Concert.
Une troupe de cinq jeunes Cairotes du nom de Cairokee chante
sa ville fétiche dans une musique qui combine le rock’n’roll
à la musique orientale, et les accents d’un dialecte
frétillant.
Le rock s’invite au Caire
«
Vous connaissez le karaoké, on supprime les paroles du
chanteur initial et on chante avec sa musique. Nous suivons
le même principe, sauf que nos chansons embrassent les
contours et l’intimité du Caire, notre ville adorée »,
explique Amir Eid, le chanteur de la troupe Cairokee
composée de quatre musiciens, Ahmad Bahaa, Tamer Hachem,
Chérif Hawari et Hakim.
En 2003, cette troupe a vu le jour après de longs
entraînements commencés par les musiciens depuis l’âge de 14
ans. Ils ont gratté leur guitare avec les vibrations propres
aux chansons de Pink Floyd et de Nirvana. « Amis pour la
plupart d’entre nous depuis l’enfance, nous avons décidé de
jouer de la musique avant même de penser à former la troupe
», raconte Amir. Ainsi, démarrant par un penchant accentué
pour les influences du rock occidental, la troupe
n’a-t-elle pas tardé à le mêler à l’héritage musical
oriental et égyptien. C’est lors de leur tout premier
concert sous le nom de Black Star (étoile noire) que les
membres ont décidé de chanter en arabe, associant au rock
fort et puissant les percussions de la
tabla pour produire une ambiance aux couleurs familières,
mais en même temps différentes.
Cairokee use d’un répertoire propre de chansons, à
l’exception de trois chansons écrites par le poète Ahmad
Fouad Negm, auquel ses membres vouent une admiration
inconditionnelle, à savoir : Al-Foul wal lahma (les fèves et
la viande), Valéry Giscard d’Estaing et Mickey.
Les paroles des chansons écrites le plus souvent par
plusieurs d’entre eux reflètent leur vécu et les situations
qu’ils affrontent tous les jours. « Nous sommes le miroir du
monde dans lequel nous vivons. Nous ne chantons pas des
paroles absurdes, ou empruntées à la philosophie, nous
chantons les choses que nous voyons et expérimentons. Nos
paroles n’ont rien de poétique à part la rime, elles sont
proches des expressions du langage courant », explique avec
fougue Ahmad Bahaa, le percussionniste de la troupe.
Les chansons relatent de petites histoires, le plus souvent
critiquent un comportement, une situation, une pratique de
la société et de la classe à laquelle ces jeunes
appartiennent. Cela se traduit clairement dans leur chanson
Ya Salam ya man (Oh ! Gars !) dans
laquelle ils critiquent le langage des jeunes de leur
classe. « Insistant bien sur le mot classe, on chante,
reflète et critique la classe à laquelle on appartient et ce
serait de l’hypocrisie de prétendre autre chose », ajoute
Ahmad Bahaa. « Nous pouvons chanter les ruelles, les
demeures populaires, les mœurs, la poussière, mais avec
notre apparence et nos manières, pourrions-nous être
convaincants ? Nous chantons notre vie avec tous ses détails
qui nous façonnent et tous les bonheurs et les malheurs que
nous ressentons ».
Cela est bien vrai puisque leur chanson Al-Bent al-nemsawiya
(la fille autrichienne) est l’histoire d’une fille
autrichienne qui a brisé le cœur de l’un d’entre eux. « Nous
n’avons pas honte de l’avouer tout franchement, c’est notre
vie de tous les jours, pourquoi donc se voiler la face et
chanter dans l’absurde ? Nous chantons la vie, ça plaît au
public et c’est l’essentiel », proclame très fièrement Amir
Eid.
Avec le rock qui est une musique très expressive, des
paroles très crues et des personnalités attachantes,
Cairokee se fraye sans encombres un chemin proche du cœur du
public et il faut le dire, son auditoire est de plus en plus
large. Avec l’obstination et l’ardeur de la jeunesse qui
prendront de la maturité en
chemin, la troupe galvanise de toute évidence un changement
qui s’ébroue dans le fond.
Dina
Abdel-Hakim