Al-Ahram Hebdo, Dossier | Splendeur ternie
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 22 au 28 août 2007, numéro 676

 

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Dossier

Zoo de guiza . La petite jungle revient sur le devant de la scène après maints faits divers. Lieu de promenade des plus fréquentés, il souffre d’un certain laisser-aller qui attend d’être résolu.

Splendeur ternie

Voilà 117 ans qu’il s’étend ici au carrefour entre Le Caire et Guiza. Il faut franchir le Nil après le quartier de Manial en direction de l’Université du Caire, et juste à gauche de la fameuse statue de Nahdet Misr (la renaissance de l’Egypte) de Mahmoud Mokhtar se dresse la première entrée du zoo. Il faudrait peut-être faire le tour des 50 feddans (un feddan = 0,42 ha) qui restent de sa surface principale pour repérer l’entrée principale des « jardins des délices ». C’est ainsi qu’il était appelé par les habitants du harem à l’époque du khédive Ismaïl, le petit-fils de Mohamad Ali pacha.

Ismaïl qui arrive à la tête de l’Egypte voulait marquer l’inauguration du Canal de Suez en 1869 par d’autres événements : l’Opéra du Caire et l’ouverture du premier zoo de la région. Mais finalement, celle-ci n’aura lieu que 22 ans plus tard, après le départ du khédive.

Des lions, des tigres, des reptiles, des éléphants, des rhinocéros, des crocodiles, des singes, des flamands roses, des cigognes, des paons, rien ne manquait à ce parc. Et avec ses animaux variés, ses plantes rares, ses lacs, ses passerelles, ses mosaïques et ses cailloux colorés, le zoo d’Egypte devient le quatrième au monde.

Aujourd’hui, les Egyptiens ont perdu ce rang mondial. Une dégradation de la petite jungle oblige. Celle-ci ne fait-elle pas la une de la presse, des faits divers en particulier ? Deux chameaux, d’une espèce rare du Maroc, ont été trouvés dépecés en plein zoo. Le mystère secoue le pays avec des rumeurs de toutes sortes allant du vol à la magie noire. Du coup, le directeur du zoo a été limogé avant que la police n’annonce qu’un boucher à court d’argent était derrière l’histoire. Enveloppé par la nuit, il pénètre dans le jardin, égorge le chameau, le découpe en morceaux avant de disparaître. Même si l’hypothèse semble invraisemblable, l’état des animaux dans ce zoo laisse à désirer. Certains sont morts à cause du climat et de l’inexistence de moyens d’acclimatation, alors que d’autres sont morts de manière naturelle mais ont laissé un vide important. Où est la progéniture ? Elle n’existe pas. A Guiza, la girafe était un mâle. Il existait une femelle à Alexandrie. On a pensé à raccommoder leur sort, mais comme des parents jaloux, les responsables ici et là n’ont pas réussi à s’entendre. Question de dot comme chez les humains ? De routine ? Toujours est-il que le temps de négocier et de renégocier, le mâle est mort. Et Guiza s’est trouvé privé de ce bel animal au long cou et qui va l’amble.

Certes, le gouvernement a décidé d’agir. Un couple de girafes devra être acheté avec la bagatelle de 1 million 140 000 L.E. Malgré cela, on ne peut parler d’une vraie détente. Il suffit d’aller au zoo un jour de fête. On dirait que ce sont les animaux qui observent ahuris cette marée humaine. 500 000 visiteurs parfois à l’Aïd. C’est un mouled, on chante, on danse, tambours en main, musique bruyante, on emmène toutes sortes de nourriture. Pour le besoin du spectacle, on donne tout le temps à manger aux animaux. Le gardien, lui, ne se préoccupe que du pourboire qu’il prendra en laissant les enfants se photographier en train de nourrir les bêtes. Celles-ci, en majorité, sont prisonnières de petites cages. Le zoo, qui était à l’origine le plus important d’Afrique, est aujourd’hui totalement dépassé. C’est uniquement en nombre de visiteurs qu’il arrive premier. Avec 10 millions de visiteurs par an, il double celui de Bronx, à New York, et douze fois plus qu’à Vincennes, près de Paris.

