Al-Ahram Hebdo, Evénement | Al-Maliki sur tous les fronts
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 22 au 28 août 2007, numéro 676

 

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Evénement

Iraq . Pressé de toutes parts de rétablir la sécurité et de faire avancer la réconciliation nationale, le premier ministre Nouri Al-Maliki multiplie les initiatives et les sollicitations de ses voisins.

Al-Maliki sur tous les fronts

Le premier ministre iraqien Nouri Al-Maliki se démène pour sortir son pays de l’ornière. Il déploie des efforts tous azimuts pour rétablir une hypothétique sécurité et sauver sa fragile coalition gouvernementale.

Lundi, il s’est rendu dans une visite de trois jours en Syrie, la première d’un chef de gouvernement iraqien dans ce pays depuis près de 30 ans. A la tête d’une importante délégation incluant les ministres des Affaires étrangères, de l’Intérieur, du Pétrole, des Ressources hydrauliques, et du Commerce, M. Maliki est allé à Damas chercher le soutien de son voisin pour restaurer la sécurité dans son pays. Damas est souvent accusé, notamment par les Etats-Unis mais aussi par des responsables iraqiens, de laisser des insurgés transiter par son territoire à destination de l’Iraq. Ce que dément la Syrie. Deuxième question importante traitée lors de la visite : la situation des réfugiés iraqiens en Syrie, dont le nombre a atteint 1,5 million et qui constituent pour Damas un fardeau économique, social et politique. Depuis l’invasion de l’Iraq par les troupes américaines en mars 2003, environ 2,3 millions d’Iraqiens se sont réfugiés principalement en Syrie et en Jordanie (750 000). Le Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR) estime que, chaque mois, 30 000 Iraqiens s’installent en Syrie. Les entretiens ont également porté sur la réactivation des accords commerciaux conclus avant l’invasion américaine de l’Iraq et la réouverture de l’oléoduc qui relie les deux pays.

La visite d’Al-Maliki intervient dix jours après qu’il s’est rendu à Téhéran. Aussi bien les Syriens que les Iraniens ont fait savoir à leur interlocuteur iraqien que le départ des troupes américaines favoriserait une coopération totale de leur part pour sécuriser la situation chez leur voisin. Ainsi, Damas a-t-elle invité lundi Bagdad à préparer un calendrier de retrait des troupes étrangères de son territoire. Au cours d’un entretien avec M. Maliki, le premier ministre syrien, Naji Ottri, a même accusé les forces de la coalition de porter une large responsabilité dans la détérioration de la situation sécuritaire en Iraq. De leur retrait dépend la réconciliation nationale, a-t-il insisté. De son côté, le vice-président syrien, Farouk Al-Chareh, a indiqué que si « Nouri Al-Maliki exprime avec sincérité une position iraqienne qui mène à une réconciliation globale et établit un calendrier pour le départ des forces américaines d’Iraq, il trouvera une Syrie très proche qui coopérera avec l’Iraq dans tous les domaines ».

Lors de sa visite en Iran, le Guide suprême, Ali Khamenei, avait également déclaré à M. Al-Maliki que « le départ des occupants » favoriserait un règlement des problèmes du pays. L’Iran est accusé par les Etats-Unis et des responsables sunnites iraqiens de soutenir des groupes armés chiites qui participent aux violences sectaires en Iraq et combattent l’occupation américaine. Washington et Bagdad considèrent également que les autorités iraniennes ne déploient pas suffisamment d’énergie pour prévenir les infiltrations de combattants étrangers en Iraq.

 

Prochain sommet intercommunautaire

Sur le front interne, le chef du gouvernement iraqien a réussi à réunir, samedi et dimanche, les dirigeants des principales communautés que compte le pays : chiite, sunnite et kurde. Ils se sont accordés sur la tenue d’un sommet de crise voulu par M. Maliki pour sauver sa coalition gouvernementale. La date exacte de ce sommet n’a toutefois pas été précisée. Mais il devrait se tenir « dans quelques jours », selon une source officielle. « Nous sommes tombés d’accord sur divers sujets. Le plus important est l’ordre du jour du sommet, mais aussi qui y participera », a indiqué dans un communiqué le vice-président sunnite, Tarek Al-Hachémi. Outre MM. Maliki et Hachémi, le président kurde Jalal Talabani, le vice-président chiite Adel Abdel-Mehdi, et Massoud Barzani, le président de la région autonome du Kurdistan iraqien, ont participé à cette nouvelle série de réunions « préparatoires ». Le 12 août, le premier ministre avait appelé les dirigeants des principales communautés à participer à un sommet de crise le plus vite possible. Cet appel avait été suivi d’une première réunion préparatoire entre les différents leaders iraqiens, le 14 août.

