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 Semaine du 22 au 28 août 2007, numéro 676

 

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Dossier

Zoo de guiza. Le « Tea Island », lieu exceptionnel de détente et comble du raffinement lors de l’âge d’or du zoo, a beaucoup perdu de son lustre, sans être tout à fait dénué d’agrément.

Un certain charme

Un salon de thé, c’est une tradition à l’européenne, peut-être à l’anglaise, peut-on dire. C’est l’expression d’un art de vivre raffiné qui diffère bien du café populaire. C’est ce qui a fait que le khédive Ismaïl, fasciné par l’Europe et mettant en œuvre le plan de son Jardin zoologique, dans le cadre de sa modernisation du Caire et de ses environs, a décidé de consacrer une place de choix à ce type d’établissement. « Tea Island » est le nom que porte cet endroit jusqu’à nos jours avec ses particularités historiques et esthétiques. Dans cette immense surface qu’est le zoo, il n’est pas facile pour un non initié de trouver « Tea Island » parce que le zoo, censé être le lieu d’une véritable liberté d’action, n’offre pas d’itinéraire fixe. De toute façon, autrefois, on pouvait y accéder directement, par une entrée qui se trouve à l’ouest du zoo, en face des bâtiments de l’Université du Caire. Après avoir fait quelques pas, on se trouvait devant« l’île du thé ». Aujourd’hui, cette entrée est condamnée et il faut aller au hasard pour atteindre cet eldorado.

Faisons un petit flash-back. Cette île était le lieu favori de la classe aristocratique. et de la haute bourgeoisie. Selon les chroniques, les gens de cette sphère s’y rendaient régulièrement, sans même s’intéresser à visiter le zoo. Il suffisait de s’asseoir, de parler, de prendre un thé, un café, un jus ou une « gazeuse » comme on le disait dans le temps, de grignoter des gâteaux et de se détendre dans cette île, jouissant d’un paysage naturel très impressionnant. L’endroit est une île véritable entourée d’eau de tous les côtés. Il est relié au reste du zoo par des ponts d’une facture architecturale magnifique.

Le lac des cygnes

Dans le lac, des cygnes, tout blancs, s’envolent en groupe dans l’air et atterrissent aussi en groupe au centre de l’île. Les canards et les oies nagent également dans cette étendue d’eau avec élégance, faisant parfois des queues et des ronds.

Mais ce qui avait distingué cet endroit plus que d’autres, c’était le calme. Un calme qui demeure salutaire. Kamal se souvient de ces visites lorsqu’il était enfant. Un vrai parcours du combattant, après avoir regardé les animaux en cage, les reptiles, les crocodiles et les autres « monstres », le comble étant « le repas des fauves » : image sanglante. Le repos, la détente, c’était le « Tea Island », avec ses canards et ses cygnes.

Outre le lac, un autre panorama très splendide s’offre aux visiteurs. Boire le thé et contempler ce kiosque royal, prenant la forme d’une couronne, la gabalaya (grotte) artificielle, nommée celle de la création et réalisée par un architecte français Compas pour être un lieu de rencontre des artistes qui veulent s’inspirer de la nature.

Lieu d’inspiration

L’île de granit, tout en face du « Tea Island » où le sol est recouvert presque en majorité de granit, renferme la plus ancienne fontaine en ce matériau, datant de 1891. Cette île était aussi un lieu d’inspiration, pour la plupart des poètes et des écrivains, comme, par exemple, Naguib Mahfouz. Dans ses Rêves de convalescence, on peut lire « Je me vois au zoo en compagnie d’une amie. Nous sommes installés sur l’île du thé. A chaque rugissement, à chaque beuglement, à chaque aboiement, nous nous approchons de plus en plus l’un de l’autre pour finir par nous fondre complètement l’un dans l’autre ».

L’île a été à maintes reprises choisie par les réalisateurs, notamment de films romantiques comme ceux joués par Kamal Al-Chennawi et Faten Hamama, et des comédies hilarantes aussi avec Ismaïl Yassine, souvent un gardien de fauves à qui il arrive des mésaventures. Tout cela est-il révolu ? Ces films et ces romans deviendront-ils le seul témoignage de cette beauté perdue de l’île ? Dans quel état se trouve-t-elle aujourd’hui ? Bien que tous les éléments de l’endroit existent, le lac, la grotte, les canards, la négligence est facile à remarquer comme dans toutes les autres parties du zoo. Le calme, qui a été la source de toute inspiration, est perdu avec le son des cassettes et les bavardages bruyants des visiteurs. « Cette particularité de l’endroit, on la voit mais on ne la sent plus », affirme un vieil habitué du jardin. A ce brouhaha vient s’ajouter la malpropreté. Les tentes qui couvrent l’endroit sont déchirées et poussiéreuses, et les chaises sont usées. Des enfants jettent du pain aux canards, mais aussi des déchets, sans la moindre surveillance.

