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Zoo de guiza .
La petite jungle revient sur le devant de la scène
après maints faits divers. Lieu de promenade des plus
fréquentés, il souffre d’un certain laisser-aller qui attend
d’être résolu.
Splendeur ternie
Voilà
117 ans qu’il s’étend ici au carrefour entre Le Caire et
Guiza. Il faut franchir le Nil après le quartier de Manial
en direction de l’Université du Caire, et juste à gauche de
la fameuse statue de Nahdet Misr (la renaissance de l’Egypte)
de Mahmoud Mokhtar se dresse la première entrée du zoo. Il
faudrait peut-être faire le tour des 50 feddans (un feddan =
0,42 ha) qui restent de sa surface principale pour repérer
l’entrée principale des « jardins des délices ». C’est ainsi
qu’il était appelé par les habitants du harem à l’époque du
khédive Ismaïl, le petit-fils de Mohamad Ali pacha.
Ismaïl qui arrive à la tête de l’Egypte voulait marquer
l’inauguration du Canal de Suez en 1869 par d’autres
événements : l’Opéra du Caire et l’ouverture du premier zoo
de la région. Mais finalement, celle-ci n’aura lieu que 22
ans plus tard, après le départ du khédive.
Des
lions, des tigres, des reptiles, des éléphants, des
rhinocéros, des crocodiles, des singes, des flamands roses,
des cigognes, des paons, rien ne manquait à ce parc. Et avec
ses animaux variés, ses plantes rares, ses lacs, ses
passerelles, ses mosaïques et ses cailloux colorés, le zoo
d’Egypte devient le quatrième au monde.
Aujourd’hui, les Egyptiens ont perdu ce rang mondial. Une
dégradation de la petite jungle oblige. Celle-ci ne
fait-elle pas la une de la presse, des faits divers en
particulier ? Deux chameaux, d’une espèce rare du Maroc, ont
été trouvés dépecés en plein zoo. Le mystère secoue le pays
avec des rumeurs de toutes sortes allant du vol à la magie
noire. Du coup, le directeur du zoo a été limogé avant que
la police n’annonce qu’un boucher à court d’argent était
derrière l’histoire. Enveloppé par la nuit, il pénètre dans
le jardin, égorge le chameau, le découpe en morceaux avant
de disparaître. Même si l’hypothèse semble invraisemblable,
l’état des animaux dans ce zoo laisse à désirer. Certains
sont morts à cause du climat et de l’inexistence de moyens
d’acclimatation, alors que d’autres sont morts de manière
naturelle mais ont laissé un vide important. Où est la
progéniture ? Elle n’existe pas. A Guiza, la girafe était un
mâle. Il existait une femelle à Alexandrie. On a pensé à
raccommoder leur sort, mais comme des parents jaloux, les
responsables ici et là n’ont pas réussi à s’entendre.
Question de dot comme chez les humains ? De routine ?
Toujours est-il que le temps de négocier et de renégocier,
le mâle est mort. Et Guiza s’est trouvé privé de ce bel
animal au long cou et qui va l’amble.
Certes,
le gouvernement a décidé d’agir. Un couple de girafes devra
être acheté avec la bagatelle de 1 million 140 000 L.E.
Malgré cela, on ne peut parler d’une vraie détente. Il
suffit d’aller au zoo un jour de fête. On dirait que ce sont
les animaux qui observent ahuris cette marée humaine. 500
000 visiteurs parfois à l’Aïd. C’est un mouled, on chante,
on danse, tambours en main, musique bruyante, on emmène
toutes sortes de nourriture. Pour le besoin du spectacle, on
donne tout le temps à manger aux animaux. Le gardien, lui,
ne se préoccupe que du pourboire qu’il prendra en laissant
les enfants se photographier en train de nourrir les bêtes.
Celles-ci, en majorité, sont prisonnières de petites cages.
Le zoo, qui était à l’origine le plus important d’Afrique,
est aujourd’hui totalement dépassé. C’est uniquement en
nombre de visiteurs qu’il arrive premier. Avec 10 millions
de visiteurs par an, il double celui de Bronx, à New York,
et douze fois plus qu’à Vincennes, près de Paris.
Certains avantages sont éclipsés par un état éprouvant dans
d’autres cas. Une tortue de 300 ans, c’est très bien, mais
des lions derrière des barreaux, tournant en rond dans 2
mètres carrés, c’est lamentable. International Ford Animals
Welfare, organisation internationale qui s’occupe des
animaux dans le monde, avait envoyé une délégation pour
faire un état des lieux du zoo et tenter d’améliorer la
situation de ses « résidents ». L’organisation a fait
quelques recommandations qui n’ont été que partiellement
exécutées. Cela concerne plus les passerelles, le « Tea
Island » (lire page 5) mais rien de significatif n’a été
fait pour les animaux, pour lesquels le zoo a été installé.
