Semaine mondiale de l’eau.
Elle s'est achevée le 18 août dans la capitale suédoise
Stockholm, et a abordé de nombreux sujets, mais les
discussions les plus chaudes ont tourné autour des
changements climatiques, des installations sanitaires et des
biocarburants. Compte rendu.
Constats sans issues
«
Progrès et perspectives dans le domaine de l’eau : lutter
pour la durabilité dans un monde en changement », tel était
le thème de la 17e édition annuelle de la semaine mondiale
de l’eau. Plus de 70 activités entre séminaires, ateliers de
travail et événements divers ont étés animés par des
représentants de gouvernements et d’entreprises privées, des
experts, des membres d’ONG et des responsables des
Nations-Unies.
En effet, cette conférence devenue au fil des ans le plus
grand rendez-vous mondial des experts en eau, a été
officiellement inaugurée le 13 août par le premier ministre
suédois Fredrik Reinfeldt, le vice-maire de Stockholm
Michael Soderlund, Anders Berntell, directeur exécutif de
l’Institut international de l’eau à Stockholm SIWI (Voir
sous-encadré), Anna Tibaijuka, directrice exécutive du
UN-Habitat, et le professeur Perry McCarty, lauréat du Prix
de l’eau de Stockholm. Quelque 2 500 experts venus de 140
pays ont enrichi les discussions durant le Forum de
Stockholm. La question du réchauffement climatique et sa
relation avec le manque d’eau a été au centre des débats.
Selon SIWI, au cours de la décennie 1996-2005, environ 80 %
des catastrophes naturelles étaient d’origine météorologique
ou hydraulique. Et les inondations, qui ont affecté en
moyenne 66 millions de personnes annuellement entre 1973 et
1997, sont les catastrophes naturelles qui ont fait le plus
de dégâts.
« En effet, cette journée était très intéressante. Durant
l’une des sessions, j’ai entendu dire que l’adaptation au
changement climatique veut dire une meilleure gestion des
ressources hydrauliques », commente Carlo Giupponi, de
l’Université de Milan en Italie, qui participe à la semaine
pour la première fois. Il a ajouté que durant les sessions
sur le changement climatique, il a remarqué que l’eau est la
ressource naturelle qui souffrira le plus du réchauffement.
« On aura plus de chaleur, moins d’eau, plus de sécheresse,
moins de zones humides. C’était vraiment très important »,
poursuit Carlo.
Selon Gabbar Qaqos, du ministère des Ressources hydrauliques
du gouvernement iraqien responsable du secteur du Kurdistan,
la semaine mondiale de l’eau est une opportunité pour
discuter des causes relatives à l’eau afin de préparer le
terrain à des suggestions qui puissent régler les problèmes
de l’eau et les transmettre aux organisations
internationales. « Je suis venu spécialement pour assister
au séminaire du Moyen-Orient concernant les eaux
souterraines transfrontalières. J’étais vraiment surpris
d’apprendre qu’il y a des pays qui ont avancé dans ce
domaine, comme l’Egypte, la Jordanie et Israël », signale
Gabbar. Il déplore cependant que la semaine ait été plus
académique que pratique. « Comme je suis ingénieur, je me
penche plus sur tout ce qui est pratique. Ce sont plutôt les
projets concernant l’irrigation, les barrages qui
m’intéressent, mais malheureusement, je n’ai pas trouvé,
lors de cette semaine, d’occasions de mettre en avant les
applications pratiques », indique Gabbar.
Ce genre de conférences donne, en effet, la chance aux
participants de se mettre au courant des avancées dans le
domaine de l’eau, surtout pour ceux qui viennent des pays
africains isolés des grands événements. C’est le cas de
Laura Sustersic, Allemande qui vit en Zambie et qui
travaille pour la Coopération allemande pour le
développement. « La semaine est pour nous une occasion
géniale d’être au courant de toutes les nouveautés dans le
domaine de l’eau, une chance qui nous manque en Afrique »,
déplore Laura.
La problématique biocarburants
Qui dit sécheresse donc dit réchauffement et qui dit
réchauffement implique inévitablement la question des
biocarburants, dont la production à grande échelle est très
gourmande en eau.
En effet, les biocarburants ont été étudiés de près car le
problème lié à l’eau concerne directement la production des
cultures nécessaires à ces sources d’énergie, au détriment
de la production des cultures nécessaires à la nutrition de
la population. Cela veut dire que produire des carburants
qui respectent l’environnement et éradiquent la pollution
pourra entraîner des famines parmi certains peuples. Selon
le professeur Jan Lundquist, président du comité du
programme scientifique au SIWI, cette question de
biocarburant a fait l’objet d’un séminaire le 12 août, comme
il a été également abordé le jour d’après. « Les discussions
ont révélé qu’il y aura une compétition entre la terre et
l’eau ou plus précisément entre la production de la
nourriture et celle des cultures nécessaires pour produire
les biocarburants et la bioénergie. Si la demande des
biocarburants augmente vite, cela veut dire qu’il y aura
beaucoup plus de terrains et beaucoup plus d’eau utilisés
pour produire les biocarburants et par conséquent, il ne
restera que moins de terrains et moins d’eau pour la culture
de la nourriture ainsi que pour subvenir aux besoins de
l’écosystème », prévient le professeur Lundquist.
Il a de même ajouté que la situation dans le monde implique
que la demande d’énergie est en augmentation constante. «
D’ici 2040 ou 2050, la demande pour toutes sortes
d’énergies, biologique, fossile ou même nucléaire, sera
multipliée par 3 ».
Par ailleurs, avec l’intitulé « Dépêchez-vous ! 2,6
milliards de gens font la queue pour les toilettes », la
semaine mondiale de l’eau a aussi voulu avec humour attirer
l’attention sur l’urgence de développer les installations
sanitaires dans les pays dépourvus. Les statistiques
révèlent que la moitié de la population mondiale n’a pas
accès à des réseaux d’égout. Et cette affaire a fait le
sujet d’un séminaire organisé par le programme de l’eau des
Nations-Unies UN-Water en vue de préparer le plan d’action
de l’année internationale de l’assainissement 2008. Ainsi
que de nombreux autres thèmes, parmi lesquels la question
des investissements par les banques et les entreprises dans
le secteur de l’eau ou encore la coopération entre Etats
voisins sur la gestion de l’eau.
Des sujets variés donc, riches, illustrés par des chercheurs
aguerris, en mal cependant d’actions concrètes ... .
Dalia
Abdel-Salam