Comment accéder à l’Unesco ?
Mohamed Salmawy
Jamais
dans l’histoire de l’Unesco depuis sa création en 1946, le
candidat au poste de directeur général ne l’a emporté sans
avoir été soutenu par les finances et l’influence de son
Etat. Nombreux ont été les candidats ayant voulu accéder au
poste sans y être parvenus, pour la simple raison que leur
pays n’a pas déployé l’effort requis pour les faire
triompher.
Ainsi, le fait que les candidats au poste de directeur
général de l’Unesco n’y accédant pas devient un échec
infligé à l’Etat, avant que ce ne soit un échec personnel du
candidat. Nous avons été témoins de ce scénario au moment de
la candidature de Dr Ismaïl Seragueddine, qui disputait ce
poste au cours des élections précédentes de l’an 2000. A
cette époque, l’Egypte s’est tenue à l’écart et ne s’y est
pas investie à cause d’une promesse qu’elle avait faite de
soutenir le candidat arabe, qui était le poète Saoudien
Ghazi Al-Qosseibi, ambassadeur du Royaume à Londres.
Aujourd’hui, le cas est différent. On a vu le gouvernement
prendre l’initiative et proposer la candidature de son
ministre de la Culture, l’artiste Farouk Hosni, ce
contrairement à la candidature de Seragueddine, qui était
une initiative personnelle. Et puisque la candidature de
Hosni a été proposée longtemps à l’avance, il est logique
qu’aucun autre Etat arabe ne propose de candidat pour éviter
la dispersion des voix du groupe arabe, au sein du conseil
exécutif qui comprend les 85 Etats disposant du droit de
vote sur un total de 192.
Cet
appui arabe, qui doit être le point de départ, ne viendra
pas automatiquement. L’Egypte devra négocier avec les pays
frères et obtenir leur soutien pour son candidat officiel,
comme l’a fait auparavant l’Arabie saoudite. Le moment est
venu pour que l’Arabie saoudite rende à l’Egypte son soutien
précédent. Les autres pays arabes auront également toutes
les raisons de le faire, si l’Egypte mène sa campagne
électorale — je ne dirai pas sa bataille — avec les pays
arabes d’une manière correcte.
La réunion des ministres des Affaires étrangères arabes est
prévue le 5 septembre au siège de la Ligue Arabe. J’imagine
que le ministre égyptien des Affaires étrangères pourrait
proposer, au cours de cette réunion, le nom du candidat que
l’Egypte a choisi et que le conseil des affaires étrangères
arabes approuvera par la suite. Ceci signifie que des
contacts de haut niveau devraient s’effectuer entre l’Egypte
et le reste des pays arabes frères. Des directives pour
soutenir le nom proposé devraient être effectivement données
au préalable aux ministres des Affaires étrangères.
Si l’appui arabe représente la première étape du plan
consistant à soutenir le candidat égyptien, la seconde étape
devrait être celle de s’attirer l’appui africain, qui a été
l’un des plus importants facteurs de la réussite d’un autre
candidat égyptien, qui n’est autre que Dr Boutros
Boutros-Ghali, pour accéder au poste de secrétaire général
des Nations-Unies.
L’Egypte dispose d’un crédit politique et culturel lui
permettant d’obtenir cet appui. Vient ensuite l’appui
asiatique et celui de l’Amérique latine. L’Asie a été le
concurrent n° 1 au candidat égyptien lors de la dernière
session, et elle a réussi à obtenir le poste pour son
candidat, qui était à l’époque ambassadeur à Paris et
actuellement directeur général en exercice de l’Unesco,
Koïchiro Matsuura, et qui va achever bientôt son deuxième
mandat. Il lui est donc impossible de proposer sa
candidature pour la troisième fois. L’Asie est donc plus
disposée aujourd’hui à appuyer le candidat égyptien, vu les
relations culturelles étroites que le ministre égyptien de
la Culture entretient en personne avec le Japon. Des
relations qui se sont épanouies depuis que Farouk Hosni a
tenu ce porte-feuille et qui ont commencé avec l’achèvement
de la construction du Nouvel Opéra du Caire et la plus
grande partie du financement allouée au nouveau musée
égyptien, qui sera un site culturel de grande importance et
qui marquera notre histoire moderne.
