Iraq .
Pressé de toutes parts de rétablir la sécurité et de faire
avancer la réconciliation nationale, le premier ministre
Nouri Al-Maliki multiplie les initiatives et les
sollicitations de ses voisins.
Al-Maliki sur tous les fronts
Le premier ministre iraqien Nouri Al-Maliki se démène pour
sortir son pays de l’ornière. Il déploie des efforts tous
azimuts pour rétablir une hypothétique sécurité et sauver sa
fragile coalition gouvernementale.
Lundi, il s’est rendu dans une visite de trois jours en
Syrie, la première d’un chef de gouvernement iraqien dans ce
pays depuis près de 30 ans. A la tête d’une importante
délégation incluant les ministres des Affaires étrangères,
de l’Intérieur, du Pétrole, des Ressources hydrauliques, et
du Commerce, M. Maliki est allé à Damas chercher le soutien
de son voisin pour restaurer la sécurité dans son pays.
Damas est souvent accusé, notamment par les Etats-Unis mais
aussi par des responsables iraqiens, de laisser des insurgés
transiter par son territoire à destination de l’Iraq. Ce que
dément la Syrie. Deuxième question importante traitée lors
de la visite : la situation des réfugiés iraqiens en Syrie,
dont le nombre a atteint 1,5 million et qui constituent pour
Damas un fardeau économique, social et politique. Depuis
l’invasion de l’Iraq par les troupes américaines en mars
2003, environ 2,3 millions d’Iraqiens se sont réfugiés
principalement en Syrie et en Jordanie (750 000). Le
Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR) estime que, chaque
mois, 30 000 Iraqiens s’installent en Syrie. Les entretiens
ont également porté sur la réactivation des accords
commerciaux conclus avant l’invasion américaine de l’Iraq et
la réouverture de l’oléoduc qui relie les deux pays.
La visite d’Al-Maliki intervient dix jours après qu’il s’est
rendu à Téhéran. Aussi bien les Syriens que les Iraniens ont
fait savoir à leur interlocuteur iraqien que le départ des
troupes américaines favoriserait une coopération totale de
leur part pour sécuriser la situation chez leur voisin.
Ainsi, Damas a-t-elle invité lundi Bagdad à préparer un
calendrier de retrait des troupes étrangères de son
territoire. Au cours d’un entretien avec M. Maliki, le
premier ministre syrien, Naji Ottri, a même accusé les
forces de la coalition de porter une large responsabilité
dans la détérioration de la situation sécuritaire en Iraq.
De leur retrait dépend la réconciliation nationale, a-t-il
insisté. De son côté, le vice-président syrien, Farouk
Al-Chareh, a indiqué que si « Nouri Al-Maliki exprime avec
sincérité une position iraqienne qui mène à une
réconciliation globale et établit un calendrier pour le
départ des forces américaines d’Iraq, il trouvera une Syrie
très proche qui coopérera avec l’Iraq dans tous les domaines
».
Lors de sa visite en Iran, le Guide suprême, Ali Khamenei,
avait également déclaré à M. Al-Maliki que « le départ des
occupants » favoriserait un règlement des problèmes du pays.
L’Iran est accusé par les Etats-Unis et des responsables
sunnites iraqiens de soutenir des groupes armés chiites qui
participent aux violences sectaires en Iraq et combattent
l’occupation américaine. Washington et Bagdad considèrent
également que les autorités iraniennes ne déploient pas
suffisamment d’énergie pour prévenir les infiltrations de
combattants étrangers en Iraq.
Prochain sommet intercommunautaire
Sur le front interne, le chef du gouvernement iraqien a
réussi à réunir, samedi et dimanche, les dirigeants des
principales communautés que compte le pays : chiite, sunnite
et kurde. Ils se sont accordés sur la tenue d’un sommet de
crise voulu par M. Maliki pour sauver sa coalition
gouvernementale. La date exacte de ce sommet n’a toutefois
pas été précisée. Mais il devrait se tenir « dans quelques
jours », selon une source officielle. « Nous sommes tombés
d’accord sur divers sujets. Le plus important est l’ordre du
jour du sommet, mais aussi qui y participera », a indiqué
dans un communiqué le vice-président sunnite, Tarek
Al-Hachémi. Outre MM. Maliki et Hachémi, le président kurde
Jalal Talabani, le vice-président chiite Adel Abdel-Mehdi,
et Massoud Barzani, le président de la région autonome du
Kurdistan iraqien, ont participé à cette nouvelle série de
réunions « préparatoires ». Le 12 août, le premier ministre
avait appelé les dirigeants des principales communautés à
participer à un sommet de crise le plus vite possible. Cet
appel avait été suivi d’une première réunion préparatoire
entre les différents leaders iraqiens, le 14 août.
