Al-Ahram Hebdo, Arts | Un geste de cohésion
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 Semaine du 22 au 28 août 2007, numéro 676

 

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Arts

Cinéma. Dans sa dernière comédie Keda Réda, le cinéaste Ahmad Galal travaille les conditions de liberté d’action, mais en même temps de fusion de trois frères, dans un monde sous l’emprise de l’intérêt personnel. Une démarche qui plaît au public estival.

Un geste de cohésion

Un des plaisirs stimulant à voir un film est de constater l’assemblage de rôles, l’articulation de performances et d’interrogations plus amples s’y rapportant. C’est le cas dans le film Keda Réda avec la récurrence de l’interprétation d’Ahmad Helmi de trois jumeaux qui portent le même prénom, Réda. Ce pour tenter de saisir chez l’un et l’autre, quoique de manière différente, le rapport de soi à l’autre, interroger inévitablement les hypothèses unificatrices pour réactiver nos systèmes de référence et nos modèles de pensée.

Ce qui saute aux yeux, c’est de voir à quel point le scénariste Ahmad Fahmi a de l’ambition pour le comédien Ahmad Helmi, en lui écrivant des rôles non dénués de sens, le mettant face à des défis physiques et émotionnels marquants. On passe la première partie du film avec les trois frères Réda, cherchant chacun à se construire une identité avec ses rêves, sa vision et une réalité distincte de celle de l’autre, tout en demeurant proche d’elle.

Semsem, le premier des trois frères, coincé dans sa timidité et une certaine rigidité, se crée un monde imaginé à travers une correspondance soutenue avec des internautes. Plus fragile, il a envie de plaire et a une obéissance presque de fils à père vis-à-vis de son frère Le Prince, musclé et plus confiant en lui-même. Absorbé par sa complexité, Semsem pense qu’il est capable de l’initier à faire le pont, à sortir de lui-même. Quant au troisième frère, Bibo, il est complètement libre, privilégiant le monde farfelu des fans du club de foot Ahli.

Toutefois, le metteur en scène leur donne une manière d’être qui peut tenir la route et conférer un sens à leur vie. Ils vivent d’escroquerie, de bluff et d’exploitation des autres à leurs fins. Leur grande force est leur règle de jeu : « Pas de sentimentalisme, d’émotions. Juste survivre ». Car comment vivre à tous les trois dans la peau d’une identité unique. Il faut donc sacrifier l’individuel pour le collectif. C’est essentiellement une recherche, une question de vie. Lorsqu’un fruit tombe, il faut passer à un autre fruit pour donner vibration à une réalité difficile à réaliser, partager une même identité.

Coup de foudre

Cependant, Ahmad Galal se sert de la difficulté d’être du plus fragile, Semsem, pour faire une étincelle, en l’occurrence l’étincelle se produit entre Semsem et Nada (Menna Chalabi). Etant un peu sur l’à côté, il ne comprend pas ce qui lui arrive. C’est une idylle qui se noue entre les deux, où pointe l’espoir pour les trois jumeaux de se donner un peu. Or, se donner c’est éreintant comme une danseuse qui serait continuellement sur la pointe des pieds. Un coup de foudre pour Nada les anime tous les trois d’une force qui perturbe le cours des événements. L’alternance de leur passion passive et de brusques élans qui les caractérisent donne au film son rythme vibrant, mêlant la farce au lyrsime. Ainsi, le cinéaste brise-t-il la règle des trois frères : l’antisentimentalisme, amenant le spectateur à réfléchir sur un malaise lié à des trahisons, faiblesses. Il dessine les plans, il est très précis sur la façon dont il compose son puzzle et où il veut parvenir. N’empêche que les trois personnages s’autorisent des pauses, s’arrêtent en chemin pour s’accorder un bon repas, affronter des problèmes communs avec une mine hilare et tirent régulièrement eux-mêmes à pile ou face pour décider de la suite des événements. Le film ne cesse de jouer de leur phase d’indétermination à sacrifier leur passion commune pour Nada afin de conserver leur union.

Mais, il fallait établir un état créatif à partir d’une absence, d’espaces blancs que creuse le cinéaste sur les caractères des trois jumeaux, leurs racines, leur milieu, à partir de récits livrés par Semsem à un psy, Soliman (Khaled Al-Sawi), qui le soigne de son peu d’assurance en lui-même. Pour qu’au moment où intervient le drame inattendu de la trahison de Nada, qui a passé une alliance avec Soliman pour détourner l’argent des trois frères, Semsem se construit une nouvelle liberté, dans la discrétion, devenant le maître qui mène le jeu et rétablit l’union des trois frères comme une partition musicale précise et orchestrée. C’est une situation nouvelle pour le comédien Ahmad Helmi où la caméra entre dans son corps pour trouver une liberté de démarche pour chacun des personnages qu’il interprète et en même temps un lien qui leur est intrinsèque.

Le cinéaste affirme ainsi une nouvelle capacité de changer la vie. Dans la société, pieuvre qui répand son encre noire et enserre l’individu de ses tentacules institutionnelles, il refonde l’identité de l’individu dans l’union à ses semblables, qui lui attribue un contrôle sur son environnement, et lui permet d’écarter les mailles d’un tissu de sombres conventions où priment l’intérêt privé et le profit tout court. Dans le cadre strict du cinéma d’été, Keda Réda introduit un idéalisme romantique qui ne se soucie que de la cohésion d’un groupe de trois frères, c’est sa noblesse, avec la contribution d’Ahmad Helmi qui exalte ici, fragilise ou renforce là les ressources dramatiques de son interprétation réussie.

Amina Hassan

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