ce marché florissant. Chaque jour, de
nouveaux magasins ouvrent leurs portes en Egypte, exposant
des accessoires importés ou fabriqués en Egypte répondant à
tous les goûts et convenant à tous les budgets.
Dans le quartier de Mohandessine, et dans une échoppe bien
connue, des femmes de tous âges et même des enfants fouinent
parmi les étalages où sont exposés colliers, gourmettes,
pendentifs, broches, ceintures, bagues, boucles d’oreilles,
etc. Il y en a pour tous les goûts : des parures Made in
Thaïlande, Inde, Chine, des bagues incrustées de pierres
précieuses d’Egypte mais fabriquées à l’étranger, des
colliers confectionnés par des paysannes égyptiennes et des
gourmettes créées par de fameuses designers telles qu’Ihsane
Nad. Des bijoux en vogue scintillent et aguichent, une
variété de couleurs et de modèles qui fait tourner la tête.
C’est l’embarras du choix et beaucoup de femmes restent des
heures pour se décider. Pas étrange que la petite Yasmine, 4
ans, soit là elle aussi pour faire son choix. Sa sélection
de bagues et boucles d’oreilles déplaît à sa mère qui
considère que ces bijoux ne sont guère pour son âge. Mais la
petite tient à répliquer que c’est « à la mode ». Rafiq
Al-Abbar, responsable de la fameuse boutique, donne raison à
la petite fille. Il explique que l’emballement pour les
bijoux fantaisie, ces dernières années, est bien argumenté :
« Ce grand choix dans le design et la variété des prix
arrange la clientèle. Ce qui n’est pas le cas de l’or,
excessivement cher et d’un choix bien limité. De plus, les
clientes peuvent s’offrir des bijoux fantaisie de bonne
qualité et des designs singuliers. Des couleurs séduisantes
et une originalité qui répondent à la nature capricieuse de
la femme », explique-t-il tout en ajoutant que l’âge de ces
clientes férues varie entre 4 et 60 ans. « Par coquetterie,
une femme peut dépenser 2 000 L.E. ou plus pour un seul
bijou ».
Chaïmaa,
26 ans, qui travaille dans le domaine des relations
publiques, dit qu’elle consacre un budget à part pour les
faux bijoux. « Ces pièces complètent ou accompagnent une
tenue vestimentaire et la mettent en valeur. Aujourd’hui, on
a l’embarras du choix. Il y en a pour tous les styles, y
compris les plus branchés. Je suis attentivement la mode de
ces bijoux en observant les speakerines qui ne portent plus
dorénavant de bijoux en or, mais des parures au design très
original. L’or est en train de se démoder face à cette
révolution des faux bijoux », assure-t-elle.
Naissance de nouvelles vocations
Une révolution qui a poussé beaucoup de designers à se
lancer dans le domaine, y compris des diplômés de la faculté
des beaux-arts et même des amateurs de fabrication de bijoux
fantaisie. Et comme l’explique Hala Abdel-Moneim, jeune
artiste qui travaille dans ce domaine depuis 7 ans : « De
plus en plus de centres spécialisés et d’ateliers enseignent
aux jeunes talents comment fabriquer les accessoires de
fantaisie. Autrefois, ces ateliers gardaient leurs portes
fermées aux artistes qui voulaient s’initier à la
fabrication des bijoux en or ou en diamant. Aujourd’hui, et
avec d’autres matières comme le cuivre et les fausses
pierres, le domaine de l’apprentissage et de la création
dans le design est ouvert à tous. Les artistes créent leurs
propres designs et les remettent aux ateliers pour les
exécuter ».
Depuis quelques années, on ne se contente plus de tailler ou
de coller une garniture sur des pièces de fantaisie.
Désormais, on crée des designs d’un goût de plus en plus
raffiné. Hala conçoit ses bijoux en s’inspirant d’un thème
précis, qui fait réfléchir sa clientèle. « Je crée des
designs reflétant, à titre d’exemple, la relation
homme-femme, leur intimité, leur différence ou leur amour ».
Hala a ses propres clientes qui apprécient ses bijoux et
saisissent leur sens. Pourtant, d’autres designers essayent
de répondre à tous les goûts, à l’exemple des deux artistes
Yasmine Al-Chérif et May Abdallah, qui exposent leurs
articles chaque année au Centre Saqiet Al-Sawi ou les
proposent à des boutiques spécialisées dans la vente de
bijoux fantaisie. Des colliers en cuivre ou même en argile
et des designs mélangeant l’argent aux pierres précieuses.
Une diversité qui répond à tous les goûts et à toutes les
bourses. « Je fais le tour des grandes boutiques pour
découvrir ce qui est en vogue avant d’acheter les matières.
