Turquie .
Bien qu’il n’ait pas réussi à être élu dès le premier tour
des présidentielles, Abdullah Gul demeure le grand favori
des élections. Sa victoire semble certaine au troisième
tour.
Chronique d’une victoire annoncée
Après
des mois de crise politique, le premier tour des élections
présidentielles s’est déroulé, lundi dernier, au Parlement
turc pour désigner le 11e président de la République élu
pour 7 ans, un processus qui devrait aboutir à l’élection du
ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gul, candidat du
parti au pouvoir issu de la mouvance islamiste. Le scrutin à
bulletin secret n’a débuté qu’après que le président du
Parlement, Koksal Toptan, eut constaté que le quorum de 367
députés — soit les deux tiers du Parlement — était bien
atteint.
Bien que considéré comme le grand favori des élections, le
chef de la diplomatie turque, quasiment assuré de devenir le
prochain président de la République, n’est pas parvenu,
lundi, à être élu dès le premier tour. Selon le président du
Parlement, M. Gul a recueilli les voix de 341 députés, alors
qu’une majorité des deux tiers, soit 367 voix sur 550, était
requise. Parallèlement, les deux autres candidats,
Sabahattin Cakmakoglu, du Parti de l’action nationaliste
(MHP, nationaliste), et Huseyin Tayfun Içli, du Parti de la
gauche démocratique (DSP, centre-gauche), ont obtenu
respectivement 70 et 13 voix. Un résultat attendu selon les
analystes. « Déjà, il était peu probable que Gul soit élu
dès le premier ou même le deuxième tour du scrutin prévu
vendredi, l’AKP ne disposant pas des 367 voix requises, soit
les deux tiers des 550 députés. Il devrait cependant être
élu sans problème lors du troisième tour le 28 août, quand
une majorité absolue de 276 voix suffira. Détenant 340
sièges sur 550 au Parlement, l’AKP pourra sans problème
élire M. Gul au troisième tour », estime Hani Raslane,
expert politique.
Déjà, une première candidature de M. Gul au printemps
s’était soldée par une grave crise politique — les milieux
attachés à la laïcité refusant de voir un politicien qu’ils
accusent de vouloir islamiser le pays accéder à la
magistrature suprême — et l’invalidation du scrutin faute de
quorum, l’opposition ayant boycotté le vote. Cette crise a
conduit à la convocation d’élections législatives
anticipées, remportées haut la main (46,5 % des voix) le 22
juillet par l’AKP du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan,
et de M. Gul. Une victoire qui a renforcé la légitimité
d’une nouvelle candidature du chef de la diplomatie.
Selon les experts, Abdullah Gul semble être l’unique
candidat à la présidentielle car les chances des deux
candidats auxquels il fait face sont très faibles. « La
candidature de ces deux hommes est plutôt symbolique. Il
fallait des candidats devant Gul à la présidentielle. Mais,
lui, sa victoire est bien acquise », explique Hani Raslane.
Pourtant, la participation de deux partis de l’opposition à
l’élection avait tout de même servi à M. Gul, car au moins
il avait écarté l’hypothèse d’une nouvelle invalidation de
l’élection faute de quorum, en dépit du boycott décrété une
fois encore par le Parti républicain du peuple (CHP,
centre-gauche), fort de 99 députés.
Une fois Gul élu président, l’enjeu serait de taille même si
le chef de l’Etat turc occupe des fonctions largement
symboliques. Il suffit de dire que le président nomme les
hauts fonctionnaires d’institutions-clés, tels les juges de
la Cour constitutionnelle, et a un droit de regard sur les
lois adoptées par le Parlement. « L’élection de Gul marquera
un tournant décisif dans l’histoire de la Turquie, car il
serait le premier président aux racines islamistes dans
l’histoire de la Turquie contemporaine », déclare M.
Raslane.
Aussi, les « faucons » du camp laïque craignent que M. Gul,
une fois président, nomme des islamistes dans les
institutions assurant le respect de la laïcité, comme la
Cour constitutionnelle ou le Conseil de l’enseignement
supérieur. Ils s’indignent également du fait que la femme de
M. Gul, Hayrunnisa, porte le voile islamique « Le fait que
la femme du président porte le voile est fort critiqué par
les laïcs, car déjà le voile est interdit aux employées, aux
étudiantes et aux femmes des militaires, alors comment la
femme du président le porte ? De toute façon, c’est
l’attitude de Gul qui décidera de son avenir politique.
Déjà, Erdogan, issu lui aussi du camp islamiste, a réussi à
se procurer une large popularité parmi les Turcs grâce à ses
réformes économiques et à son souci de satisfaire aux laïcs
», analyse Hani Raslane.
Marchant sur les traces d’Erdogan, M. Gul s’est évertué
cette semaine à calmer le camp laïque, lui promettant que
son principe serait de défendre et de renforcer les
principes de la laïcité inscrits dans la Constitution,
affirmant avoir abandonné toute référence à l’islam
politique. Il a bien plus affirmé son engagement dans le
domaine de la politique étrangère de son pays, contrairement
à son prédécesseur, Ahmad Necdet Sezer, qui est resté peu
actif dans ce domaine. Le futur président a enfin promis de
poursuivre le processus d’intégration de son pays dans
l’Union européenne, un rêve qui hante toujours le peuple
turc.
Maha
Al-Cherbini