On continue parfois à en faire des bêtes savantes, comme
dans un manège. Comme ce chimpanzé à qui on donne une
canette de Coca, qu’il décapsule, avale et puis aplatit
avant de la basculer. La scène se répète toutes les dix
minutes et ne semble en rien déranger personne. Tant et si
bien que M. le chimpanzé souffre de psychopathie, de
symptômes mentaux curieux. L’autruche, quant à elle, souffre
d’une obésité extraordinaire. Elle ne cesse de manger. Pour
le gardien, elle a simplement bon appétit. De quoi donner de
la crédibilité aux critiques des organisations
internationales. Ainsi des propositions faites par des
vétérinaires et zoologistes égyptiens privilégient-elles la
construction d’un nouveau zoo hors de la capitale sur une
surface de 500 feddans au moins, dix fois plus que celle du
parc actuel. Il serait doté de tous les moyens et
équipements technologiques sophistiqués permettant le
plaisir aux visiteurs tout en préservant les animaux. Comme
si le problème était de nature technique et non pas de
culture, voire en rapport avec la politique générale du
pays. Une dégradation qui correspond à celle qui a eu lieu
dans tous les autres secteurs.
La question de l’argent et du financement revient au premier
plan. Plusieurs idées sont lancées : augmenter le prix du
billet d’entrée, très modique, sans oublier que c’est le
seul endroit de divertissement de la grande majorité du
peuple. Organiser une campagne de collecte de fonds comme
pour l’hôpital pour enfants cancéreux 57357 est une autre
idée. Comme si les Egyptiens avaient pour devoir de
rassembler de l’argent pour compenser les failles dont les
gestionnaires sont responsables. Les administrateurs du zoo
estiment qu’il faut que Mme Moubarak en personne intervienne
pour mener la campagne, comme elle le fait pour La Lecture
pour tous. Dans ce pays où la privatisation devient le
principal mot d’ordre, pourquoi le zoo y échapperait-il ?
Difficile à admettre il est vrai, puisque comme nous venons
de dire, les familles n’ont presque pas d’autres lieux de
sortie. Mais on vous argumentera que l’absence de moyens
reste un obstacle infranchissable. C’est le discours
habituel des responsables.
De quoi alimenter les rumeurs les plus folles. La plus
tenace que sont relayées les journaux indépendants et
d’opposition est celle du futur achat du terrain du zoo par
le prince saoudien Walid Ibn Talal, qui financerait, lui, un
autre dans une banlieue du Caire, la Cité du 6 octobre en
l’occurrence. Cela dit, si un vent de révolte a suivi ces
informations, c’est que le zoo reste un patrimoine égyptien
; le détruire pour le remplacer par du béton serait de
l’aberration. Non seulement cela augmentera l’asphyxie dont
souffre le Grand Caire, mais aussi toute une culture, celle
de la Nahda, partira en fumée. Comme on l’a bien montré dans
ce dossier : le zoo a fait partie de toute une série de
modernisation.
De toute façon, rumeurs ou pas, il est certain que le zoo a
besoin de retrouver sa splendeur passée. De nombreux
spécialistes proposent d’en construire un second et que
celui-ci soit réaménagé.
Samar
Al-Gamal
Ahmed Loutfi
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Promenade khédiviale
Un véritable chef-d’œuvre, mélange d’objets sculptés et
d’éléments naturels, la grotte royale est un joyau mais dont
la visite se fait au compte-gouttes.
On ne peut que s’arrêter devant la merveilleuse image qui
frappe aux yeux. Derrière ces grands barreaux noirs de la
porte, on voit déjà apparaître un merveilleux mélange de
verdure grimper sur les hauteurs rocheuses. Nous sommes à
l’entrée de la grotte royale autrefois appelée la Citadelle.
«
Cet endroit est aujourd’hui le seul lieu historique qui soit
resté inchangé dans le jardin. Il est l’unique qui n’a
vraiment pas été touché », lance le gardien du lieu.
