Al-Ahram Hebdo, Livres | « 90 % des imprimeries sont menacées »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 22 au 28 août 2007, numéro 676

 

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Livres

Edition. Hosam Al-Saffar, président de l’Union des éditeurs iraqiens, analyse la situation du livre dans son pays.

« 90 % des imprimeries sont menacées »

Al-Ahram Hebdo : Quelle est la situation de l’édition aujourd’hui en Iraq, après quatre ans de l’occupation ?

Hosam Al-Saffar : La situation de l’édition iraqienne était déjà compliquée longtemps avant le début de l’occupation. La chute du régime a ouvert une marge de liberté pour les intellectuels et éditeurs iraqiens. Dans le passé, nous étions soumis à une censure très forte ; les œuvres d’auteurs iraqiens étaient parfois refusées pour des raisons ridicules ; par exemple, si une étude faisait allusion à un opposant, cela pouvait faire interdire le livre ou la revue en entier. Aujourd’hui, il n’y a plus d’institution gouvernementale officielle pour la censure. Mais la situation est très difficile. Le terrorisme atteint plusieurs secteurs en lien avec le livre, comme les imprimeries, dont 90 % sont menacées. Une partie a été détruite. Plusieurs éditeurs ont été assassinés. Un éditeur chiite peut être visé par les sunnites, ou vice-versa. La plupart ont émigré. Quatre ou cinq d’entre eux, voire plus, sont installés en Egypte. Les auteurs ne trouvent plus l’ambiance favorable à la création. Tout cela a influencé le marché de l’édition. Sans parler de la destruction de la rue Al-Mutanabbi, l’une des plus anciennes de Bagdad, où se trouvaient la plupart des bonnes librairies et des bons éditeurs. L’explosion ne visait personne en particulier — les morts étaient chiites, sunnites et chrétiens. Il s’agissait de détruire le patrimoine iraqien dans le domaine du livre.

De nouvelles maisons d’édition ont cependant été créées ...

— Oui, dans tout le pays. Il y a beaucoup de nouvelles maisons d’édition, car, au-delà des livres, elles prennent également en charge la publication de journaux et de revues. Environ 300 nouveaux journaux et revues ont ainsi été publiés. Dans le cadre de leur propagande, les partis politiques ont eux aussi fondé des maisons d’édition. Mais la plupart de ces maisons d’édition ne se situent pas dans le cadre d’un projet national politique et culturel, car elles diffusent prioritairement les idées de leurs propriétaires, qui sont membres de partis religieux ou nationalistes — kurdes, turkmènes, arabes, chiites et sunnites.

Ces maisons d’édition contribuent-elles donc à enraciner le confessionnalisme dans la société iraqienne ?

— Cela n’est pas forcément leur but, mais objectivement, elles enracinent des idées menant à la division et non à l’unité.

L’occupation joue-t-elle un rôle direct dans le financement de ces publications ?

— D’après mes informations, non. Mais ce n’est pas à exclure. Le pire aujourd’hui, ce sont les ingérences régionales. Après l’occupation, l’Iraq a été envahi d’ouvrages iraniens par exemple, tous de tendance chiite. Cela ne doit pas nous faire peur. Mais il y a eu également des ouvrages de l’Arabie saoudite wahhabite. L’Iraq s’est transformé en scène de conflits régionaux. Tout a été politisé, pas dans l’intérêt des Iraqiens.

Y a-t-il d’autres types de publications ?

— Près de 30 % de la production littéraire et culturelle iraqienne est encore produite en Iraq. Le reste est publié entre l’Egypte, la Syrie et la Jordanie. Je connais près de trente à quarante titres publiés en Egypte.

Où en sont les maisons d’édition qui étaient liées à l’Etat ?

— Elles dépendaient du ministère de la Culture et de la Communication, comme Dar Al-Ma’moun, la plus importante, qui gérait la traduction. Elles éditaient principalement les livres correspondant aux politiques de l’Etat à l’époque. Ces maisons-là sont mortes, non seulement en tant qu’institutions officielles, mais aussi parce qu’elles ne sont plus acceptables de manière générale. Cependant, l’une de ces maisons dépendant de l’Etat, Dar Al-Chou’oun Al-Thaqafiyya, qui dépend actuellement du ministère de la Culture, fonctionne encore et a publié une partie des livres mis à l’écart à l’époque de l’ancien régime.

 Propos recueillis par Dina Heshmat

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