Liban .
Après trois mois d’une bataille meurtrière, les combats se
poursuivent à Nahr Al-Bared, où l’armée tente encore de
vaincre la résistance inattendue des islamistes du Fatah
Al-Islam.
Les combats se durcissent
Une nouvelle fois, l’armée libanaise a bombardé par
hélicoptère le camp palestinien de Nahr Al-Bared, dans le
nord du Liban. Deux soldats libanais ont été tués dans ces
combats qui opposent depuis trois mois l’armée aux
islamistes du Fatah Al-Islam. Cette fois, l’armée avait
utilisé pour la première fois des bombes de 400 kilos alors
que des bombes de 250 kilos étaient employées jusqu’à
présent. « Les unités de l’armée ont poursuivi leur
progression et ont détruit plusieurs bâtiments qui servaient
de fortifications aux terroristes », a annoncé un
porte-parole de l’armée. « L’étau se resserre encore un peu
plus autour les hommes armés. La destruction des bâtiments
périphériques met de plus en plus à découvert le réduit où
sont retranchés les terroristes », a-t-il ajouté.
Depuis le 9 août, l’armée libanaise bombarde presque
quotidiennement le camp avec des hélicoptères pour tenter de
percer les bunkers souterrains où sont retranchés les
islamistes. Selon le porte-parole, « l’armée contrôle par le
feu la zone tenue par les islamistes, mais doit nettoyer le
terrain avant de pouvoir avancer ». Il avait indiqué que les
derniers combattants du Fatah Al-Islam étaient retranchés «
dans cinq ou six grands abris bien équipés ». Depuis une
semaine, les bombardements aériens sont de plus en plus
fréquents. Mais cette phase des opérations est arrivée
tardivement. Selon les analystes, il s’agit de plusieurs
raisons qui entravent l’avancée des opérations militaires.
En tête
de liste viennent le manque d’entraînement de l’armée, qui
livre sa première bataille depuis la fin de la guerre civile
en 1990, un armement inadéquat, le souci de limiter les
pertes, notamment civiles, le terrain miné et l’architecture
du camp. Enfin, les islamistes sont repliés dans un
enchevêtrement presque impénétrable.
En effet, le 20 mai dernier, le Fatah Al-Islam, un groupe
sunnite infiltré l’année dernière dans le camp de Nahr
Al-Bared, avait lancé une série d’attaques meurtrières
contre des soldats aux alentours. Depuis, les islamistes
retranchés dans ce camp refusent de se rendre. Cependant,
leur résistance semble avoir faibli depuis quelques jours,
et les tirs de roquettes depuis le camp ont cessé. Le
commandant en chef de l’armée, le général Michel Sleimane, a
reconnu que « c’est une organisation bien entraînée,
disposant d’armes sophistiquées, y compris des armes
lourdes, rompue au maniement des explosifs ». Les
combattants seraient encore environ 70, selon Sleimane, dans
des abris souterrains, véritables fortifications construites
au fil des ans dans les camps palestiniens du Liban et
capables de résister aux raids aériens israéliens. Les seuls
civils restés sont les femmes et les enfants des
combattants, au nombre d’une centaine selon l’armée, qui
accuse les islamistes de les utiliser comme boucliers
humains. Alors que la population de Nahr Al-Bared, 31 000
personnes, a fui au début des combats, le camp est devenu un
champ de ruines. Les combats ont fait plus de 200 morts,
dont 138 soldats. Ce bilan ne prend pas en compte les
islamistes tués dont les corps sont restés dans le camp.
Pour leur part, les Etats-Unis ont placé le Fatah Al-Islam
sur leur liste des organisations terroristes et le général
Sleimane a affirmé que le groupe était lié à Al-Qaëda.
A cet
égard, plus de cent personnes soupçonnées d’appartenir au
Fatah Al-Islam ont été arrêtées depuis le début des combats
et vont être traduites devant la justice civile. « Le nombre
de détenus a dépassé les 100. Il s’agit en majorité de
Libanais, ainsi que de Palestiniens, de Saoudiens, de
Syriens, et d’un petit nombre de personnes d’autres
nationalités », a déclaré à l’AFP une source judiciaire sous
couvert de l’anonymat.
Selon
cette source, les dossiers concernant les suspects arrêtés
ont été transmis par la justice militaire au procureur
général du Liban, Saïd Mirza, qui s’apprête à lancer des
poursuites en début de semaine. Certains des suspects seront
poursuivis pour meurtre, d’autres pour appartenance au Fatah
Al-Islam. Des suspects ont été arrêtés par la police et
l’armée lors de plusieurs perquisitions effectuées notamment
à Tripoli et dans ses environs. D’autres ont été arrêtés
alors qu’ils tentaient de fuir Nahr Al-Bared.
Maha
Salem