Al-Ahram Hebdo, Enquête | Le non de la société civile
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 15 au 21 août 2007, numéro 675

 

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Enquête

Privatisations. Une partie de l’opinion est mobilisée et décidée à passer à l’acte, surtout avec la préparation d’une campagne de souscription. Les méthodes des uns et des autres divergent cependant.

Le non de la société civile

« Qu’on souscrive tous pour l’Egypte ». C’est ainsi qu’a été intitulée l’initiative menée la semaine dernière par l’Ordre des avocats. Il s’agissait de lancer une campagne pour que les citoyens égyptiens souscrivent à l’achat de la Banque du Caire. Celle-ci serait ainsi acquise par le peuple de manière à mettre en échec les mesures gouvernementales pour la donner à des étrangers. C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré le bâtonnier Sameh Achour lors d’une conférence de presse. « Nous refusons la vente de la Banque du Caire à des étrangers, quelles que soient leurs nationalités. C’est une décision très dangereuse car elle touche profondément à la sécurité nationale égyptienne ».

A cet égard, un plan de l’ordre vient d’être mis au point. Dans un premier temps, il s’agira de faire appel « aux ONG, aux syndicats, aux partis politiques, y compris ceux de l’opposition, aux hommes d’affaires ainsi qu’aux citoyens voulant sauver l’avenir de l’Egypte » à se joindre à leur campagne. Ensuite, il s’agira de constituer une société sous le nom de laquelle l’opération de la vente doit être accomplie et de faire en même temps un bilan de toutes les propositions et des sommes proposées par les collaborateurs. Et enfin, une fois l’annonce de la vente rendue publique officiellement, il faudrait rassembler la somme recueillie, censée couvrir le prix de la banque demandé par le gouvernement pour la présenter au nom de la société, qui se présenterait comme un acheteur égyptien face aux étrangers afin d’éviter qu’ils bénéficient de la transaction.

Le plan est bien préparé mais il est encore loin d’être mis en application. Le bâtonnier reconnaît que l’ordre est toujours à la case départ, voire avant, dans les phases préparatoires. « Nous sommes toujours en train de faire appel à toute personne voulant se joindre à nous. Dès que nous constaterons qu’il y a une mobilisation, nous passerons à l’action », lance Achour et d’ajouter : « Nous sommes prêts, en tant qu’Ordre des avocats, à payer le plus d’argent possible pour sauver la Banque du Caire des mains des étrangers ». L’ordre a indiqué que les souscripteurs pourront déposer leur contribution au compte numéro 26 à la Banque Misr. Quant aux règles de participation à cette souscription, « elles sont aussi simples et précises que le plan ». C’est ainsi qu’explique Saber Ammar, membre du conseil du syndicat et l’un des organisateurs de la campagne. Il s’agit de trois conditions : « La première est que les dépôts des sommes ne soient acceptés que s’ils émanent d’Egyptiens et d’aucun étranger. La deuxième est que ces dépôts soient mis au compte de la souscription à l’achat de la Banque du Caire, et enfin, que toute personne ayant déposé une somme ait tout le droit à la récupérer avec les intérêts en cas d’échec de la souscription ».

Mais comment les avocats feraient-ils corps avec les différents camps de la société alors qu’il y a opposition à cette méthode ? En effet, cette démarche est vue d’un œil assez critique de la part du néo-Wafd, qui a aussi mené, pour sa part, une campagne de souscription parallèle à celle de l’ordre. Pour Mounir Fakhri Abdel-Nour, secrétaire général du parti, l’Ordre des avocats commet une erreur très grave. « Ils n’ont pas l’autorisation de l’Organisme du marché financier. Il n’est pas permis à qui que ce soit d’aller rassembler de l’argent du peuple sans permission ». Et d’ajouter : « Nous avons peut-être les mêmes buts mais il ne faut pas aller chercher des moyens qui ne mèneront à rien et qui ne serviront qu’à augmenter le problème ». Il s’agit pour le néo-Wafd de collecter des signatures qui seraient soumises aux autorités pour prouver que les citoyens s’opposent à la vente à des étrangers et d’organiser par la suite une souscription.

Ammar défend, cependant, les démarches faites par l’ordre, affirmant qu’elles sont bien étudiées et que son organisme est « loin de tomber dans le piège de faire une procédure illégale, mais il est temps d’agir de façon positive ».

Le parti du néo-Wafd a, quant à lui, choisi de prendre position mais en restant plus à l’écart. Ce parti s’est contenté d’exprimer son rejet de la vente de la Banque du Caire à des étrangers en faisant appel à tous les citoyens, aux intellectuels, aux artistes et aux écrivains à signer au sein du parti une pétition qu’ils ont publiée dans l’organe du parti et dans leur journal. Les bureaux du parti ont aussi été ouverts au public dans tous les gouvernorats. « Nous avons appelé tous les citoyens à venir signer cette pétition et ils l’ont reçue à bras ouverts. Nous avons en une seule journée rassemblé 4 000 signatures à Tanta », dit Abdel-Nour.

Ces documents devraient être par la suite soumis au premier ministre avec le plus grand nombre de signatures possibles pour l’inciter à appliquer la souscription pour la vente de la banque. C’est donc une manière d’exprimer l’avis du peuple. « Je ne suis pas contre la privatisation mais nous devons absolument mettre des limites à la détention des capitaux en Egypte. Car plus on perd la maîtrise du secteur bancaire, plus on renforce les pressions économiques sur l’Egypte », dit Abdel-Nour.

