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question à
Yéhia Hussein Abdel-Hadi,
coordinateur du mouvement populaire Non à la vente de l’Egypte,
considère que la privatisation de la banque du Caire est
l’équivalent d’une démission totale de l’Etat.
« Mettre en échec
la vente de la Banque du Caire sera notre premier combat »
Al-Ahram Hebdo : La Banque du Caire ne serait pas le premier
établissement à être privatisé, toute une longue liste l’a
précédé.
Pourquoi
cette forte indignation populaire ?
Yéhia
Hussein Abdel-Hadi : Il est tout à fait réjouissant de voir
une telle réaction populaire. En fait, mobiliser les gens
contre la privatisation est le motif principal derrière la
création de notre mouvement. Avant, à chaque privatisation,
la résistance était divisée. C’est-à-dire, par exemple,
quand le gouvernement parlait de la privatisation du service
d’assurance médicale, on entendait seulement la voix de
quelques médecins et autres employés de cet organisme
dénonçant la vente. La vente de la Banque d’Alexandrie, qui,
elle, était dans une meilleure situation financière que
celle de la Banque du Caire, n’a pas suscité la moindre
résistance. Ce silence populaire a donné un coup
d’accélérateur à ce phénomène. Mais à présent, les gens
commencent à prendre conscience de leurs droits et à savoir
que résister à toute vente est un combat unique que nous
devons mener tous ensemble. Mettre en échec la vente de la
Banque du Caire sera notre premier combat.
—
Mais le gouvernement avait présenté des rapports et des
chiffres indiquant que la vente était la seule solution aux
difficultés de l’établissement...
— En
principe, on est tout à fait opposé à la vente de toute
institution, même si cela est vraiment nécessaire. Une fois
la vente réalisée, elle ne peut être considérée qu’illégale.
Pour être acceptable, cette vente doit avoir lieu dans une
atmosphère démocratique. Ce qui n’existe pas en Egypte.
Notre argument est que ce qui va être privatisé, ce sont des
biens publics, dont le propriétaire n’est autre que le
peuple. Or, on ne lui a pas demandé son avis, sur aucune
vente dans le cadre d’un référendum, démocratique ni même
truqué. Le gouvernement prétend qu’il prend les pays
européens comme exemple. Je leur dis que c’est une fausse
imitation. La Grande-Bretagne, dans les années 1980, sous
Margaret Thatcher, avait présenté le projet de privatisation
dans le cadre de son programme électoral. Choisir Thatcher
signifiait pour le peuple britannique un oui à la
privatisation.
—
Comment expliquez-vous l’insistance du gouvernement à vendre
la banque à un investisseur étranger ?
— Les
banques nationales ont une position tout à fait particulière.
On est tout à fait contre l’idée de les vendre même à des
investisseurs égyptiens. Ces banques doivent rester sous le
contrôle de l’Etat pour déterminer ses politiques de crédit.
Dans tout régime national, ces politiques s’orientent en
faveur de la majorité du peuple, construire des maisons pour
les pauvres, par exemple. Alors quand le gouvernement vend
ses banques et veut financer des projets de développement,
vers qui va-t-il s’orienter ? Ni les banques privées
égyptiennes ni même étrangères ne lui accorderont un
quelconque soutien. Celles-ci cherchent seulement leur
propre profit. Le pire, c’est que l’investisseur étranger
obtient ses directives de l’extérieur et les revenus de la
banque s’orientent eux aussi vers l’extérieur.
—
Parlez-vous donc de risques pour l’économie nationale ?
— La
privatisation se fait d’une façon aveugle. Le gouvernement
ne fait pas la différence entre ce qui est stratégique et
non stratégique. Tout est à vendre et à n’importe quelle
nationalité. Est-ce que l’idée de privatisation était
absente dans la mentalité des gouvernements précédents ?
L’ex-premier ministre Atef Ebeid, le roi de la privatisation,
quand il a mis en vente des cimenteries, avait refusé de
céder la société Suez du ciment pour conserver à l’Etat un
taux de 22 % de ce marché afin de contrôler les sociétés
étrangères. Or, cette société a été vendue dès les premiers
mois du gouvernement actuel, accordant ainsi un monopole aux
étrangers dans ce domaine.
Il n’y a
pas de critères déterminés pour surveiller la vente aux
étrangers. Quand Washington a réalisé un jour que la société
des ports de Doubaï voulait diriger, et non pas posséder, 6
ports américains, et bien que cet Emirat ne présente aucun
danger pour les Etats-Unis, le Congrès s’est mobilisé contre
cette affaire qui, selon lui, touche la sécurité nationale.
—
Pensez-vous que l’idée de souscription soit efficace, comme
le propose le néo-Wafd ?
— L’idée
de souscription est une bonne suggestion. Mais j’ai une
autre logique. Ce n’est pas le citoyen qui a corrompu la
Banque du Caire. C’est la politique du Parti national qui
est le coupable. Alors, celui qui doit payer, c’est le Parti
national. Je propose d’organiser une campagne pour vendre
toutes les résidences du Parti national dans tous les
gouvernorats pour acheter la Banque du Caire.
—
Avec cette accélération dans la privatisation, où se dirige-t-on
?
— Vers
la disparition de l’Etat. De cette façon, l’Etat risque de
perdre son essence. Imaginez-vous un gouvernement dépourvu
de ses instruments ; il ne posséderait pas de banques
nationales pour financer les projets de développement ni
créer des sociétés. Il n’y aura donc plus d’Etat.
Propos
recueillis par
Aliaa Al-Korachi