Le gouvernement iraqien est paralysé depuis plusieurs mois
par des querelles entre partis sunnites et chiites, qui ont
provoqué au total le départ ou le boycottage de 17 ministres
sur 40. Cette situation a empêché de faire adopter le
moindre projet de réformes souhaitées par Washington, dont
la loi visant à répartir équitablement les revenus du
pétrole entre les 18 provinces iraqiennes. Pour sortir de la
crise, le président et le premier ministre iraqiens ont
formé jeudi dernier une alliance composée de deux partis
chiites et de deux partis kurdes, mais sans obtenir la
participation immédiate des sunnites. Cette alliance
comprend le parti Dawa de M. Maliki, le Conseil Suprême
Islamique Iraqien (CSII) du vice-président Adel Abdel-Mehdi,
l’Union patriotique du Kurdistan du président Talabani et le
Parti démocratique du Kurdistan du dirigeant Massoud
Barzani. Ces quatre partis rassemblent 108 sièges sur 275 au
Parlement.
M. Maliki avait alors souligné que « la porte était ouverte
» à tous ceux qui voulaient débloquer la situation. Mais les
dirigeants sunnites avaient critiqué dès le lendemain cette
alliance. « Les dirigeants n’auraient pas dû annoncer une
alliance avant de convaincre tous les partis de l’efficacité
de la direction politique », avait critiqué le Front de la
Concorde nationale, principal bloc sunnite du Parlement,
dont les ministres ont démissionné du gouvernement le 1er
août pour protester contre les raids menés, selon eux, par
des milices chiites alliées à la coalition de M. Maliki
contre la minorité sunnite. Les chiites accusent de leur
côté les sunnites, au pouvoir sous Saddam Hussein, de
soutenir les groupes d’insurgés qui commettent des attentats
meurtriers. Faute de pouvoir s’entendre, le Parlement avait
décidé de son côté le 30 juillet de se mettre en vacances
pendant un mois.
Dans une tentative d’obtenir l’adhésion des sunnites à sa
nouvelle alliance, M. Maliki s’est rendu vendredi à Tikrit
(180 km au nord de Bagdad), l’ancien fief de Saddam Hussein,
pour rencontrer des dirigeants sunnites de la province de
Salaheddine dont il a loué le « combat contre les
terroristes ». « Nous sommes les enfants d’un seul pays.
Quelles que soient nos affiliations raciales et
confessionnelles, notre seul pays nous unira », a-t-il dit
lors d’une rencontre avec des officiers de l’armée iraqienne
et des membres de la communauté. Le processus de
réconciliation nationale implique « le respect du point de
vue de chacun », a-t-il ajouté. De son côté, le président
Talabani a assuré que la nouvelle alliance était «
déterminée a trouver un accord avec les frères de la
Concorde. Les exigences raisonnables doivent être étudiées
de manière positive par le gouvernement », a-t-il dit lors
d’une conférence de presse.
Cette initiative politique de Nouri Al-Maliki est intervenue
alors que celui-ci est sous la pression de l’opinion et des
formations politiques iraqiennes ainsi que des Etats-Unis,
qui ont déployé 155 000 soldats en Iraq pour tenter de faire
baisser les violences et prônent un gouvernement d’union
nationale et de réconciliation entre communautés. Le mois
prochain, le commandement militaire américain doit soumettre
un rapport au Congrès américain faisant le point sur les
résultats de la décision controversée, prise en début
d’année, du président George W. Bush d’augmenter le nombre
de soldats américains en Iraq. Selon l’édition de samedi du
quotidien américain New York Times, la Maison Blanche
pourrait profiter de la publication de ce rapport très
attendu pour proposer un plan de retrait graduel des soldats
à partir de 2008.
Hicham Mourad