Privatisation .
En charge de ce très sensible dossier,
Mahmoud Mohieddine,
ministre de l’Investissement, conteste les accusations dont
il est l’objet et réaffirme son plan de gestion des actifs
du secteur public.
« Les contestataires lancent des idées
sans réfléchir aux faisabilités économiques »
Al-Ahram
Hebdo : Les critiques vont bon train sur l’accélération du
programme de privatisation depuis votre nomination en
juillet 2004. Que dites-vous de la récente montée de la
contestation contre la privatisation ?
Mahmoud Mohieddine : Je veux dire qu’à peine 7 entreprises
publiques ont été vendues depuis ma nomination. Alors que la
réduction du nombre des entreprises publiques est surtout
due à des fusions. J’annonce dès maintenant que la plus
grande vague de fusions aura lieu en 2008. Elle visera à
renforcer de grandes entreprises et aussi à sauver les
petites. Outre ces 7 ventes, 6 entreprises vendues dans un
premier temps au secteur privé sont revenues sous la tutelle
du ministère et 5 d’entre elles ont été vendues aux Unions
des employés. La sixième, Qaha, avait été vendue à un
investisseur principal qui l’a mal géré. Je pouvais très
bien ne pas la reprendre, surtout qu’elle n’a pas été vendue
quand j’étais aux commandes. Mais mon travail n’est pas
simplement de vendre les entreprises. Il consiste à bien
gérer les actifs de l’Etat, ce qui peut parfois signifier
faire appel à davantage d’investissements en cas de besoin.
— Mais certains de ces nouveaux investissements publics sont
mal perçus. Comme, par exemple, la construction d’un hôtel
public dans un village de Sohag. Comme si cela était le plus
urgent dans le gouvernorat le plus pauvre d’Egypte …
— Sohag avait vraiment besoin de cet hôtel, des
investisseurs qui ont des projets dans les zones
industrielles de Sohag ne trouvent pas de lieu pour
séjourner. De plus, l’existence de cet hôtel peut également
mener à un épanouissement touristique de la région, surtout
qu’elle dispose d’importants monuments pharaoniques. Cet
hôtel permettra de relancer l’activité économique dans cette
zone.
— Ne croyez-vous pas que c’est trop attendre d’un hôtel ?
N’est-il pas indispensable qu’il y ait une vision plus
globale concernant les investissements à Sohag ?
— L’hôtel n’est pas le seul projet à Sohag. Le plus
important sera la construction d’une autoroute reliant les
gouvernorats d’Assiout et de Sohag au port de Safaga, sur la
mer Rouge. Les travaux de ce projet ont déjà commencé et les
ressources nécessaires lui ont déjà été allouées. En plus,
le gouvernement va construire un port dans le village de
Balyana, où l’hôtel sera construit, outre trois écoles,
comme l’a réclamé le gouverneur de Sohag. Par ailleurs, on
s’attend à ce que des investisseurs viennent réaliser des
projets dans le domaine du textile et de l’agroalimentaire à
Sohag, vu les cultures qui y existent en plus des avantages
que le gouvernement accorde aux investisseurs à leurs
projets dans le Sud. A cela s’ajoute que les sommes allouées
à la construction de l’hôtel ne sont pas énormes, il s’agit
de quelque 40 millions de L.E., et sa gestion sera accordée
au secteur privé.
— Quelques privatisations récentes, comme celle de la Banque
du Caire, vous ont valu des critiques acharnées. Des voix
ont d’ailleurs appelé à une souscription publique à la place
de la vente à un investisseur étranger de cette entité.
Qu’en dites-vous ?
— C’est un appel des plus illogiques. Les contestataires
lancent des idées sans réfléchir aux faisabilités
économiques. Les règles de souscription en Bourse ne
permettent pas une souscription publique pour la totalité
des actions de la banque. Moi, je ne regrette pas ces
privatisations malgré toutes ces critiques. Je crois qu’il
s’agit de bonnes décisions du point de vue économique. La
vente de Omar Effendi m’a valu de fortes critiques mais je
suis convaincu que le gouvernement n’a pas besoin de gérer
des chaînes de magasins de détail. Le problème en Egypte est
qu’il est difficile de mener une vraie discussion. Tout est
sujet au préjugé : la privatisation est du gaspillage et la
vente à un investisseur étranger est une trahison.
Propos recueillis par
Marwa Hussein