Diplomatie.
Tandis qu’une conférence internationale sur la paix au
Proche-Orient doit se tenir en automne, l’Egypte a décidé de
suspendre provisoirement sa médiation entre le Fatah et le
Hamas afin d’accroître la pression sur le groupe islamiste.
Le Caire accentue la pression
L’Egypte
a arrêté sa médiation dans le conflit inter-palestinien. Ce
ne sont pas des bruits qui courent mais les propos du chef
de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbass. Interrogé à
propos d’une médiation égyptienne dans le bras de fer qui
oppose le Fatah au Hamas, Abou-Mazen a répondu : « Il n’y a
aucune médiation. Le Hamas doit d’abord rétablir la
situation dans le secteur de Gaza et la ramener à ce qu’elle
était avant son occupation. A ce moment-là seulement, on
pourra parler de médiation ». L’Egypte s’est toujours posée
en tant que médiateur, d’une part dans le conflit israélo
palestinien et d’autre part entre les factions
palestiniennes. C’est dans ce contexte que plusieurs
réunions élargies ont été tenues au Caire entre le Hamas et
le Fatah. Une délégation sécuritaire égyptienne se trouvait
en permanence à Gaza. Le Caire a contribué dans une large
mesure au rapprochement des points de vue entre les deux
groupes rivaux et à la formation du gouvernement d’union
nationale. Mais les récents événements et la chute de la
bande de Gaza aux mains du Hamas ont changé la donne. En
effet, ni Mahmoud Abbass ni l’Egypte ne souhaitent que des
contacts soient menés dans l’immédiat avec le Hamas. Car
ceci aurait pour conséquence de sortir le groupe islamiste
de son isolement. « L’Egypte souhaite bien sûr reprendre ses
efforts de médiation entre les différentes parties
palestiniennes, mais à condition que les deux camps cessent
la violence », affirme une source diplomatique qui a requis
l’anonymat. Et de poursuivre : « Nous avons besoin de temps
pour calmer les esprits et créer un climat adéquat pour
mener une médiation entre le Hamas et l’Autorité
palestinienne et régler les différends ». En réalité,
l’objectif est de soumettre le Hamas à un maximum de
pressions. Depuis les confrontations sanglantes entre le
Fatah et le Hamas, la chute du secteur de Gaza aux mains du
Hamas et la dissolution du gouvernement d’union nationale,
le Hamas est soumis à un impitoyable blocus militaire et
économique par Israël. Sans compter que tous les ponts sont
coupés entre le groupe islamiste et la communauté
internationale. Tandis qu’une conférence internationale sur
la paix au Proche-Orient, organisée à l’initiative des
Etats-Unis, doit se tenir en automne, la décision du Caire
apparaît comme une tentative visant à affaiblir le Hamas
afin que celui-ci se plie aux conditions du président Abbass.
Le Caire estime en effet que le facteur temps joue contre le
Hamas. Engager des négociations immédiatement avec le Hamas
reviendrait à lui donner l’occasion de « respirer ». Ce
désengagement de l’Egypte est donc une manœuvre tactique
visant à accroître la pression sur le Hamas. Mais Le Caire
ne tardera pas à renouer avec son rôle de médiateur. Un rôle
dicté par ses intérêts dans la région. Si Le Caire souhaite
mettre le Hamas sous pression, il ne veut pas totalement
exclure le groupe islamiste. L’Egypte s’inquiète en effet de
la détérioration de la situation dans les territoires
palestiniens, qui pourrait se répercuter négativement sur l’Egypte
notamment sur le plan sécuritaire.
D’autre part, la situation humanitaire dans les territoires
palestiniens est elle aussi source d’inquiétude pour l’Egypte.
Le Caire ne peut se permettre d’abandonner son statut de
médiateur, qui fait de lui un interlocuteur important dans
la région. Un désengagement de l’Egypte signifierait qu’elle
perde du terrain au profit de la Jordanie et de l’Arabie
saoudite.
Chérif Ahmed