Edition.
Hosam Al-Saffar,
président de l’Union des éditeurs iraqiens, analyse la
situation du livre dans son pays.
« 90 % des imprimeries sont menacées »
Al-Ahram Hebdo : Quelle est la situation de l’édition
aujourd’hui en Iraq, après quatre ans de l’occupation ?
Hosam Al-Saffar : La situation de l’édition iraqienne était
déjà compliquée longtemps avant le début de l’occupation. La
chute du régime a ouvert une marge de liberté pour les
intellectuels et éditeurs iraqiens. Dans le passé, nous
étions soumis à une censure très forte ; les œuvres
d’auteurs iraqiens étaient parfois refusées pour des raisons
ridicules ; par exemple, si une étude faisait allusion à un
opposant, cela pouvait faire interdire le livre ou la revue
en entier. Aujourd’hui, il n’y a plus d’institution
gouvernementale officielle pour la censure. Mais la
situation est très difficile. Le terrorisme atteint
plusieurs secteurs en lien avec le livre, comme les
imprimeries, dont 90 % sont menacées. Une partie a été
détruite. Plusieurs éditeurs ont été assassinés. Un éditeur
chiite peut être visé par les sunnites, ou vice-versa. La
plupart ont émigré. Quatre ou cinq d’entre eux, voire plus,
sont installés en Egypte. Les auteurs ne trouvent plus
l’ambiance favorable à la création. Tout cela a influencé le
marché de l’édition. Sans parler de la destruction de la rue
Al-Mutanabbi, l’une des plus anciennes de Bagdad, où se
trouvaient la plupart des bonnes librairies et des bons
éditeurs. L’explosion ne visait personne en particulier —
les morts étaient chiites, sunnites et chrétiens. Il
s’agissait de détruire le patrimoine iraqien dans le domaine
du livre.
— De nouvelles maisons d’édition ont cependant été créées
...
— Oui, dans tout le pays. Il y a beaucoup de nouvelles
maisons d’édition, car, au-delà des livres, elles prennent
également en charge la publication de journaux et de revues.
Environ 300 nouveaux journaux et revues ont ainsi été
publiés. Dans le cadre de leur propagande, les partis
politiques ont eux aussi fondé des maisons d’édition. Mais
la plupart de ces maisons d’édition ne se situent pas dans
le cadre d’un projet national politique et culturel, car
elles diffusent prioritairement les idées de leurs
propriétaires, qui sont membres de partis religieux ou
nationalistes — kurdes, turkmènes, arabes, chiites et
sunnites.
— Ces maisons d’édition contribuent-elles donc à
enraciner le confessionnalisme dans la société iraqienne ?
— Cela n’est pas forcément leur but, mais objectivement,
elles enracinent des idées menant à la division et non à
l’unité.
— L’occupation joue-t-elle un rôle direct dans le
financement de ces publications ?
— D’après mes informations, non. Mais ce n’est pas à
exclure. Le pire aujourd’hui, ce sont les ingérences
régionales. Après l’occupation, l’Iraq a été envahi
d’ouvrages iraniens par exemple, tous de tendance chiite.
Cela ne doit pas nous faire peur. Mais il y a eu également
des ouvrages de l’Arabie saoudite wahhabite. L’Iraq s’est
transformé en scène de conflits régionaux. Tout a été
politisé, pas dans l’intérêt des Iraqiens.
— Y a-t-il d’autres types de publications ?
— Près de 30 % de la production littéraire et culturelle
iraqienne est encore produite en Iraq. Le reste est publié
entre l’Egypte, la Syrie et la Jordanie. Je connais près de
trente à quarante titres publiés en Egypte.
— Où en sont les maisons d’édition qui étaient liées à l’Etat
?
— Elles dépendaient du ministère de la Culture et de la
Communication, comme Dar Al-Ma’moun, la plus importante, qui
gérait la traduction. Elles éditaient principalement les
livres correspondant aux politiques de l’Etat à l’époque.
Ces maisons-là sont mortes, non seulement en tant
qu’institutions officielles, mais aussi parce qu’elles ne
sont plus acceptables de manière générale. Cependant, l’une
de ces maisons dépendant de l’Etat, Dar Al-Chou’oun
Al-Thaqafiyya, qui dépend actuellement du ministère de la
Culture, fonctionne encore et a publié une partie des livres
mis à l’écart à l’époque de l’ancien régime.
Propos
recueillis par Dina
Heshmat