Cette année, c’est le cristal et les perles qui se vendent
le mieux », explique Yasmine tout en ajoutant que les jeunes
filles ne peuvent se dispenser de ces bijoux même si leurs
goûts diffèrent. « Certaines optent pour les bijoux faits à
la main et qui demandent beaucoup de temps et de travail
tandis que d’autres préfèrent les modèles en plastique ou
autres matières, de couleurs diverses et bon marché »,
dit-elle tout en justifiant que cette nouvelle tendance est
due à la hausse exorbitante du prix de l’or.
Ce qui explique cette surabondance de bijoux fantaisie Made
in China partout dans les magasins et les marchés. Dans le
quartier d’Al-Hussein et de Khan Al Khalili, des marchands
ambulants exposent différents styles de colliers et
bracelets chinois bon marché. Sayed, ex-artisan de nacre, a
stoppé son activité peu rentable pour vendre des bijoux
fantaisie Made in China.
Sur
son étalage, sont exposés plus de 150 modèles, de divers
couleurs et designs et quelques bijoux fantaisie fabriqués
en Egypte. « Ces bijoux importés, ne coûtant pas cher et
permettant plus de choix, se vendent comme des petits pains
», confie Sayed.
Des prix qui arrangent surtout la classe moyenne. Dans ce
marché, des étudiantes et de simples fonctionnaires sont là.
Elles fouinent, dans l’espoir de paraître plus coquettes. A
Al-Hussein et Ataba, ces dames parviennent à trouver ce
qu’elles cherchent. Là, différentes échoppes de faux bijoux
grouillent de monde face à des dizaines de bijouteries d’or
boudées par les clientes. Mohamad Hamdi, propriétaire d’un
bazar où l’on vend de faux bijoux et même ceux fabriqués en
argent et en pierres précieuses, s’interroge : « Comment
admettre que les femmes puissent continuer à s’offrir de
l’or quand le gramme coûte 100 L.E. ? Même le prix des
bijoux en argent a augmenté ».
Il poursuit que toute femme aime posséder. Chez elle, les
bijoux sont aussi indispensables que les aliments et les
vêtements. Sa vitrine est bien décorée, on trouve de tout :
améthyste, lapis, opale, topaze, turquoise, zircon, onyx et
corail. Il explique que certaines personnes préfèrent le
zircon, parfois le turquoise, selon leur humeur. Ce genre de
bijoux fabriqués en pierres semi-précieuses a définitivement
décidé de piétiner sur les plates bandes de l’or. « Le
client égyptien a commencé à apprécier la valeur et la
beauté de ce genre de pierres. Aujourd’hui, les femmes ne
trouvent aucun problème à payer 5 ou 6 000 L.E. pour un
collier incrusté de lapis suivant son degré de pureté et son
volume », souligne Mohamad, directeur d’une chaîne de
bijouterie connue à Khan Al-Khalili.
Et dans une autre boutique au sein d’un Mall, toujours au
quartier d’Al-Hussein, Yasmine, créatrice, est entourée de
centaines de colliers incrustés de pierres précieuses.
Experte en la matière, elle conseille sa cliente et négocie
le prix du design qui lui est commandé. D’un visage souriant
aux traits pharaoniques, elle explique que les bijoux
incrustés de pierres semi-précieuses expriment la
personnalité égyptienne. « Ces bijoux sont indémodables, on
peut les porter aussi bien en été qu’en hiver », dit-elle
tout en ajoutant que les prix vont d’une centaine de L.E.
jusqu’à des milliers de L.E.
En fait, ce genre de bijoux a ses adeptes, puisque certaines
femmes croient qu’ils ont des effets guérisseurs. D’autres
pensent qu’ils préservent du mauvais œil et une troisième
catégorie pense que cela peut leur apporter le bonheur.
Beaucoup de femmes viennent acheter des colliers incrustés
de pierres qu’elles croient convenir à leur personnalité. Et
le comble : une liste de noms de pierres s’adaptant à chaque
signe du zodiaque est distribuée actuellement avec les
cartes de visite de chaque bijouterie en vogue.
De la boutique de bijoux raffinés aux marchands ambulants
qui vendent des colliers à 5 ou 10 L.E., chacun tire profit
d’un marché qui semble avoir de beaux jours devant lui. Des
bijoux fantaisie qui ne sont pas seulement une note de plus
à la coquetterie, mais aussi une partie intégrante et
indispensable de la personnalité de toute femme qui cherche
l’originalité et la distinction, à n’importe quel prix .
Doaa Khalifa
(avec Chaïmaa Sabet)