Cela dit, le lieu attire encore des nostalgiques. Ahmad Omar, comptable, explique qu’il vient pour se détendre, accompagné de sa famille, après avoir effectué une longue tournée dans le zoo : « Bien qu’il ait perdu de son éclat d’auparavant, cet endroit offre toujours un paysage esthétique unique qu’on ne trouve nulle part ailleurs ». Rania Saïd, ingénieure immigrée depuis une vingtaine d’années au Canada avec son mari, a été tout à fait choquée par l’état de l’île. Elle qui conserve des souvenirs d’antan n’oublie jamais le paysage des garçons en djellaba toute blanche avec une ceinture rouge, présentant un service de qualité. Aujourd’hui, elle trouve de la difficulté à apprécier cet endroit. Elle s’interroge avec amertume : « Où en sommes-nous des travaux de restauration pour conserver ce patrimoine architectural ? Les responsables auraient dû mieux faire pour attirer des touristes ».

Mais où sont les touristes dans cet endroit ? Le seul qui se trouve est de nationalité yéménite, posant son caméscope éteint sur la table. Et quand on lui demande son avis sur l’endroit, il nous répond : « Voyez le lac comment il est malpropre ! Les canards aussi, leur couleur est grise de poussière ».

Aliaa Al-Korachi
Ahmed Loutfi

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Am Abdel-Razeq,
le doyen des gardiens

A 65 ans, il est fidèle à son poste et se lie d’affection avec les singes dont il s’occupe depuis 40 ans. Parcours.

Son sourire lance un message d’amitié. Sur son visage maigre se dessine beaucoup de volonté et son esprit actif et dynamique ne l’a pas quitté en dépit. Sa profession semble cocasse pour le profane : être le gardien des singes. Mais pour lui, cela va bien au-delà de l’idée comique que l’on se fait des singes. Pour ces animaux, il est le dompteur, le consolateur, le dirigeant et le compagnon. Quand il passe, les animaux hurlent pour le saluer.

Il se souvient : « J’ai travaillé au zoo dès l’âge de 16 ans. Au début, j’avais un contrat à durée déterminée. Un jour, Nasser a proclamé que tout ouvrier sera recruté avec des contrats permanents, et voilà j’ai bénéficié de cette déclaration dès le 8/8/1959 ».

Une histoire qui défie le temps. Il passe avec les animaux plus de temps que chez lui. Son motif n’est pas seulement le devoir, mais aussi une amitié que ses compagnons lui rendent : « Si par hasard je prends un ou deux jours de congé, quand je reviens, je trouve les bêtes tristes comme si elles voulaient me dire où tu étais ? On s’aime ».

Am Abdel-Razeq s’occupe d’eux un à un. Une guenon était stérile pour longtemps et enfin elle a accouché d’un petit. Il en a été tellement ravi qu’il a tout quitté pour être aux petits soins pour elle.

Tout n’est certainement pas féerique : « Un jour, un singe m’a mordu et je suis allé à l’hôpital. Cet accident n’a pas affecté l’amitié que je garde pour lui. Je suis un être humain ».

Mais arrive-t-il à comprendre leur langage ? Il semble que oui. Lorsqu’ils ont les poils dressés, c’est qu’ils sont en colère. L’expérience qu’il tient à transmettre à la nouvelle génération, puisque Abdel-Razeq, ce père de 6 enfants, est le chef des nouveaux gardiens. D’ailleurs, les officiels lui ont rendu hommage. Il en parle avec une fierté mêlée de joie : « L’administration a convoqué les chefs gardiens, je suis allé avec mes collègues tout en croyant qu’il s’agissait de nous donner des instructions. C’est alors que j’ai appris qu’ils allaient me rendre hommage, j’avais une grande joie au cœur. Mes copains m’ont entouré et m’ont embrassé ».

Un plaisir dans son métier qui fait que son départ à la retraite dans un an l’attriste. Avec beaucoup de chagrin, il dit : « Je n’arrive pas à imaginer que je vais un jour quitter ces animaux ». Il ajoute qu’il tombe dans une tristesse profonde au cas de décès d’un des singes comme s’il a perdu l’un de ses amis.

Ce dont il souffre après plus que de 40 ans au zoo ? Les visiteurs actuels, surtout les jeunes. Am Abdel-Razeq condamne leur insolence. D’après lui, non seulement ils ne respectent pas les animaux, mais aussi les hommes âgés comme lui .Autrefois, ce n’était pas le cas, le vocabulaire même a changé, aujourd’hui les gens l’appellent parfois d’une façon humiliante. Am Abdel-Razeq évoque cet écart entre le présent et le passé avec un regret évident. Dégradation des mœurs. Mais qu’en est-il de celle du zoo lui-même ? Il ne la reconnaît pas. Le parc reste pour lui le meilleur.

Mavie Maher

 




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