Un but commun regroupe les deux campagnes. Ne pas permettre aux responsables de vendre la Banque du Caire aux étrangers. Mais la question qui s’impose est : Le gouvernement en prendra-t-il compte ?

Chaimaa Abdel-Hamid

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3 question à

Yéhia Hussein Abdel-Hadi, coordinateur du mouvement populaire Non à la vente de l’Egypte, considère que la privatisation de la banque du Caire est l’équivalent d’une démission totale de l’Etat.

« Mettre en échec la vente de la Banque du Caire sera notre premier combat »

Al-Ahram Hebdo : La Banque du Caire ne serait pas le premier établissement à être privatisé, toute une longue liste l’a précédé. Pourquoi cette forte indignation populaire ?

Yéhia Hussein Abdel-Hadi : Il est tout à fait réjouissant de voir une telle réaction populaire. En fait, mobiliser les gens contre la privatisation est le motif principal derrière la création de notre mouvement. Avant, à chaque privatisation, la résistance était divisée. C’est-à-dire, par exemple, quand le gouvernement parlait de la privatisation du service d’assurance médicale, on entendait seulement la voix de quelques médecins et autres employés de cet organisme dénonçant la vente. La vente de la Banque d’Alexandrie, qui, elle, était dans une meilleure situation financière que celle de la Banque du Caire, n’a pas suscité la moindre résistance. Ce silence populaire a donné un coup d’accélérateur à ce phénomène. Mais à présent, les gens commencent à prendre conscience de leurs droits et à savoir que résister à toute vente est un combat unique que nous devons mener tous ensemble. Mettre en échec la vente de la Banque du Caire sera notre premier combat.

Mais le gouvernement avait présenté des rapports et des chiffres indiquant que la vente était la seule solution aux difficultés de l’établissement...

— En principe, on est tout à fait opposé à la vente de toute institution, même si cela est vraiment nécessaire. Une fois la vente réalisée, elle ne peut être considérée qu’illégale. Pour être acceptable, cette vente doit avoir lieu dans une atmosphère démocratique. Ce qui n’existe pas en Egypte. Notre argument est que ce qui va être privatisé, ce sont des biens publics, dont le propriétaire n’est autre que le peuple. Or, on ne lui a pas demandé son avis, sur aucune vente dans le cadre d’un référendum, démocratique ni même truqué. Le gouvernement prétend qu’il prend les pays européens comme exemple. Je leur dis que c’est une fausse imitation. La Grande-Bretagne, dans les années 1980, sous Margaret Thatcher, avait présenté le projet de privatisation dans le cadre de son programme électoral. Choisir Thatcher signifiait pour le peuple britannique un oui à la privatisation.

Comment expliquez-vous l’insistance du gouvernement à vendre la banque à un investisseur étranger ?

— Les banques nationales ont une position tout à fait particulière. On est tout à fait contre l’idée de les vendre même à des investisseurs égyptiens. Ces banques doivent rester sous le contrôle de l’Etat pour déterminer ses politiques de crédit. Dans tout régime national, ces politiques s’orientent en faveur de la majorité du peuple, construire des maisons pour les pauvres, par exemple. Alors quand le gouvernement vend ses banques et veut financer des projets de développement, vers qui va-t-il s’orienter ? Ni les banques privées égyptiennes ni même étrangères ne lui accorderont un quelconque soutien. Celles-ci cherchent seulement leur propre profit. Le pire, c’est que l’investisseur étranger obtient ses directives de l’extérieur et les revenus de la banque s’orientent eux aussi vers l’extérieur.

Parlez-vous donc de risques pour l’économie nationale ?

— La privatisation se fait d’une façon aveugle. Le gouvernement ne fait pas la différence entre ce qui est stratégique et non stratégique. Tout est à vendre et à n’importe quelle nationalité. Est-ce que l’idée de privatisation était absente dans la mentalité des gouvernements précédents ? L’ex-premier ministre Atef Ebeid, le roi de la privatisation, quand il a mis en vente des cimenteries, avait refusé de céder la société Suez du ciment pour conserver à l’Etat un taux de 22 % de ce marché afin de contrôler les sociétés étrangères. Or, cette société a été vendue dès les premiers mois du gouvernement actuel, accordant ainsi un monopole aux étrangers dans ce domaine.

Il n’y a pas de critères déterminés pour surveiller la vente aux étrangers. Quand Washington a réalisé un jour que la société des ports de Doubaï voulait diriger, et non pas posséder, 6 ports américains, et bien que cet Emirat ne présente aucun danger pour les Etats-Unis, le Congrès s’est mobilisé contre cette affaire qui, selon lui, touche la sécurité nationale.

Pensez-vous que l’idée de souscription soit efficace, comme le propose le néo-Wafd ?

— L’idée de souscription est une bonne suggestion. Mais j’ai une autre logique. Ce n’est pas le citoyen qui a corrompu la Banque du Caire. C’est la politique du Parti national qui est le coupable. Alors, celui qui doit payer, c’est le Parti national. Je propose d’organiser une campagne pour vendre toutes les résidences du Parti national dans tous les gouvernorats pour acheter la Banque du Caire.

Avec cette accélération dans la privatisation, où se dirige-t-on ?

— Vers la disparition de l’Etat. De cette façon, l’Etat risque de perdre son essence. Imaginez-vous un gouvernement dépourvu de ses instruments ; il ne posséderait pas de banques nationales pour financer les projets de développement ni créer des sociétés. Il n’y aura donc plus d’Etat.

Propos recueillis par
Aliaa Al-Korachi

 




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