UNESCO.
L’Egypte se mobilise pour soutenir la candidature de son
ministre de la Culture, Farouk Hosni, au poste de directeur
général, vacant en 2009. Le chemin est encore long mais les
intellectuels sont confiants.
Une chance pour la culture arabe
L’Egypte
a pris de court tout le monde en devenant le premier pays à
présenter son candidat, l’actuel ministre de la Culture,
Farouk Hosni, à la direction générale de l’Unesco. Assurée
actuellement par le Japonais Koichiro Matsuura, la direction
de la prestigieuse agence des Nations-Unies pour
l’éducation, la science et la culture basée à Paris, sera
vacante en 2009, mais le processus de nomination s’ouvre dès
maintenant.
Lors d’une conférence de presse la semaine dernière, Farouk
Hosni a annoncé la formation de son équipe de campagne
regroupant sept intellectuels bien connectés dans les
sphères culturelles arabes et internationales. L’équipe
regroupe notamment le président de l’Union des écrivains
arabes, Mohamed Salmawy, le président de l’Organisme des
antiquités Zahi Hawas, et l’ancien diplomate Moustapha
Al-Fiqi. Hosni a insisté sur le fait que sa candidature
devra bénéficier de l’unanimité arabe « pour éviter les
mauvaises tactiques des dernières élections lorsque l’Egypte
et l’Arabie saoudite ont présenté chacune son candidat, ce
qui a dispersé les voix du bloc arabe au sein de
l’organisation ».
En 2003, Matsuura a été élu face à 11 autres candidats dont
le Saoudien Ghazi Al-Qosseibi et l’Egyptien Ismaïl
Séragueddine. Ce dernier n’était pas officiellement soutenu
par l’Egypte, qui s’est engagée au sein de la Ligue arabe en
faveur du candidat saoudien. Le sujet sera mis sur la table
lors de la réunion des ministres arabes des Affaires
étrangères, prévue le 5 septembre, et celle des ministres
arabes de la Culture, prévue en Algérie en novembre. La
diplomatie égyptienne est déjà active auprès des ambassades
et des organisations internationales pour assurer un soutien
international à la candidature de Hosni. Déjà les messages
confidentiels de soutien sont annoncés. « Le président
Moubarak s’est entendu avec son homologue français à propos
de ma candidature. Le soutien initial de la France est de
bon augure, surtout que la France est le siège de l’Unesco,
mais c’est un travail de longue haleine », a dit Hosni.
Mais, tout en comptant sur les bonnes relations qu’il a
tissées au cours de sa carrière à la tête du ministère de la
Culture, et bien avant, Farouk Hosni met surtout en avant le
soutien officiel de l’Egypte, notamment les contacts
diplomatiques. Les intellectuels sont optimistes quant aux
chances de Hosni de l’emporter, d’autant plus que ce n’est
pas la première fois que l’Egypte voit l’un des siens à la
tête d’une instance internationale. De 1992 à 1996, Boutros
Boutros-Ghali a occupé le poste de secrétaire général des
Nations-Unies, actuellement, un autre Egyptien, Mohamad
Al-Baradeï, est à la tête de l’Agence internationale de
l’énergie atomique. Mais cette fois, c’est de la culture
arabe qu’il s’agit, une culture qui a besoin plus que jamais
d’être mise en avant et réintroduite en Occident. L’Unesco
s’intéresse à la préservation du patrimoine mondial, mais
aussi se donne pour mission de « construire la paix dans
l’esprit des hommes à travers l’éducation, la science, la
culture et la communication ».
Un bon choix
L’écrivain Gamal Al-Ghitani estime que ce serait un grand
intérêt pour la culture arabe. « Quelles que soient les
divergences personnelles ou idéologiques qui opposent Farouk
Hosni à un nombre d’intellectuels, ces derniers doivent le
soutenir pour occuper ce poste. Il y a grand intérêt à voir
un Arabe occuper ce poste », a-t-il affirmé. « Vu la
personnalité du ministre, ses réalisations au service de la
culture, et ses relations avec beaucoup d’intellectuels de
calibre international, je crois que c’est un bon choix »,
insiste Al-Ghitani. En effet, les experts de l’Unesco ont
connaissance de l’œuvre de Hosni dans la restauration des
antiquités égyptiennes, la rénovation et la construction de
musées et son travail pour sauver Le Caire fatimide et ses
sites menacés suite au tremblement de terre qui a frappé le
pays en 1992. « C’est l’ancien président de l’Unesco,
Federico Mayor, qui m’a donné l’idée de proposer ma
candidature à la fin de son mandat en 2002 », confie Hosni.
Née le 16 novembre 1945, Farouk Hosni est le ministre le
plus ancien de l’actuelle équipe gouvernementale.
Diplômé de beaux-arts, il a séjourné plusieurs années en
Europe pour pratiquer son art. Dans les années 1970, il
devient tour à tour président du bureau culturel attaché à
l’ambassade égyptienne à Paris, président de l’Académie
égyptienne des arts à Rome, avant d’être nommé ministre de
la Culture en 1987. A ceux qui ont interprété l’investiture
de Hosni comme un moyen de l’évincer en douceur, le ministre
a rétorqué : « Le poids que me confère mon poste est
important pour faire campagne, même s’il y a d’ici là un
remaniement ministériel, il est logique que je sois épargné.
Je suis le candidat de l’Egypte ».
Chérif Albert