Al-Ahram Hebdo,Monde | Chronique d’une victoire annoncée
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 Semaine du 22 au 28 août 2007, numéro 676

 

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Turquie . Bien qu’il n’ait pas réussi à être élu dès le premier tour des présidentielles, Abdullah Gul demeure le grand favori des élections. Sa victoire semble certaine au troisième tour.

Chronique d’une victoire annoncée

Après des mois de crise politique, le premier tour des élections présidentielles s’est déroulé, lundi dernier, au Parlement turc pour désigner le 11e président de la République élu pour 7 ans, un processus qui devrait aboutir à l’élection du ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gul, candidat du parti au pouvoir issu de la mouvance islamiste. Le scrutin à bulletin secret n’a débuté qu’après que le président du Parlement, Koksal Toptan, eut constaté que le quorum de 367 députés — soit les deux tiers du Parlement — était bien atteint.

Bien que considéré comme le grand favori des élections, le chef de la diplomatie turque, quasiment assuré de devenir le prochain président de la République, n’est pas parvenu, lundi, à être élu dès le premier tour. Selon le président du Parlement, M. Gul a recueilli les voix de 341 députés, alors qu’une majorité des deux tiers, soit 367 voix sur 550, était requise. Parallèlement, les deux autres candidats, Sabahattin Cakmakoglu, du Parti de l’action nationaliste (MHP, nationaliste), et Huseyin Tayfun Içli, du Parti de la gauche démocratique (DSP, centre-gauche), ont obtenu respectivement 70 et 13 voix. Un résultat attendu selon les analystes. « Déjà, il était peu probable que Gul soit élu dès le premier ou même le deuxième tour du scrutin prévu vendredi, l’AKP ne disposant pas des 367 voix requises, soit les deux tiers des 550 députés. Il devrait cependant être élu sans problème lors du troisième tour le 28 août, quand une majorité absolue de 276 voix suffira. Détenant 340 sièges sur 550 au Parlement, l’AKP pourra sans problème élire M. Gul au troisième tour », estime Hani Raslane, expert politique.

Déjà, une première candidature de M. Gul au printemps s’était soldée par une grave crise politique — les milieux attachés à la laïcité refusant de voir un politicien qu’ils accusent de vouloir islamiser le pays accéder à la magistrature suprême — et l’invalidation du scrutin faute de quorum, l’opposition ayant boycotté le vote. Cette crise a conduit à la convocation d’élections législatives anticipées, remportées haut la main (46,5 % des voix) le 22 juillet par l’AKP du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, et de M. Gul. Une victoire qui a renforcé la légitimité d’une nouvelle candidature du chef de la diplomatie.

Selon les experts, Abdullah Gul semble être l’unique candidat à la présidentielle car les chances des deux candidats auxquels il fait face sont très faibles. « La candidature de ces deux hommes est plutôt symbolique. Il fallait des candidats devant Gul à la présidentielle. Mais, lui, sa victoire est bien acquise », explique Hani Raslane. Pourtant, la participation de deux partis de l’opposition à l’élection avait tout de même servi à M. Gul, car au moins il avait écarté l’hypothèse d’une nouvelle invalidation de l’élection faute de quorum, en dépit du boycott décrété une fois encore par le Parti républicain du peuple (CHP, centre-gauche), fort de 99 députés.

Une fois Gul élu président, l’enjeu serait de taille même si le chef de l’Etat turc occupe des fonctions largement symboliques. Il suffit de dire que le président nomme les hauts fonctionnaires d’institutions-clés, tels les juges de la Cour constitutionnelle, et a un droit de regard sur les lois adoptées par le Parlement. « L’élection de Gul marquera un tournant décisif dans l’histoire de la Turquie, car il serait le premier président aux racines islamistes dans l’histoire de la Turquie contemporaine  », déclare M. Raslane.

Aussi, les « faucons » du camp laïque craignent que M. Gul, une fois président, nomme des islamistes dans les institutions assurant le respect de la laïcité, comme la Cour constitutionnelle ou le Conseil de l’enseignement supérieur. Ils s’indignent également du fait que la femme de M. Gul, Hayrunnisa, porte le voile islamique « Le fait que la femme du président porte le voile est fort critiqué par les laïcs, car déjà le voile est interdit aux employées, aux étudiantes et aux femmes des militaires, alors comment la femme du président le porte ? De toute façon, c’est l’attitude de Gul qui décidera de son avenir politique. Déjà, Erdogan, issu lui aussi du camp islamiste, a réussi à se procurer une large popularité parmi les Turcs grâce à ses réformes économiques et à son souci de satisfaire aux laïcs », analyse Hani Raslane.

Marchant sur les traces d’Erdogan, M. Gul s’est évertué cette semaine à calmer le camp laïque, lui promettant que son principe serait de défendre et de renforcer les principes de la laïcité inscrits dans la Constitution, affirmant avoir abandonné toute référence à l’islam politique. Il a bien plus affirmé son engagement dans le domaine de la politique étrangère de son pays, contrairement à son prédécesseur, Ahmad Necdet Sezer, qui est resté peu actif dans ce domaine. Le futur président a enfin promis de poursuivre le processus d’intégration de son pays dans l’Union européenne, un rêve qui hante toujours le peuple turc.

Maha Al-Cherbini

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