Le gouvernement iraqien est paralysé depuis plusieurs mois par des querelles entre partis sunnites et chiites, qui ont provoqué au total le départ ou le boycottage de 17 ministres sur 40. Cette situation a empêché de faire adopter le moindre projet de réformes souhaitées par Washington, dont la loi visant à répartir équitablement les revenus du pétrole entre les 18 provinces iraqiennes. Pour sortir de la crise, le président et le premier ministre iraqiens ont formé jeudi dernier une alliance composée de deux partis chiites et de deux partis kurdes, mais sans obtenir la participation immédiate des sunnites. Cette alliance comprend le parti Dawa de M. Maliki, le Conseil Suprême Islamique Iraqien (CSII) du vice-président Adel Abdel-Mehdi, l’Union patriotique du Kurdistan du président Talabani et le Parti démocratique du Kurdistan du dirigeant Massoud Barzani. Ces quatre partis rassemblent 108 sièges sur 275 au Parlement.

M. Maliki avait alors souligné que « la porte était ouverte » à tous ceux qui voulaient débloquer la situation. Mais les dirigeants sunnites avaient critiqué dès le lendemain cette alliance. « Les dirigeants n’auraient pas dû annoncer une alliance avant de convaincre tous les partis de l’efficacité de la direction politique », avait critiqué le Front de la Concorde nationale, principal bloc sunnite du Parlement, dont les ministres ont démissionné du gouvernement le 1er août pour protester contre les raids menés, selon eux, par des milices chiites alliées à la coalition de M. Maliki contre la minorité sunnite. Les chiites accusent de leur côté les sunnites, au pouvoir sous Saddam Hussein, de soutenir les groupes d’insurgés qui commettent des attentats meurtriers. Faute de pouvoir s’entendre, le Parlement avait décidé de son côté le 30 juillet de se mettre en vacances pendant un mois.

Dans une tentative d’obtenir l’adhésion des sunnites à sa nouvelle alliance, M. Maliki s’est rendu vendredi à Tikrit (180 km au nord de Bagdad), l’ancien fief de Saddam Hussein, pour rencontrer des dirigeants sunnites de la province de Salaheddine dont il a loué le « combat contre les terroristes ». « Nous sommes les enfants d’un seul pays. Quelles que soient nos affiliations raciales et confessionnelles, notre seul pays nous unira », a-t-il dit lors d’une rencontre avec des officiers de l’armée iraqienne et des membres de la communauté. Le processus de réconciliation nationale implique « le respect du point de vue de chacun », a-t-il ajouté. De son côté, le président Talabani a assuré que la nouvelle alliance était « déterminée a trouver un accord avec les frères de la Concorde. Les exigences raisonnables doivent être étudiées de manière positive par le gouvernement », a-t-il dit lors d’une conférence de presse.

Cette initiative politique de Nouri Al-Maliki est intervenue alors que celui-ci est sous la pression de l’opinion et des formations politiques iraqiennes ainsi que des Etats-Unis, qui ont déployé 155 000 soldats en Iraq pour tenter de faire baisser les violences et prônent un gouvernement d’union nationale et de réconciliation entre communautés. Le mois prochain, le commandement militaire américain doit soumettre un rapport au Congrès américain faisant le point sur les résultats de la décision controversée, prise en début d’année, du président George W. Bush d’augmenter le nombre de soldats américains en Iraq. Selon l’édition de samedi du quotidien américain New York Times, la Maison Blanche pourrait profiter de la publication de ce rapport très attendu pour proposer un plan de retrait graduel des soldats à partir de 2008.

Hicham Mourad

 




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