Certains avantages sont éclipsés par un état éprouvant dans d’autres cas. Une tortue de 300 ans, c’est très bien, mais des lions derrière des barreaux, tournant en rond dans 2 mètres carrés, c’est lamentable. International Ford Animals Welfare, organisation internationale qui s’occupe des animaux dans le monde, avait envoyé une délégation pour faire un état des lieux du zoo et tenter d’améliorer la situation de ses « résidents ». L’organisation a fait quelques recommandations qui n’ont été que partiellement exécutées. Cela concerne plus les passerelles, le « Tea Island » (lire page 5) mais rien de significatif n’a été fait pour les animaux, pour lesquels le zoo a été installé.

On continue parfois à en faire des bêtes savantes, comme dans un manège. Comme ce chimpanzé à qui on donne une canette de Coca, qu’il décapsule, avale et puis aplatit avant de la basculer. La scène se répète toutes les dix minutes et ne semble en rien déranger personne. Tant et si bien que M. le chimpanzé souffre de psychopathie, de symptômes mentaux curieux. L’autruche, quant à elle, souffre d’une obésité extraordinaire. Elle ne cesse de manger. Pour le gardien, elle a simplement bon appétit. De quoi donner de la crédibilité aux critiques des organisations internationales. Ainsi des propositions faites par des vétérinaires et zoologistes égyptiens privilégient-elles la construction d’un nouveau zoo hors de la capitale sur une surface de 500 feddans au moins, dix fois plus que celle du parc actuel. Il serait doté de tous les moyens et équipements technologiques sophistiqués permettant le plaisir aux visiteurs tout en préservant les animaux. Comme si le problème était de nature technique et non pas de culture, voire en rapport avec la politique générale du pays. Une dégradation qui correspond à celle qui a eu lieu dans tous les autres secteurs.

La question de l’argent et du financement revient au premier plan. Plusieurs idées sont lancées : augmenter le prix du billet d’entrée, très modique, sans oublier que c’est le seul endroit de divertissement de la grande majorité du peuple. Organiser une campagne de collecte de fonds comme pour l’hôpital pour enfants cancéreux 57357 est une autre idée. Comme si les Egyptiens avaient pour devoir de rassembler de l’argent pour compenser les failles dont les gestionnaires sont responsables. Les administrateurs du zoo estiment qu’il faut que Mme Moubarak en personne intervienne pour mener la campagne, comme elle le fait pour La Lecture pour tous. Dans ce pays où la privatisation devient le principal mot d’ordre, pourquoi le zoo y échapperait-il ? Difficile à admettre il est vrai, puisque comme nous venons de dire, les familles n’ont presque pas d’autres lieux de sortie. Mais on vous argumentera que l’absence de moyens reste un obstacle infranchissable. C’est le discours habituel des responsables.

De quoi alimenter les rumeurs les plus folles. La plus tenace que sont relayées les journaux indépendants et d’opposition est celle du futur achat du terrain du zoo par le prince saoudien Walid Ibn Talal, qui financerait, lui, un autre dans une banlieue du Caire, la Cité du 6 octobre en l’occurrence. Cela dit, si un vent de révolte a suivi ces informations, c’est que le zoo reste un patrimoine égyptien ; le détruire pour le remplacer par du béton serait de l’aberration. Non seulement cela augmentera l’asphyxie dont souffre le Grand Caire, mais aussi toute une culture, celle de la Nahda, partira en fumée. Comme on l’a bien montré dans ce dossier : le zoo a fait partie de toute une série de modernisation.

De toute façon, rumeurs ou pas, il est certain que le zoo a besoin de retrouver sa splendeur passée. De nombreux spécialistes proposent d’en construire un second et que celui-ci soit réaménagé.

Samar Al-Gamal
Ahmed Loutfi

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Promenade khédiviale

Un véritable chef-d’œuvre, mélange d’objets sculptés et d’éléments naturels, la grotte royale est un joyau mais dont la visite se fait au compte-gouttes.

On ne peut que s’arrêter devant la merveilleuse image qui frappe aux yeux. Derrière ces grands barreaux noirs de la porte, on voit déjà apparaître un merveilleux mélange de verdure grimper sur les hauteurs rocheuses. Nous sommes à l’entrée de la grotte royale autrefois appelée la Citadelle. « Cet endroit est aujourd’hui le seul lieu historique qui soit resté inchangé dans le jardin. Il est l’unique qui n’a vraiment pas été touché », lance le gardien du lieu.