Une fois
ces énormes portières ouvertes, il suffit d’y passer pour
sentir que le temps a reculé de plus de cent ans. C’est en
1867 que l’architecte turc Saybus a construit cette grotte,
sur ordre du khédive Ismaïl, à l’occasion de l’inauguration
du Canal du Suez. Il s’agit d’une construction en pierre,
incrustée de branches de coraux naturels en provenance de la
mer Rouge. A l’intérieur, c’est le silence complet, aucune
personne ne s’y trouve. Cela fait presque deux mois que la
grotte est fermée pour des raisons de restauration. Mahmoud
Yousri, directeur du secteur agricole du zoo, explique
d’ailleurs que depuis cinq ans, la direction a commencé à
appliquer de nouveaux règlements pour la visite de la grotte
royale. Il s’agit de faire entrer les visiteurs par groupe
de 20, accompagnés d’un membre de la sécurité. La durée de
la visite est de 10 à 15 minutes. L’éternel problème qui se
pose concernant de nombreux sites en Egypte. Plutôt les
fermer que de les voir se dégrader, disent les responsables.
Pas de juste milieu. Yousri justifie : « Autrefois, quand le
parc était ouvert au public, les jeunes ne connaissant pas
la valeur de ce lieu précieux, n’hésitaient pas à graver
leurs noms ou autres graffitis sur les rocs et les sièges.
On devait donc tout faire pour sauver ce lieu », dit-il. «
Certains pensent que la direction a raison d’appliquer ce
système. C’est un trésor qu’il faut conserver, l’histoire de
ce lieu est très riche, l’entrée n’a pas été interdite mais
juste réglementée », lance Ihab Ahmad, médecin qui
accompagnait sa petite famille au zoo. Un point de vue qui
n’est pourtant pas partagé par l’ensemble du public. « Nous
avons payé des tickets pour pouvoir jouir de la journée que
nous passons ici, ils n’ont donc pas le droit de nous
interdire l’entrée dans cet endroit ou dans un autre »,
lance Kamel Moustapha, un boulanger.
La porte
est franchie. Nous posons le pied sur le début d’un long
passage recouvert de petites pierres et de cailloux très
fins de différentes couleurs, au milieu duquel viennent se
dessiner quelques formes géométriques. Des deux côtés du
passage, c’est une riche diversité de cactus et de plantes
rares jamais vus ailleurs. « Les plantes ici ont l’âge du
jardin lui-même, c’est-à-dire environ 140 ans. On peut
rarement en trouver ailleurs ». Sur la droite, un tunnel,
toujours recouvert de pierres et de récifs de coraux, mène
au salon principal du khédive Ismaïl. De petites ouvertures
dans la grotte constituent les seules et uniques sources
d’air et de lumière. « Cela a été fait exprès pour que
l’ambiance y soit naturelle », explique Yousri. Ce n’est pas
uniquement la lumière qui est exceptionnelle, mais aussi la
température. En effet, le lieu est magique, la température
en été est inférieure de 10 degrés à la température ambiante.
En hiver, par contre, elle conserve la chaleur.
Au bout
du tunnel, on se trouve dans le grand hall. C’est ici que le
khédive Ismaïl aimait se détendre. La voix y est bien sonore,
il suffit de parler à voix basse pour entendre l’écho se
répandre dans tous les coins du lieu.
Juste en
face de l’entrée est placé le trône du khédive, au-dessus
duquel se situe la couronne royale. Sur le siège sont gravés
les insignes : deux épées en croix et deux croissants des
deux côtés. Alors que sur le dossier, on voit apparaître un
grand croissant et trois étoiles, le drapeau égyptien
d’antan. « Autrefois, il y avait devant le trône du khédive
un miroir qui lui permettait de dévoiler toute personne
entrant dans la grotte », raconte notre guide. Ce siège
royal est entouré de deux grands aquariums. Plus loin,
d’autres sièges sont marqués aussi du drapeau et parfois de
la date de la création du jardin. C’est ici que pouvaient
s’asseoir la garde et les proches du khédive. Une dizaine de
statues représentant différents animaux sont réparties dans
la grotte. « Chaque fois que le jardin accueillait un nouvel
animal, le khédive ordonnait de lui faire une statue en
pierre et en corail ». On y trouve des ours, le rhinocéros
du Fayoum en voie de disparition et des lions ainsi que
d’autres.
La
partie supérieure de la grotte est très célèbre. On y a
tourné des scènes d’un grand nombre de films anciens. Du
haut, deux vues sont accessibles : sur la gauche, un petit
lac rempli d’oies, de canards et de cygnes ; à droite, c’est
un jardin splendide avec des plantes rares. La visite est
terminée. Etait-ce un rêve ?.
Chaïmaa
Abdel-Hamid
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