Sahara Occidental .
Les discussions qui viennent de s’achever à New York entre
le Maroc et le Front Polisario sur le statut de ce
territoire éloignent davantage les perspectives d’un
règlement de cette crise vieille de 32 ans.
Des divergences encore et toujours
Une nouvelle phase de négociations
maroco-sahraouies s’est terminée en queue de poisson.
Les deux journées de discussions sur le futur du Sahara
occidental entre le Maroc et les indépendantistes du Front
Polisario ont pris fin la semaine dernière à
Manhasset, près de New York,
sans qu’aucun accord n’ait été trouvé mais les deux parties
ont toutefois convenu de se rencontrer à nouveau. Dans son
communiqué succinct, le médiateur onusien, Peter Van
Walsum, a indiqué que les « deux
parties reconnaissent que le statu quo est inacceptable et
ont convenu de poursuivre les négociations en bonne
intelligence ». Le Maroc et le Front Polisario ont également
publié des communiqués dans lesquels ils souscrivent à
l’idée de ces nouvelles négociations mais ne font pas
mystère de l’étendue du fossé qui sépare leurs positions.
En effet, la principale pomme de discorde était la suivante
: le statut du territoire doit-il devenir une région
autonome, sous souveraineté marocaine, comme le suggère le
Maroc ou son futur doit-il être décidé par un référendum
d’autodétermination, comme le demande le Front Polisario ?
Des questions qui sont restées en suspens et qui reflètent
la difficulté de parvenir à un compromis entre les deux
parties antagonistes. Alors que le Maroc insiste à proposer
un référendum pour ou contre l’autonomie, le Polisario
préconise de consulter la population sahraouie sur trois
options possibles : l’autonomie, l’intégration au Maroc et
l’indépendance pure et simple.
Suite à l’achoppement des négociations, les deux parties se
sont échangé les accusations. Le chef de la délégation
marocaine, le ministre de l’Intérieur
Chakib Benmoussa, a
accusé le Polisario de ne pas avoir su saisir une
opportunité d’obtenir enfin des avancées dans ce conflit
vieux de 32 ans, en « se cramponnant à des plans et des
propositions qui se sont révélés inapplicables ». M.
Benmoussa a estimé que « les
déclarations (de l’autre partie) à la presse avant et au
cours du deuxième round ont été marquées par l’injure et la
provocation, dans une violation flagrante de ce qui avait
été convenu avec l’envoyé personnel du secrétaire général
des Nations-Unies ». Il a
indiqué que le Maroc, qui demeurera engagé à poursuivre le
dialogue et les efforts de réconciliation, a donné son
accord de principe à la tenue d’un troisième round de
négociations dans un lieu et à une date qui seront arrêtés,
en concertation avec l’envoyé personnel du secrétaire
général des Nations-Unies. M.
Benmoussa a fait remarquer que
l’initiative d’autonomie prend en compte les aspirations des
habitants du Sahara à travers la gestion de leurs affaires
par eux-mêmes dans un cadre démocratique régi par des
instances élues et de véritables institutions
représentatives.
En revanche, le chef de la délégation du Polisario,
Mahfoud Ali
Beiba, a de son côté appelé le Maroc à cesser « ses
manœuvres dilatoires » et à mettre fin « à ses pratiques
répressives et à ses violations répétées des droits de
l’homme dans les territoires occupés du Sahara occidental ».
Pour sa part M’hamed
Khedad, un des négociateurs
sahraouis a regretté le fait que, lorsque a été abordée la
question de la résolution 1 754 des
Nations-Unies et la manière de la faire appliquer, la
délégation marocaine ait été « revenue à la charge pour
réitérer son discours étriqué sur l’autonomie » lors de la
présentation de sa proposition. Une proposition qui anticipe
sur le choix du peuple sahraoui. Pour M.
Khedad, « le peuple sahraoui,
fort de son droit à l’autodétermination, qui reste un
principe sacré et un fondement des
Nations-Unies, ne saurait accepter un tel diktat
(marocain), ni renoncer à son droit sacré à recouvrer son
indépendance ». « Les Nations-Unies
ont proposé, à travers le médiateur et envoyé spécial de
l’Onu, Peter Van Walsum,
certaines mesures de confiance, telles que le déminage du
territoire, les patrouilles conjointes, les échanges de
visites entre familles, les détenus d’opinion … mais la
délégation marocaine a refusé de s’engager sur ce terrain »,
selon le même responsable du Front Polisario.
Le conflit du Sahara occidental, le plus ancien d’Afrique, a
débuté avec l’annexion du territoire riche en phosphates par
le Maroc dans la foulée de sa « marche verte » de 1975 et le
déclenchement par le Polisario d’une guérilla
indépendantiste suspendue depuis un cessez-le-feu intervenu
en 1991 sous les auspices de l’Onu. Cette trêve devait
permettre l’organisation d’un référendum d’autodétermination
que l’organisation mondiale n’a jamais été en mesure de
mettre en œuvre et que Rabat refuse désormais, ne proposant
au mieux aux Sahraouis qu’une large autonomie sous
souveraineté marocaine.
Il n’est pas sans rappeler que le Maroc ne veut point
admettre ce référendum pour garder toujours sa suprématie
dans le Maghreb arabe et contrôler les richesses de cette
ancienne colonie espagnole. Selon les observateurs, toutes
les parties sont perdantes tant que cette crise n’est pas
réglée : le Maroc avec ses tensions avec l’Algérie et
l’Union africaine, le Polisario qui n’avance rien de neuf
dans chaque round, et le peuple sahraoui à qui les
assistances ne sont pas suffisantes.
R. A.