Théâtre.
La cinquième édition du Festival de Saqiet Abdel-Moneim
Al-Sawi vient de s’achever en mettant la lumière sur des
troupes qui oscillent entre maîtrise et amateurisme.
Exister à défaut de percer
Par
une présence accentuée au Festival de théâtre de Saqiet
Abdel-Moneim Al-Sawi, qui s’est déroulé du 12 au 20 août,
une trentaine de troupes étaient à la recherche d’un lieu de
représentation, d’une adhésion du public et d’une
reconnaissance loin d’une légitimité d’habitude conférée par
les organismes officiels de l’Etat. C’est ce que leur a
prodigué le centre culturel privé de Saqiet Al-Sawi. Un
centre qui a tenu son pari d’encourager toute activité
artistique et culturelle. « Le festival ouvre ses portes
pour accueillir toute troupe théâtrale sans discrimination
entre amateur ou professionnel. A Saqiet Abdel-Moneim
Al-Sawi, on ne cherche qu’à promouvoir le mouvement théâtral
des jeunes. D’où la profusion de manifestations organisées
tout au long de l’année : les Festivals du monodrame, du
mime, des statues humaines, etc. Mais le Festival du théâtre
a pour caractéristique de se tenir sous un large éventail,
sans privilégier un thème particulier ou des critères
dramatiques ou artistiques exigeants. Tout spectacle est
retenu d’après l’approbation du comité de sélection »,
souligne Ahmad Ramzi, coordinateur du festival.
Sur les planches des salles d’Al-Hekma et d’Al-Nahr, vingt
pièces de théâtre se sont jouées, marquant la naissance de
nouvelles troupes de jeunes. Loin d’être des professionnels,
ces jeunes se contentent seulement de jouer, réciter plutôt
des dialogues, adopter quelques slogans politiques, changer
de costumes, créer un mouvement banal, et avoir recours à
des symboles usés … On parle d’amateurs, de jeunes
universitaires et de membres de centres de jeunesse.
La
troupe Sawt biladi (la voix de mon pays) fondée en 2004, a
donné Naassa, une pièce de théâtre qui puise dans les
histoires folkloriques de Naassa et Ayoub. Le tout était
agrémenté d’un certain élan patriotique, rappelant le
rapport avec la guerre, la défaite et les Israéliens d’une
manière trop directe. Et dans un jeu relevé de narration, la
metteur en scène Wafaa Abdallah a eu recours à la
performance vocale de plusieurs comédiens, faisant résonner
l’écho de leur énonciation. Mais le spectacle fut pauvre au
niveau du décor et de l’éclairage.
Quant à Ahdarouni leih (pourquoi ils m’ont convoqué) de la
troupe Les jeunes du Maad, ce fut un cocktail d’effets
humoristiques, d’anecdotes et de farces extravagantes,
visant à transmettre l’idée d’un héros perdu. Le message
lancé soudainement à la fin du spectacle est qu’il faut
avoir une position dans la vie !
De son côté, la troupe de la faculté de polytechnique du
Caire a donné Malatesta (mal de tête) qui a déjà été primée
au cours de la compétition du théâtre universitaire, et une
deuxième production de Raas Al-Mamlouk Gaber. La troupe est
familière du festival, puisqu’elle a déjà participé à sa
deuxième édition et a remporté le prix du meilleur
spectacle. Avec un budget limité, les comédiens ont réussi à
faire monter leur spectacle loin des planches calfeutrées de
l’université. « Pour nous, le festival est une bonne
occasion d’être jugé par des critiques et des
professionnels. Il donne juste le feu vert à une troupe de
théâtre pour exister. Pour nous, c’est un festival de jeunes
qui nous prépare ensuite à participer à d’autres festivals
plus autonomes et indépendants tels Rawabet et Les jeunes
créateurs, du CFCC. En plus, en gagnant un prix, nous aurons
la chance de mieux financer nos productions », explique
Ahmad Sobhi, chef de la troupe. Cependant, dans Malatesta,
on remarque un manque d’intonation, une faiblesse de voix et
de respiration. On assiste à de pures récitations sans
panache.
Le thème de la guerre est à nouveau exploré dans Sarab
(mirage) de la troupe Lamsa, dans une ambiance de dépression
totale. Un frère y séquestre sa sœur, l’empêchant de vivre
sa vie loin de leur maison. L’écriture dramatique de ce
texte manque de logique. Mais le décor fait de cordes, telle
une toile d’araignée, et l’éclairage rougeâtre significatif
reproduisent l’atmosphère de séquestration.
C’est dans Le Cousu de Notre-Dame donnée par la troupe VIP,
qu’on note une véritable mise en scène et plus ou moins un
effort de jeu. « Le centre d’Al-Saqiet nous a imposé la
règle de deux couleurs d’éclairage seulement, à l’instar des
autres troupes. Ce qui était vraiment frustrant pour notre
création. En plus, la salle d’Al-Nahr est un théâtre en
plein air qui n’est pas bien équipé pour une représentation
théâtrale », explique le metteur en scène, Wessam Al-Madani.
Il n’y a pas de coulisses pour que les comédiens se
changent. Ils étaient obligés de faire déplacer le décor
devant le public.
Au niveau de l’organisation, on note une certaine faiblesse
sur le plan des équipements acoustiques, outre l’éclairage.
S’ajoutent à cela le retard et le désordre dans le programme
annoncé.
Finalement, les prix décernés par les critiques Nehad
Séleiha, Sameh Mahrane et le metteur en scène Hani Motawie
constituent un certain espoir pour ces jeunes, les
valorisant, mais ce n’est plus suffisant pour donner du
ressort au théâtre voulu.
May
Sélim