Le compte à rebours a commencé
Salama A. Salama
Il
semble que le compte à rebours du grand changement
impatiemment attendu a effectivement commencé. En témoigne
le transfert du pouvoir au sein du PND assuré de manière
tout à fait naturelle démentant ainsi toute suspicion de
transmission héréditaire du pouvoir.
D’ailleurs, il semble que Safouat Al-Chérif, secrétaire
général du parti, a été chargé de mener à bien cette mission
suivant des pas minutieusement calculés. Tout a commencé
avec sa déclaration disant que la 9e conférence du PND
prévue en novembre prochain ouvrira la porte aux
candidatures désireuses de briguer le poste de président du
parti. Une première. D’autant plus que jamais le président
du parti n’a été élu au suffrage direct restreint à ses
membres. Il a fait une autre déclaration qui prête plus à
confusion incitant les jeunes cadres à se débarrasser de la
vieille garde qui contrôle les destinées du parti depuis
bien longtemps. Ceci insinue-t-il qu’Al-Chérif en personne
et les autres dirigeants du même rang vont céder la place
aux jeunes cadres ?
Les pas dans le sens du changement longuement prôné ont
effectivement été entrepris en appelant à la tenue des
élections du parti de la base au sommet. Ceci sous-entend
deux possibilités :
La première est que le président Moubarak ne propose pas sa
candidature à la présidence du parti, laissant ainsi
l’occasion à un ou deux autres jeunes candidats, dont on
peut deviner les noms. Dans ce cas, la présidence du parti
pourra être dissociée de la présidence de l’Etat et donc le
titre de président honorifique attribué à Moubarak n’aura
plus lieu d’être. La mission sera assignée au nouveau clan
de la commission des politiques, armée d’une nouvelle pensée
et capable de redessiner les contours des politiques en
harmonie avec leurs orientations. Des mesures qui préparent
le terrain aux élections parlementaires de 2010 et plus tard
aux présidentielles de 2011.
La deuxième possibilité est que la candidature du président
Moubarak soit proposée de nouveau sans une concurrence
réelle dans le cadre d’une application purement formelle du
statut du parti. Dans ce cas-là on suppose que le résultat
est connu au préalable et qu’il n’y aura pas besoin de se
débarrasser de la vieille garde.
En l’absence de toute transparence, les éventualités du
changement prôné qui s’imposent se limitent aux deux
précitées. D’ailleurs, ce sont seulement les membres du PND
qui s’intéressent à la tournure que prendraient les
événements d’autant plus qu’ils s’avèrent être les seuls
bénéficiaires du parti. Cette analyse peut au même titre
avoir un grand impact sur les personnes désirant voir le
changement démocratique se concrétiser. D’autant plus
qu’elle sera un indice révélateur de l’avenir de la vie
politique en Egypte à un moment où les partis d’opposition
et des autres forces politiques souffrent d’une grande
faiblesse.
Partant,
il est logique de croire que si nos appels incessants à la
nécessité de séparer la présidence du parti de la présidence
de l’Etat voient le jour, un grand pas sera réalisé dans le
sens de la réforme politique. Dans ce cas précis, le
président de l’Etat deviendra celui de tous les Egyptiens,
abstraction faite de leurs appartenances partisanes
politiques ou confessionnelles, sans discrimination aucune.
Même si nous supposons que le fils du président lui
succédera à la tête du parti, le chef de l’Etat ne sera plus
celui du parti. De quoi réaliser l’équilibre prôné entre les
forces et les partis politiques, limiter l’alignement des
organismes de l’Etat au PND et à ses leaders.
On ne
peut prévoir si le prochain changement sera réel.
Ouvrira-t-il la voie à une évolution de la situation ou bien
maintiendra-t-il le statu quo ?
Les mois
qui viennent répondront sûrement à toutes ces questions en
suspens et détermineront le sort de nombreuses agitations
internes et régionales .