Une fois ces énormes portières ouvertes, il suffit d’y passer pour sentir que le temps a reculé de plus de cent ans. C’est en 1867 que l’architecte turc Saybus a construit cette grotte, sur ordre du khédive Ismaïl, à l’occasion de l’inauguration du Canal du Suez. Il s’agit d’une construction en pierre, incrustée de branches de coraux naturels en provenance de la mer Rouge. A l’intérieur, c’est le silence complet, aucune personne ne s’y trouve. Cela fait presque deux mois que la grotte est fermée pour des raisons de restauration. Mahmoud Yousri, directeur du secteur agricole du zoo, explique d’ailleurs que depuis cinq ans, la direction a commencé à appliquer de nouveaux règlements pour la visite de la grotte royale. Il s’agit de faire entrer les visiteurs par groupe de 20, accompagnés d’un membre de la sécurité. La durée de la visite est de 10 à 15 minutes. L’éternel problème qui se pose concernant de nombreux sites en Egypte. Plutôt les fermer que de les voir se dégrader, disent les responsables. Pas de juste milieu. Yousri justifie : « Autrefois, quand le parc était ouvert au public, les jeunes ne connaissant pas la valeur de ce lieu précieux, n’hésitaient pas à graver leurs noms ou autres graffitis sur les rocs et les sièges. On devait donc tout faire pour sauver ce lieu », dit-il. « Certains pensent que la direction a raison d’appliquer ce système. C’est un trésor qu’il faut conserver, l’histoire de ce lieu est très riche, l’entrée n’a pas été interdite mais juste réglementée », lance Ihab Ahmad, médecin qui accompagnait sa petite famille au zoo. Un point de vue qui n’est pourtant pas partagé par l’ensemble du public. « Nous avons payé des tickets pour pouvoir jouir de la journée que nous passons ici, ils n’ont donc pas le droit de nous interdire l’entrée dans cet endroit ou dans un autre », lance Kamel Moustapha, un boulanger.

La porte est franchie. Nous posons le pied sur le début d’un long passage recouvert de petites pierres et de cailloux très fins de différentes couleurs, au milieu duquel viennent se dessiner quelques formes géométriques. Des deux côtés du passage, c’est une riche diversité de cactus et de plantes rares jamais vus ailleurs. « Les plantes ici ont l’âge du jardin lui-même, c’est-à-dire environ 140 ans. On peut rarement en trouver ailleurs ». Sur la droite, un tunnel, toujours recouvert de pierres et de récifs de coraux, mène au salon principal du khédive Ismaïl. De petites ouvertures dans la grotte constituent les seules et uniques sources d’air et de lumière. « Cela a été fait exprès pour que l’ambiance y soit naturelle », explique Yousri. Ce n’est pas uniquement la lumière qui est exceptionnelle, mais aussi la température. En effet, le lieu est magique, la température en été est inférieure de 10 degrés à la température ambiante. En hiver, par contre, elle conserve la chaleur.

Au bout du tunnel, on se trouve dans le grand hall. C’est ici que le khédive Ismaïl aimait se détendre. La voix y est bien sonore, il suffit de parler à voix basse pour entendre l’écho se répandre dans tous les coins du lieu.

Juste en face de l’entrée est placé le trône du khédive, au-dessus duquel se situe la couronne royale. Sur le siège sont gravés les insignes : deux épées en croix et deux croissants des deux côtés. Alors que sur le dossier, on voit apparaître un grand croissant et trois étoiles, le drapeau égyptien d’antan. « Autrefois, il y avait devant le trône du khédive un miroir qui lui permettait de dévoiler toute personne entrant dans la grotte », raconte notre guide. Ce siège royal est entouré de deux grands aquariums. Plus loin, d’autres sièges sont marqués aussi du drapeau et parfois de la date de la création du jardin. C’est ici que pouvaient s’asseoir la garde et les proches du khédive. Une dizaine de statues représentant différents animaux sont réparties dans la grotte. « Chaque fois que le jardin accueillait un nouvel animal, le khédive ordonnait de lui faire une statue en pierre et en corail ». On y trouve des ours, le rhinocéros du Fayoum en voie de disparition et des lions ainsi que d’autres.

La partie supérieure de la grotte est très célèbre. On y a tourné des scènes d’un grand nombre de films anciens. Du haut, deux vues sont accessibles : sur la gauche, un petit lac rempli d’oies, de canards et de cygnes ; à droite, c’est un jardin splendide avec des plantes rares. La visite est terminée. Etait-ce un rêve ?.

Chaïmaa Abdel-Hamid

 




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