Si je me penche de manière spécifique sur le rôle pivot que
joue le Japon, ceci n’est pas uniquement dû à son poids au
sein du groupe asiatique. Mais il revient au fait que le
Japon verse, à lui seul, 18 % du budget de l’Unesco, et se
charge de 40 % du budget des projets relatifs à
l’Organisation. De quoi lui accorder un poids particulier.
Des rumeurs circulent dans les coulisses de l’Unesco, selon
lesquelles l’un des grands pays de l’Amérique latine qui est
le Brésil, songe proposer le nom du vice-directeur général
actuel de l’Organisation. Cependant, ces nouvelles n’ont pas
été favorablement accueillies à cause de certaines réserves,
que l’on ne peut pas évoquer dans cet article. L’Amérique
latine a obtenu ce poste à travers le Mexicain Jaimes Torres
Bodet qui avait présidé l’Unesco entre 1948 et 1952.
L’Afrique l’a obtenu, au même titre, à travers Amadou Mahtar
M’Bow, le Sénégalais qui a occupé le poste de 1974 à 1987,
le plus long mandat de son histoire. Sous sa présidence, les
Etats-Unis se sont retirés de l’Unesco en protestation
contre ce qu’ils ont qualifié d’animosité contre Israël,
suivis de la Grande-Bretgane et de Singapour, pour y revenir
en 2003. Les autres pays ayant présidé l’Unesco furent les
Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Italie, la France et
l’Espagne.
De là, on voit que les pays arabes, n’ont jamais occupé le
poste, même s’ils avaient le privilège, à l’encontre des
autres pays du monde, d’avoir des candidats qui se
disputaient le poste au cours de la session précédente.
Après l’appui arabe, africain, asiatique et celui de
l’Amérique latine, l’Egypte doit assurer la communication
avec les grands pays occidentaux, qui s’avèrent être le
moteur principal au sein du conseil exécutif de l’Unesco. Or
l’appui arabe et tiers-mondiste donnerait à l’Egypte le
poids nécessaire dans la confrontation avec ces pays et les
empêcherait de réitérer leur désir soutenir les candidats de
leurs autres alliés, des pays du tiers-monde, et les
amènerait à faire un équilibre entre leurs différents
alliés.
La nomination du directeur général de l’Unesco est effectuée
en vertu d’élections tenues au sein du conseil exécutif de
l’Organisation. Le lauréat doit obtenir au moins 30 voix,
d’un total de 85 qui est le nombre de tous les membres à
travers 5 séances de votes. Telle est la formule définitive
de la représentation théâtrale qui doit être impérativement
soutenue au préalable par un texte bien élaboré et des
directives comprenant tous les éléments de la présentation
théâtrale, et garantissant l’engagement de tous les acteurs
et leur respect au texte originel.
Une mission que le candidat ne peut assumer à lui seul, mais
qui dépend également de l’influence de l’Etat auquel il
appartient et sa capacité à le soutenir par l’effort et le
financement nécessaire.
D’ailleurs, certains peuvent ignorer que l’Egypte fait
partie des 20 Etats fondateurs de l’Unesco. L’effort de l’Etat
doit comprendre tous ses organismes, depuis l’institution
présidentielle, jusqu’aux différents ministères chargés des
4 domaines d’activités de l’Unesco : l’Education, les
Sciences, la Culture, ainsi que les
Télécommunications, que nous avons tendance à oublier, et
jusqu’au ministère des Affaires étrangères. Une mission pour
laquelle le Japon avait, la dernière fois, consacré, avec
succès, des millions de dollars .