Immobilier.
La part des investisseurs étrangers, notamment des Arabes, a
connu un essor sans précédent sur le marché égyptien.
Entraînant une nouvelle hausse des prix du logement.
Les étrangers parient sur le béton
Le
boom immobilier dont a été témoin le marché égyptien ces
deux derniers mois est sans précédent et a réussi à attirer
les étrangers à acheter des unités de logement. Bien qu’il
n’existe jusqu’à présent aucun chiffre officiel du nombre
d’étrangers possédant des unités de logement, toutes les
estimations du marché marquent une tendance d’achat très
perçue par les sociétés immobilières arabes, menant en
parallèle à une hausse des prix des unités.
Le secrétaire général de l’Union des entrepreneurs, Mohamad
Al-Hayatmi, explique cette tendance par un afflux croissant
des investisseurs arabes sur le marché, qui a élevé la part
des étrangers sur le marché égyptien à 35 %. « Cette part
pourrait facilement atteindre 50 % au cours de l’année
prochaine, notamment quand les nouveaux grands projets
immobiliers commenceront à commercialiser leurs produits.
Bref, la part des étrangers atteindra un autre pic dans deux
ou trois ans », souligne-t-il.
Il raconte que cette tendance a débuté lorsque le ministère
de l’Habitat a mis en vente aux étrangers plus de 40 000 m2
de terrains, qui ont rapporté au gouvernement la bagatelle
de 17 milliards de livres égyptiennes. Et la société
émiratie Emaar, parmi d’autres, d’acheter les terrains de
Sidi Abdel-Rahmane, sur la Côte-Nord, en octobre 2006 et de
créer le projet de Marasi, étendu sur une large surface de 2
000 m2 pour une valeur d’investissements de 10,7 milliards
de dollars. L’élite des clients égyptiens ainsi qu’arabes se
sont précipités sur les unités de logement.
Dans ce contexte, Ahmad Anis, président de l’Association des
experts d’évaluation immobilière, confirme cette même
tendance, soulignant que l’enchère sur les terrains a élevé
le prix des unités de logement qui ont grimpé entre 60 et 80
% au cours du premier semestre de 2007 par rapport à la même
période en 2006. « Cette vague de hausse a été soutenue par
les achats massifs des étrangers dans tous les projets »,
explique-t-il. Les unités de logement offertes par la
société émiratie à travers le projet de Marasi sont un
exemple criant de ce boom des prix et de l’engouement des
étrangers, notamment arabes.
Présence massive des Arabes
A travers ce projet en effet, Emaar a pu tâter le marché
afin de créer de nouveaux projets dont le plus récent, Up
Town Cairo, est situé au Moqqattam. Ce projet, inauguré fin
juillet dernier, a réussi lui aussi à engloutir la même
catégorie de clients très fortunés puisque le prix d’une
villa atteint entre 20 et 25 millions de L.E. Selon Ziad
Boghdadi, attaché de presse auprès de la société, la
majorité des 60 % du projet a été vendue à des Egyptiens et
juste 25 % aux étrangers et Arabes.
L’achat massif des Arabes a entraîné par ailleurs une autre
société émiratie, Damac, à investir en Egypte. Cette
dernière a d’abord créé un centre commercial juste devant le
siège de l’Université américaine à Al-Tagammoe Al-Khamès,
dans le Nouveau Caire, dont la majorité des clients,
étrangers, ont acheté des magasins ou des agences
touristiques, bancaires ou financières. « Ce centre
englobera les grandes marques de meubles, d’électroménager
et de design intérieur. Tout prochainement, le projet des
unités de logement sera inauguré », assure Raphaela Savvides,
conseiller de presse auprès de Damac.
Un autre géant de l’investissement immobilier égyptien,
Sodic, fondateur du projet de Beverly Hills, situé au 6
Octobre, a lancé un nouveau projet, Alegria, en voie de
construction sur la route désertique d’Alexandrie. Il
s’agirait d’un centre-ville que Sodic va construire en
coopération avec la société libanaise Solidaire, détenue par
la famille Hariri. « Bien que 90 % de l’ancien projet de
Beverly Hills ait été vendu aux Egyptiens, il est prévu que
les villas et les Towns Houses du nouveau projet d’Alegria
attirent un grand nombre d’acheteurs étrangers. Plusieurs
d’entre eux trouvent un intérêt à acheter sur le marché
égyptien, car les prix sont en proportion peu élevés par
rapport à d’autres régions, à l’exemple de l’Espagne et de
Chypre, où les Arabes ont l’habitude d’acheter », explique
Mohsen Sahawi, responsable de la commercialisation auprès de
Sodic.
Ali Dorgham, président de la société mixte Zahraa Al-Maadi
d’investissement et d’urbanisme, confirme cette tendance,
soulignant que bien que la hausse des prix doive continuer
ces deux prochaines années, les Arabes continueront à
acheter des logements. « Le surplus des rendements
pétroliers les incite à venir investir en Egypte d’autant
plus que le marché de l’investissement aux Emirats est déjà
saturé. Et c’est exactement ce qui s’est passé à la Bourse,
après l’achat massif d’actions par des Arabes. Ce qui a
conduit à un gonflement des cours des actions », fait-il
remarquer.
Il ajoute que les Arabes préfèrent dorénavant acheter une
résidence permanente au lieu de louer à chaque période de
vacances un appartement très cher. Il ajoute également que
ce phénomène de l’achat massif des étrangers et notamment
des Arabes se constate partout en Egypte et s’explique aussi
par l’instabilité politique en Iraq et au Liban ces deux
dernières années. Ce qui a mené par exemple les Iraqiens à
acheter massivement dans la ville de Cheikh Zayed, près du 6
Octobre.
Anis prévoit une hausse soutenue des prix du secteur de
l’immobilier pour encore trois ans. Cette flambée mettra en
question la capacité des plus démunis de posséder un
logement, mais aussi du régulateur, le ministère de
l’Habitat, de contrôler le marché.
Dahlia Réda