Iraq.
Pressé par les Etats-Unis, le Conseil de sécurité a voté une
résolution renforçant le rôle politique de l’Onu en Iraq,
mais l’insécurité qui prévaut sur place risque de lui poser
de sérieux problèmes.
L’Onu à la rescousse de Washington
C’est
un aveu d’échec des Etats-Unis. A la demande de Washington
et de Londres, les membres du Conseil de sécurité ont voté à
l’unanimité une résolution accordant un rôle accru à la
Mission des Nations-Unies en Iraq (Manui). Et ce, malgré
l’insécurité persistante en Iraq et la réticence des
personnels de l’Onu. Les Quinze ont prorogé d’un an le
mandat de la mission, qui était venu à expiration vendredi
denier. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne souhaitent que
les Nations-Unies jouent un rôle plus important dans le
processus de stabilisation du pays.
La Manui s’occupera ainsi d’un champ d’action étendu dans
des domaines variés : politique, diplomatique, humanitaire,
droits de l’homme. Ces activités constituent le quotidien de
l’organisation internationale, mais le plus souvent dans des
situations post-conflictuelles. La résolution autorise les
Nations-Unies, à la demande du gouvernement de Nouri
Al-Maliki, à contribuer au dialogue régional sur des
questions telles que la sécurité des frontières, l’énergie
et les réfugiés.
Pour l’ambassadeur américain Zalmay Khalilzad, la résolution
1 770 montrait « qu’une page avait été tournée dans
l’histoire du rôle du Conseil de sécurité en Iraq », faisant
référence au refus de ce dernier de légitimer l’intervention
militaire en 2003. La résolution onusienne a insisté sur le
fait que « la promotion du dialogue entre les différentes
factions politiques et les groupes ethniques et religieux
faisait désormais partie des nouvelles missions des
Nations-Unies », a indiqué Khalilzad en ajoutant que la
mission internationale s’assurera un rôle de médiateur afin
de promouvoir le dialogue avec les pays voisins.
La résolution ouvre de nouvelles perspectives d’action pour
les Nations-Unies en Iraq, après quatre années où la Manui
s’est cantonnée à des missions purement humanitaires et
symboliques, comme le respect des droits de l’homme ou la
surveillance du bon déroulement des élections. Le texte
invite la Manui à « conseiller, soutenir et fournir une
assistance » aux Iraqiens dans le processus de
réconciliation nationale, engagé par le gouvernement. Les
responsables de la Manui auront également pour mission
d’aider à la mise en place de nombreuses réformes
institutionnelles depuis leur quartier général situé à
Bagdad, au cœur du quartier sécurisé de la « zone verte ».
La résolution 1 770 prévoit enfin un renforcement des
effectifs des fonctionnaires de l’Onu au sein de la Manui,
qui sont environ une cinquantaine à travailler actuellement
au sein de la capitale iraqienne. En réagissant à cette
résolution, le ministre des Affaires étrangères iraqien,
Hoshiyar Zebari, a toutefois rappelé que « toute action de
l’Onu en Iraq devrait recevoir le consentement préalable de
Bagdad ».
Bien que Washington et Londres s’en défendent, « cette
résolution est considérée comme une sorte d’aveu que les
forces américaines ont essuyé un échec cuisant à instaurer
la paix et la stabilité en Iraq. L’Onu jouera un nouveau
rôle complètement différent dans ce pays », explique le Dr
Gamal Zahran, professeur de sciences politiques à
l’Université du Canal de Suez.
Le vote du Conseil de sécurité a réjoui la Maison Blanche,
qui se sent ainsi secondée par la communauté internationale.
Le président George W. Bush a ainsi salué la décision du
Conseil de sécurité comme un « signal important de
l’engagement des Nations-Unies à soutenir la stabilité ».
Les Etats-Unis « se réjouissent à l’idée de travailler avec
les Nations-Unies et leurs partenaires internationaux pour
soutenir le gouvernement iraqien et promouvoir le dialogue
politique en Iraq », a dit une porte-parole de la Maison
Blanche, Dana Perino.
Cependant, certains analystes croient que la mission de
l’Onu est menacée parce que la situation en Iraq demeure
toujours instable et chaotique. « Amener du personnel à
Bagdad et le maintenir dans la zone verte va le mettre en
danger sans pour autant lui permettre d’aider le peuple
iraqien », a déclaré Emad Hassanein, premier vice-président
du Syndicat du personnel. « Je ne comprends pas pourquoi il
(M. Ban Ki-moon) envoie du personnel sans améliorer la
sécurité, c’est pourtant la responsabilité du secrétaire
général », a-t-il ajouté. Il a indiqué qu’il allait demander
à l’Assemblée générale de l’Onu des crédits pour « renforcer
la sécurité des résidences » du personnel onusien en Iraq.
Mais il n’a rien dit des dispositions qu’il compte prendre
pour permettre à ses personnels de sortir de la zone verte
en toute sécurité pour accomplir leurs missions.
Dans les couloirs de l’Onu, on faisait remarquer que si la
solution devait passer par un transport assuré par l’armée
américaine, la neutralité des personnels de l’Onu pourrait
s’en trouver contestée. De son côté, l’ancien ambassadeur
américain à Bagdad et aujourd’hui à l’Onu, Zalmay Khalilzad,
a affirmé que les Etats-Unis « assumeraient leur part de
responsabilité » pour assurer la sécurité de l’Onu en Iraq.
Or quatre ans après l’invasion dirigée par les Etats-Unis
qui a renversé le régime de Saddam Hussein, l’Iraq est
encore quotidiennement le théâtre d’attentats et de
violences interethniques l
Maha
Salem