Lecture.
Plus qu’une simple librairie traditionnelle, Al-Balad,
récemment inaugurée au centre-ville du Caire, ambitionne de
devenir un espace jeune pour la diffusion de la culture.
Le livre, version tendance
« On vit actuellement une période de renaissance de la
société civile. Non seulement les partis indépendants
éclatent, mais aussi le domaine culturel ne cesse de faire
peau neuve », assure Farid Zahrane, l’un des fondateurs d’Al-Balad
qui a vu le jour dans cette perspective. Une librairie ? Ce
serait quand même imprécis de le classer ainsi. Un centre de
culture qualifierait mieux cet espace situé au centre-ville,
en face de l’Université américaine du Caire. Le premier en
son genre ? Définitivement non. Puisque d’autres l’ont
précédé, sous l’influence du coup de cœur qu’a fait naître
chez eux l’expérience réussie de Saqiet Al-Sawi.
En fait, Al-Balad est le dernier-né d’une chaîne d’espaces
culturels représentant la nouvelle tendance que commence à
connaître Le Caire. Celle des centres de culture, comme
Al-Diwan, à Zamalek, et Kotob Khan, à Maadi. Ce ne sont pas
des librairies dans leur forme traditionnelle, à savoir de
simples points de vente de livres. Ce ne sont pas non plus
de centres culturels dépendants des pays étrangers et
n’offrant que la culture de leurs pays. Ce sont en fait des
lieux destinés en premier lieu à la vente de livres, tout en
organisant en parallèle des activités culturelles : des
expositions, des rencontres avec des écrivains, une
signature de livres. Donc, un plat culturel succulent pour
tous les goûts. « De nos jours, une librairie dans sa forme
traditionnelle ne trouvera pas d’écho à moins qu’elle ne
soit à l’instar de Madbouli avec toute son histoire. Une
activité culturelle est indispensable pour la réussite de ce
genre de projets », commente Farid Zahrane. Même les
librairies obéissent aux théories darwiniennes de
l’évolution. L’image de la librairie bondée de livres de la
terre au plafond et du libraire comptant sur sa mémoire pour
trouver un livre entre des milliers d’autres ne fait plus
partie du paysage culturel contemporain. Al-Balad représente
par excellence l’image moderne d’une librairie égyptienne du
XXIe siècle. Le choix même du nom le prouve. N’ayant pas
opté pour l’attribut « librairie », on y a préféré (Al-Balad,
livres, musique, films et arts).
Occupant un appartement au premier étage, c’est un lieu
confortable, climatisé, où l’on peut s’asseoir pour
feuilleter tranquillement le livre qu’on veut acheter. On
peut même le lire tout entier sur
place sans que personne ne nous dérange. Et pourquoi ne pas
commander une boisson du célèbre café situé en face ? Ou
même placer les écouteurs sur les oreilles et entendre des
CD ? A part les 4 000 livres arabes et anglais placés sur
les étagères, des peintures de jeunes artistes couvrant les
murs, des pots de plantes, des pièces de bois travaillées
par des enfants, des statues en verre, tout produit
artistique est à vendre. Une nouveauté : service de
livraison de tous les produits commandés à domicile. Des
affiches annonçant le programme du mois sont accrochées à
l’entrée : soirée poétique, concert de luth … Bref «
Al-Balad essaye d’être le centre de culture qui présente
tous les produits culturels dans un cadre attirant aux
jeunes », assure Magd Zahrane, directeur d’Al-Balad,
étudiant en polytechnique. La jeunesse est donc la clientèle
visée par ce lieu. C’est ainsi que pour mieux communiquer
avec ces jeunes que les responsables sont des jeunes âgés
entre 19 et 23 ans. « Notre objectif est de propager la
culture, une manière de servir la société civile. Nous
voulons aider les jeunes à penser d’une manière différente
», explique Ahmad Abdel-Wahab, directeur financier, qui
informe de l’ouverture de la succursale d’Al-Balad, dans le
gouvernorat de Mansoura le mois prochain.
Bien que l’on compte encore ces espaces culturels sur les
doigts d’une seule main, espérons qu’un jour on en parlera
d’un phénomène.
Dira
Maurice